Un voyage vers Mars favoriserait, notamment, la maladie d’Alzheimer.

human-sur-Mars

Il n’y que dans certains films de science-fiction que les radiations peuvent engendrer de nouvelles facultés extraordinaires, malheureusement dans la cruelle réalité de notre espace il en est bien autrement…

De récentes recherches menées par une équipe de l’Université de Rochester (New York), qui ont mené une série d’expériences, suggèrent que l’exposition aux radiations de l’espace pourrait accélérer l’apparition de la maladie d’Alzheimer pour les malheureux voyageurs.

Selon le chercheur principal, M. Kerry O’Banion, le rayonnement cosmique galactique représente une menace importante pour les futurs astronautes. La possibilité que l’exposition aux radiations dans l’espace puisse donner lieu à des problèmes de santé tels que le cancer est reconnu depuis longtemps. Cependant, cette étude montre pour la première fois que l’exposition à des niveaux de rayonnement équivalant à une mission vers Mars pourrait entrainer des problèmes cognitifs et accélérer les changements dans le cerveau qui sont associés à la maladie d’Alzheimer.

Dans le cadre de l’étude, les chercheurs ont exposé des souris, avec des délais connus pour un développement de la maladie d’Alzheimer, à de faibles niveaux de rayonnement auxquels les astronautes seraient exposés lors de leur parcours dans l’espace. Les souris ont ensuite été soumises à des tests mesurant leur mémoire et leurs capacités cognitives. Les souris qui ont été exposées à des radiations ont présenté une importante déficience cognitive.

Les souris ont également montré des signes physiques de dégénérescence. L’examen de leur cerveau a montré des différences de débit sanguin dans celui-ci. En outre, les souris exposées à des rayonnements présentaient de plus grandes plaques du type observé chez les patients atteints d’Alzheimer.

Ci-dessous, tirée de l’étude : une section de tissus neuro-vasculaire de souris observée au microscope (20x), à gauche sans radiation; à droite : soumis à 100 cGy d’irradiation à des particules de fer. (Jonathan D. Cherry et al.)

tissu-neurovasculaire-rat-espace

Selon O’Banion :

Ces résultats montrent clairement que l’exposition au rayonnement dans l’espace a le potentiel pour accélérer le développement de la maladie d’Alzheimer. C’est encore un autre facteur que la NASA, qui est clairement préoccupée par les risques pour la santé de ses astronautes, devra prendre en compte pour ses futures missions.

Ce ne sera pas un problème facile à résoudre. Le rayonnement, que les chercheurs ont utilisé dans leurs tests, est composé de particules hautement chargées en fer, qui sont relativement communes dans l’espace. En raison de leur taille et de l’énergie, ces particules peuvent passer à travers les parois d’un vaisseau spatial. Se protéger de ce rayonnement ne sera pas une tâche facile.

O’Banion :

Il faudrait essentiellement envelopper un vaisseau spatial dans un bloc de plomb ou de béton de 2 mètres d’épaisseur.

L’étude publiée sur PlosOne : Galactic Cosmic Radiation Leads to Cognitive Impairment and Increased Aβ Plaque Accumulation in a Mouse Model of Alzheimer’s Disease.

http://www.gurumed.org/2013/01/03/un-voyage-vers-mars-favoriserait-notamment-la-maladie-dalzheimer/?utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter

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Trois royaumes se disputent un empire

208 DE NOTRE ERE. LA CHINE DISLOQUEE. Brisant le dogme qui voulait que l’empire soit uni et centralisé, trois chefs de guerre scindent le territoire et se proclament Fils du Ciel. Un coup d’Etat sanglant met fin à cette partition.


Portrait de Kuang Wu Ti, Dynastie Han - E.R.L/SIPA

Portrait de Kuang Wu Ti, Dynastie Han - E.R.L/SIPA
Par DAMIEN CHAUSSENDE*
Vers la fin du IIe siècle de notre ère, sous la dynastie des Han, l’autorité de l’empereur ne cesse de s’affaiblir. Profitant de cette situation, des chefs de guerre locaux se taillent des territoires autonomes, et la soldatesque ravage le pays, en proie à d’innombrables batailles, razzias ou insurrections, le tout sur fond de mouvements religieux millénaristes, tel celui des turbans jaunes de 184 qui n’hésite pas à s’attaquer à l’empereur lui-même.Graduellement, trois généraux prennent le pas sur les autres, chacun se prétendant le véritable défenseur de l’empire Han en danger. L’un d’entre eux, le célèbre Cao Cao (Ts’ao Ts’ao), jouit d’un avantage symbolique : il dispose à ses côtés de l’empereur légitime des Han, souverain fantoche certes, mais paré du prestige impérial. Redoutable stratège, Cao Cao parvient en une vingtaine d’années à unifier tout le nord du pays, mais se heurte en 208 à la coalition des deux autres chefs, Sun Quan et Liu Bei, qui, lors de la bataille fluviale de la Falaise rouge, brisent ses prétentions méridionales.Ce combat est si profondément ancré dans la mémoire chinoise qu’il a été porté à l’écran par le réalisateur John Woo, dans sa vaste épopée cinématographique les Trois Royaumes, en 2008.

UNE SITUATION IDÉOLOGIQUEMENT INTOLÉRABLE

Dès lors, pour la première fois de son histoire, mais pas la dernière, l’empire se disloque et se trouve scindé en trois ; en 220, le fils de Cao Cao met officiellement un terme à la dynastie des Han : il contraint le dernier souverain à l’abdication, se proclame Fils du Ciel (c’est-à-dire empereur) et fonde une nouvelle dynastie, les Wei.Les deux autres chefs ne tardent pas à suivre le même chemin et fondent eux aussi leur propre dynastie impériale. Il y a maintenant trois empereurs en Chine, chacun établi dans un centre économique et stratégique : Luoyang au nord (royaume de Wei), Nankin au sud-est (royaume de Wu) et Chengdu à l’ouest (royaume de Shu).La situation est intolérable sur le plan idéologique, car l’idée impériale d’unité et de centralisation, un legs du premier empereur, demeure la norme. Dans ce système, il ne peut y avoir qu’un seul Fils du Ciel. Pendant une quarantaine d’années, les Trois Royaumes tentent par tous les moyens de s’annexer les uns les autres.

L’unification a finalement bien lieu, elle n’est cependant pas le fait de l’un de ces trois Etats. Elle est l’aboutissement d’un coup d’Etat particulièrement sanglant ourdi dans le royaume de Wei par un militaire du nom de Sima Yi (179-251).

Ce dernier avait été, au début de sa carrière, un franc partisan des Cao. Il fut très proche du fils de Cao Cao – le fondateur officiel des Wei – puis de son successeur, qui tous deux le nommèrent régent ou corégent à leur mort. C’est également un général au grand prestige militaire, puisque, en 238, il a annexé dans le Nord-Est une région sécessionniste depuis plus de cinquante ans. Cependant, revenu à la cour, il se heurte à l’hostilité d’une partie du clan Cao, notamment celle du régent, qui voit d’un mauvais œil cet ambitieux général.

Pendant quelques années, Sima Yi reste en retrait, mais il sait qu’il dispose d’un réseau de soutiens très important : étant le patriarche du clan Sima – il est septuagénaire lors de son coup d’Etat -, dépositaire de l’autorité familiale, il a pendant plusieurs dizaines d’années noué diverses alliances en mariant ses enfants et petits-enfants aux membres des plus grands clans de l’époque. En outre, bien que militaire, il se présente comme un défenseur du confucianisme le plus traditionnel, doctrine alors mise en danger par un courant néotaoïste en vogue à la cour des Wei ; cela lui assure donc le soutien de clercs et d’intellectuels.

En 249, sentant l’heure venue, Sima Yi profite d’une sortie officielle de l’empereur et du régent pour déclencher son putsch : il se rend maître de la capitale et de ses arsenaux, et envoie une lettre à l’empereur dans laquelle il met en accusation le régent, tout en lui promettant la vie sauve s’il quitte le pouvoir. Ce dernier accède à la demande, mais sera exécuté, comme tous ses partisans.

Sima Yi a donc réussi son coup : il s’est emparé brusquement du pouvoir alors aux mains du clan Cao, tout comme celui-ci l’avait confisqué aux empereurs des Han. Ayant éliminé physiquement ses principaux rivaux, Sima Yi était en bonne position pour établir un pouvoir durable, mais, relativement âgé, il ne vit pas la suite des succès de son clan.

De fait, à partir de 249, trois générations de Sima se succèdent en tant que «maire du palais» à la tête du royaume de Wei, purgeant celui-ci de toute opposition, tout en continuant la lutte contre les deux autres royaumes. En 264, le Wei, le plus puissant des trois, parvient à annexer celui de Shu. Cette victoire assure aux Sima un prestige immense : ils présentent cette conquête comme la première étape vers l’unification et montrent qu’ils sont, par là, agréés par le Ciel.

Ils méritent tout naturellement d’accéder à la dignité impériale, disent leurs propagandistes. C’est ainsi que, deux ans plus tard, le dernier empereur Wei est contraint à l’abdication, et transmet le pouvoir à un Sima. Les descendants de Sima Yi fondent alors une nouvelle dynastie, les Jin, du nom d’un territoire proche de leur lieu d’origine. Le nom des dynasties chinoises, en effet, n’a pas de lien avec celui de la famille au pouvoir, c’est le nom de l’Etat en quelque sorte, le plus souvent choisi en reprenant le nom d’une principauté de l’Antiquité.

Le premier dépositaire du pouvoir sous les Jin, l’empereur Wu (236-290), Sima Yan de son nom personnel, petit-fils de Sima Yi, a la lourde tâche de réorganiser l’Etat et de lui donner une identité propre. Tâche ardue a priori, d’autant que le pouvoir lui échoit de manière fort brusque : c’est son père qui devait fonder les Jin et en devenir le premier souverain, mais la mort le frappa trop tôt.

Aussi, dès son intronisation, l’empereur Wu se place-t-il dans la continuité de son père et met en œuvre les réformes que celui-ci avait prévues : publication d’un nouveau code de loi, nouveaux règlements agraires, etc. Il lui faut montrer en effet à la cour, aux provinces et au dernier des Trois Royaumes, le Wu, que les Wei appartiennent au passé et que l’empire Jin a vocation à régner sur l’intégralité du territoire chinois.

UNE ÈRE DE PROSPÉRITÉ ET DE QUIÉTUDE

Trois royaumes se disputent un empire
Sur ce point, le passage des Wei aux Jin est une réussite : l’empereur Wu hérite d’un Etat et d’une cour acquis à sa cause et ne souffre, durant son règne, d’aucune véritable contestation de son autorité puisque les grandes purges ont été réalisées avant son accession au trône.Le territoire chinois n’est cependant pas totalement sous son contrôle puisque le royaume de Wu, au sud-est, n’est pas encore annexé. Il faut encore quinze ans pour y parvenir tant les divergences et les rivalités entre ministres et courtisans ralentissent l’action.En définitive, la campagne militaire de 280, qui ne dure que quelques mois, est simple, efficace et imparable : le royaume de Wu est attaqué par le nord et par l’ouest et noyé sous un flot de 200 000 hommes.

En 280, la Chine est donc réunifiée et pacifiée, une situation qu’elle n’avait plus connue depuis un siècle. La crise représentée par la fragmentation des Trois Royaumes est achevée. Pendant environ dix ans, l’économie se redresse, et cette période sera rétrospectivement perçue comme un âge de prospérité et de quiétude : en effet, dans la mesure où les Jin n’ont plus d’ennemis importants à combattre et qu’ils règnent sur l’ensemble du pays, les échanges entre le Nord et le Sud reprennent et les ressources sont consacrées non plus à la guerre, mais au développement du pays. «Les campagnes étaient couvertes de buffles et de chevaux ; le grain s’accumulait dans les champs», est-il écrit dans les annales de cette époque.

Mais ce temps béni ne dure pas, car l’empereur Wu commet de graves erreurs, se reposant entièrement sur cette victoire fragile et négligeant, d’un côté, les rivalités dans sa famille et, de l’autre, les menaces que font peser les barbares à la frontière nord.

Dès son intronisation, en 265, le souverain avait distribué quantité de fiefs aux membres de son clan et aux familles alliées, afin de remercier les partisans qui avaient aidé son père, son oncle et son grand-père (Sima Yi) à s’emparer du pouvoir sous les Wei. Les fiefs les plus importants sont de vastes territoires, pourvus d’armées contrôlées directement par les princes. L’empereur espérait ainsi éviter le triste sort des Cao, dépossédés de leur Etat par sa propre famille, c’est la raison pour laquelle il privilégie alors les membres de son propre clan.

Dans le même temps, aux frontières, l’agitation gronde. L’empereur Wu ambitionne d’élever un rempart contre les populations étrangères du Nord et doit pour cela confier des sortes de proconsulats aux militaires et aux princes Sima. Trop confiant dans l’avenir, une fois le royaume de Wu conquis, le souverain démobilise les troupes régionales, ne laissant aux mains des fonctionnaires locaux que des forces de gendarmerie.

La démobilisation des armées régionales donne encore plus de puissance aux forces princières, si bien que, à la mort du souverain, en 290, le pouvoir militaire est presque exclusivement détenu par des membres du clan impérial, répartis aux quatre coins de l’empire.

Moins d’une génération plus tard, cette situation explosive produit ses effets. Les leçons de la crise des Trois Royaumes semblent oubliées et déjà s’ouvre une nouvelle période chaotique que l’historiographie chinoise a appelée les guerres des Huit Princes.

Pendant environ quinze ans, des Sima se livrent bataille selon un schéma simple et répétitif : lorsqu’un prince a réussi à capter le pouvoir, les autres se coalisent contre lui et font tout pour le faire disparaître. Dès que le but est atteint, la coalition se disloque.

Au début du IIIe siècle, l’empire Jin est finalement exsangue, rongé de l’intérieur par ces guerres et menacé sur ses frontières par de nombreuses populations non chinoises : l’émiettement est de nouveau la règle. Si, au sud, un prince Sima se proclame encore empereur dans la ville de Nankin, le Nord, où s’épanouissent des Etats plus ou moins barbares, échappe totalement à son autorité.

COUPÉE EN DEUX ZONES

Pendant trois siècles, jusqu’à l’unification réalisée sous la dynastie des Sui, en 589, la Chine est à nouveau fragmentée, cette fois en deux grandes zones. Cette période, désignée couramment par l’expression «dynasties du Nord et du Sud», bien que fort troublée sur les plans politique, économique et social, est cependant extrêmement riche dans le domaine culturel : la poésie fleurit dans les cours aristocratiques chinoises du Sud, et, dans le domaine religieux, ces quelques siècles sont marqués par la diffusion et l’acclimatation d’une doctrine indienne promise à un grand avenir en Chine : le bouddhisme. Sans doute la fuite spirituelle compensait-elle un dégoût généralisé devant le caractère insensé de la politique, où l’intérêt personnel et clanique ruinait tout espoir d’un destin collectif.Finalement, la chute de la dynastie Han, après quatre siècles de règne, et la période des Trois Royaumes restent pour les Chinois une rupture traumatique, celle qui vit la croyance en une marche stable du pays s’effondrer, celle qui ouvrit la voie à près de mille oscillations entre unité et fragmentation.

* Damien Chaussende est sinologue, chercheur au CNRS, membre du Centre de recherche sur les civilisations de l’Asie orientale. Ses recherches portent sur l’histoire et l’historiographie de la Chine classique. Il est l’auteur «Des Trois Royaumes aux Jin. Légitimation du pouvoir impérial en Chine au IIIe siècle», Les Belles Lettres, 2010, et de «la Véritable Histoire du premier empereur de Chine», Les Belles Lettres, 2010.

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On oublie tout et on recommence

404 av JC. LA DEMOCRATIE PERICLITE A ATHENES. Vainqueur de la guerre du Péloponnèse, Sparte impose à Athènes, en 404, un régime oligarchique. Mais, un an plus tard, les Athéniens tenants de la démocratie triompheront en proclamant une amnistie générale.


On oublie tout et on recommence
Par GIUSTO TRAINA*
Lors des manifestations dramatiques d’Athènes de mai 2011, quand la crise politique du gouvernement grec battait son plein, on pouvait lire un slogan assez créatif (en anglais dans le texte) : «Error 404, democracy not found» («Erreur 404, démocratie non trouvée»). Or, ce slogan au goût un peu nerd évoque, sans doute involontairement, l’une des grandes dates de l’histoire grecque : 404 av. J.-C., quand la démocratie athénienne connut la plus grave crise de son histoire.Bien sûr, la dérive de la cité avait commencé plus tôt, et déjà au début de la guerre du Péloponnèse qui l’oppose à Sparte, en 431, Athènes était fortement divisée entre des factions n’hésitant pas à se dénoncer en justice pour s’éliminer mutuellement. La démocratie semblait survivre grâce aux traditions, mais les pratiques s’éloignaient de l’idéal initial d’une société d’égaux. Les tensions économiques, les difficultés militaires ne changeaient rien à l’affaire. Pis, en 411, à l’issue de la désastreuse expédition en Sicile, une nouvelle dérive a vu le jour quand des Athéniens n’ont pas hésité à se tourner vers les anciens ennemis perses pour y chercher soutien. Et c’est justement l’action diplomatique d’un haut dignitaire de l’Empire perse, le satrape Tissapherne, qui contribue à fomenter un véritable coup d’Etat, avec l’instauration d’un comité de 10 citoyens qui annule le système de gouvernement et détermine une nouvelle assemblée de 400 citoyens, non élus mais cooptés.

Vers cette époque, un anonyme athénien, qu’on appelle souvent le «Vieil Oligarque», écrit une Constitution des Athéniens où le système de la démocratie est vu d’un œil aussi méprisant que lucide. Pour cet auteur, le gouvernement du peuple favorise les méchants au détriment des bons. Il faut donc dénoncer le rapport entre le système démocratique et l’empire maritime athénien. Aux yeux du Vieil Oligarque, Athènes, ce véritable modèle de «démocratie-providence», représente le triomphe de la populace sur les «bons» citoyens.

C’est la porte ouverte à des personnages impitoyables et sans scrupule qui, en particulier après la mort de Périclès, ont influencé la politique athénienne, en proposant la guerre à outrance et les représailles contre les alliés les plus récalcitrants, tel Cléon, que le dramaturge Aristophane dépeint comme une sorte de Berlusconi avant la lettre, ou encore le très ambigu Alcibiade. Quelques années plus tard, le Vieil Oligarque évoque ces dérives, en dénonçant la fâcheuse tendance des Athéniens, si libres chez eux, à prendre les alliés pour leurs esclaves. La solution Tissapherne a donc toute son approbation.

L’alerte de 411 a été chaude. La démocratie n’a tenu qu’à force de s’incarner dans une équipe dirigeante qui gardait encore des bataillons de militants. Mais, en 404, la crise revient au galop, car les Spartiates, victorieux dans la guerre du Péloponnèse, imposent de dures conditions à la cité vaincue : si la ville est épargnée, en revanche on détruit les Longs Murs la reliant au port du Pirée, et la presque totalité des navires de la flotte athénienne est consignée. Et, surtout, les vainqueurs donnent un rude coup à la démocratie athénienne, en faisant instaurer une sorte de comité de salut public formé par 30 citoyens, passés à l’histoire comme les «Trente Tyrans». Ce gouvernement provisoire est censé élaborer une nouvelle constitution oligarchique.

EN 403, LES DÉMOCRATES TRIOMPHENT

Pour abattre la démocratie, il faut se libérer de tous les éléments gênants. Protégés par une garnison spartiate, les Trente instaurent donc un véritable régime de la terreur contre leurs adversaires, ou plus simplement contre les citoyens fortunés et les métèques, à savoir les étrangers résidant dans la cité, pour les dépouiller de leurs biens. Les arrestations se multiplient et bientôt on commence à liquider. Le bilan est lourd, 1 500 hommes environ sont exécutés sommairement. La solution dictatoriale tourne au massacre généralisé. Sans doute les vieilles querelles accumulées par un siècle de vie publique agitée trouvent-elles là un exutoire. Et il faut aussi voir dans ces exactions la main des Spartiates, soucieux de détruire les élites de leur adversaire historique.

Le gouvernement oligarchique ne parvient cependant pas à séduire les masses. Une fois les Spartiates éloignés, les Athéniens se lancent dans une véritable guerre civile, au terme de laquelle, dès 403, les partisans de la démocratie triomphent. En donnant preuve d’un haut sens civique, les restaurateurs trouvent une solution, assez étonnante pour un monde composé par des cités turbulentes : tous les citoyens sont obligés de jurer solennellement d’«oublier les malheurs», c’est-à-dire d’accepter la réconciliation politique. Une amnistie générale est promulguée.
Et si les responsables du coup d’Etat oligarchique sont traînés en justice et condamnés, on empêche la faction gagnante de se venger des Athéniens qui, dans la confusion politique, avaient accepté ou soutenu le gouvernement des Trente, ou tout au moins ne l’avaient pas désavoué ouvertement. Certes, l’amnistie de 403 est une opération essentiellement politique : obligés de chercher des boucs émissaires en dehors de l’arène politique, les «démocrates» finissent par attribuer la crise du régime aux sophistes, des philosophes accusés de pervertir les valeurs traditionnelles. La victime la plus illustre de ce dernier règlement de comptes est le philosophe Socrate, condamné à mort en 399 pour «ne pas reconnaître les dieux que reconnaît la cité», introduire «des divinités nouvelles» et «corrompre les jeunes gens».

HAUT DEGRÉ DE MATURITÉ POLITIQUE

Toutes les exactions du gouvernement oligarchique ne sont pourtant pas vengées, ainsi qu’il ressort du discours Contre Eratosthène, un plaidoyer judiciaire prononcé à l’automne 403 par le grand orateur Lysias, qui s’attache de façon magistrale à récupérer ses biens saisis par un des Trente, Eratosthène, également responsable de la mort de Polémarque, le frère de Lysias. En dépit de ce deuil, le discours est très équilibré : Lysias veut la justice, pas la vengeance, et d’ailleurs il sait bien qu’en ce moment la dissension politique l’emporte par-dessus tout. Malgré la force de ses arguments, il n’obtient pas gain de cause, sans doute parce qu’il était un métèque, et qu’en cette heure délicate mieux valait admettre une injustice pour éteindre les feux de la guerre civile. Avec la sagesse rétrospective de vingt-quatre siècles d’histoire, le choix d’«oublier le passé» démontre le haut degré de maturité politique atteint par la démocratie athénienne.
Si le régime démocratique est sorti indemne de la crise de 404, et malgré les efforts pour rétablir l’empire maritime, il ne retrouvera jamais son plein rayonnement. Curieusement, les principaux responsables pensaient d’abord résoudre la crise institutionnelle avant de songer aux questions sociales. Or, les faiblesses du régime provenaient aussi de l’accroissement des inégalités et de la montée des disparités dans une cité opulente et conquérante. Quoi qu’il en soit, l’essor de la Macédoine met bientôt fin aux prétentions athéniennes de dominer l’économie d’une bonne partie de la Méditerranée. Après la victoire de Philippe II de Macédoine à Chéronée, en 338, et l’avènement de son fils Alexandre le Grand en 336, Athènes est destinée à un rôle bien moins prestigieux. Le déclin politique de la cité n’affecte pas tous les citoyens et, malgré l’acharnement de fervents patriotes tel Démosthène, beaucoup apprécient la prospérité économique assurée par la protection des Macédoniens sous le gouvernement du régent Antipater. De fait, l’hégémonie macédonienne ne menace pas le système démocratique.A cette époque, Aristote écrit une Constitution des Athéniens où les arguments du Vieil Oligarque sont inversés : après le retour du régime démocratique, on a attribué «toujours de plus grands pouvoirs à la foule. Car le peuple s’est rendu maître de tout, et tout est réglé par les décrets et les tribunaux où le peuple est souverain. En effet, les jugements rendus autrefois par le conseil sont passés aux mains du peuple ; et en cela on semble avoir bien fait, car le petit nombre est, plus que le grand, accessible à la corruption par l’argent et la faveur». Protégé par Philippe de Macédoine, Aristote, précepteur d’Alexandre le Grand, et surtout métèque, n’avait guère de raisons de défendre le système démocratique athénien, mais il admettait qu’en quelque sorte c’était un moindre mal. Après la mort d’Alexandre, en 322, les Athéniens le chasseront de la cité.

Finalement, 404 semble avoir été une crise de croissance et, trois générations plus tard, la démocratie jouit d’une bonne santé. C’est pour cette raison que, à part le dernier «accident de parcours» du gouvernement de Démétrios de Phalère (317-307), Athènes gardera son autonomie et son prestige sous le contrôle des Macédoniens puis des Romains, et aussi un certain poids dans l’économie de l’espace égéen. Bien entendu, son rôle politique ne sera plus qu’un modèle d’inspiration pour les Grecs, qui resteront toujours attachés aux trois grandes valeurs de dêmokratia, eleutheria, autonomia («démocratie, liberté, autonomie»).

En 2011, les manifestants de la place Syntagma n’étaient pas moins concernés par ces valeurs. Toutefois, comme leurs lointains prédécesseurs, ils négligeaient le risque que fait peser toute contestation. L’erreur (de) 404 n’était pas une erreur système. Elle résultait de la corruption des élites par la mise en réseau. On ne put en sortir qu’en brisant les servitudes des dettes virulentes, tout en admettant un pardon qui efface la mémoire vive des rancœurs.

* Giusto Traina, historien, est professeur à l’université Paris-Sorbonne. 

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L’étoile des rois mages a-t-elle existé ?

Selon l’évangéliste Matthieu, elle aurait guidé les mages jusqu’en Palestine. Vrai ou faux ?

Un phénomène céleste exceptionnel a bien eu lieu au moment de la naissance de Jésus-Christ.

Un phénomène céleste exceptionnel a bien eu lieu au moment de la naissance de Jésus-Christ. © NASA/ESA/Sipa

Par MARC FOURNY

Un phénomène astrologique extraordinaire serait à l’origine de l’adoration des mages, une scène que les catholiques célèbrent ce week-end lors de l’épiphanie. Des sages venus d’Orient viennent déposer leurs offrandes au pied de l’enfant Jésus : de l’encens – symbole de la divinité -, de l’or – image de la royauté – et de la myrrhe, cette résine aromatique qui servait notamment à l’embaumement des morts et qui prophétise le futur martyre du Christ.

Voici comment Matthieu relate les faits : « Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son astre à l’Orient et nous sommes venus lui rendre hommage. Informé, le roi Hérode fut troublé et tout Jérusalem avec lui… »

Ces mages ne sont pas des rois – Matthieu est formel. L’Église a laissé se propager l’image de princes agenouillés dans la crèche pour bien signifier que le pouvoir temporel devait s’incliner face à l’autorité spirituelle. Il s’agirait en réalité de prêtres appartenant à une caste sacerdotale de Perse prêchant le mazdéisme, une religion ancienne fondée sur l’opposition entre le bien – la lumière – et le mal – les ténèbres.

Jupiter rejoint par Saturne

Si ces sages venus de l’actuel Iran ont fait tout ce chemin, il faut imaginer que le phénomène astrologique a été suffisamment puissant pour marquer les esprits. De quelle nature pouvait-il être ? Les scientifiques en voient plusieurs possibles. D’abord une nova ou une supernova, l’explosion d’une étoile, visible à l’oeil nu parfois pendant plusieurs mois. Mais si un tel phénomène a déjà été mentionné vers l’an mille, notamment par les astrologues chinois, rien de tel sous le règne d’Hérode.

Une étoile filante ? Trop éphémère pour attirer l’attention et mobiliser une telle caravane. Pourrait-il alors s’agir de la fameuse comète de Halley, que les prêtres auraient pu suivre et que Giotto a même peinte dans sa fameuse Adoration des mages ? « Là encore, ce n’est pas possible, explique l’astrophysicien Michel Marcelin, chercheur au CNRS. La comète est passée dans le ciel 66 ans avant la naissance supposée du Christ, soit bien trop tôt. Les dates ne concordent pas. En revanche, une conjonction particulière s’est produite dans le ciel sept ans avant la naissance supposée du Christ. Jupiter et Saturne se sont rapprochées trois fois de suite dans l’année, en juin, septembre et décembre, un ballet spectaculaire qui n’a pas pu passer inaperçu… » Une conjonction qui aurait très bien pu pousser des grands prêtres de Perse, férus d’astronomie, à se rendre en Palestine pour en avoir le coeur net.

Constellations des poissons

« Les écrits de l’Ancien Testament, notamment le Livre de Daniel, font mention de la venue d’un grand roi sur ces terres, souligne l’astrologue et écrivain Denis Labouré. Depuis l’exil des Juifs à Babylone, les lettrés perses connaissaient parfaitement les traditions rapportées par ces textes. Le ballet des astres en l’an 7 av. J.-C. aiguise leur curiosité : une longue tradition orientale rapporte que certaines conjonctions de Jupiter et Saturne annoncent la naissance d’un empire, d’un maître ou d’un prophète. Celle de l’an 7 av. J.-C. s’est produite dans la constellation des poissons, or toute constellation faisait référence à un morceau du monde connu. Et celle des poissons indiquait, entre autres, la terre de Palestine… »

Quelques mois plus tard, un nouveau phénomène extraordinaire se produit plein ouest : le 20 février de l’an 6 avant J.-C., la lune et Mars rejoignent Jupiter et Saturne au soleil couchant. Ce paquet d’astres lumineux, teinté d’orangé avec la présence de Mars, devait être extraordinaire pour des astrologues arrivant de l’est. Serait-ce enfin la fameuse « étoile » qui guida les mages ? Tout semble cette fois concorder : en l’an 6 avant J.-C, le roi Hérode est toujours en vie et les historiens situent la date de naissance du Christ entre l’an 8 et l’an 4 avant notre ère – même l’Église reconnaît aujourd’hui une erreur de plusieurs années dans le calendrier officiel. Si le récit de l’évangéliste Matthieu n’est recoupé par aucun autre témoignage, il n’en demeure pas moins qu’un étrange phénomène céleste a bel et bien remué prêtres, princes et scientifiques à l’aube de l’ère chrétienne.

http://www.lepoint.fr/societe/l-etoile-des-rois-mages-a-t-elle-existe-05-01-2013-1608842_23.php

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Bonne année 2013 !

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31 décembre 192. Parano, mégalo et cruel, l’empereur Commode est étranglé par son esclave Narcisse.

Le fils de Marc-Aurèle déconne à plein tube. Il se prend pour Hercule, décime son entourage. Il est temps de l’expédier ailleurs…

Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos

Comment mieux achever l’année qu’avec un joli petit meurtre ? Après tout n’est-ce pas la violence qui fait avancer l’humanité ? Les guerres ! Les génocides ! Les trahisons ! Sans une bonne dose d’agressivité, l’homme en serait encore à l’âge des cavernes en train de bouffer des racines en écoutant du Yves Duteil… L’horreur !

Bref, le 31 décembre 192, l’empereur romain Commode est étranglé par son fidèle esclave Narcisse dans sa villa de Quintili. Nous sommes en fin d’après-midi. Rome attend de célébrer la nouvelle année. Seul il Professore Mario Monti n’a pas le coeur à faire la fête. « J’y vais ou je n’y vais pas ? » ressasse-t-il. L’empereur, lui non plus, n’est pas au mieux de sa forme. Il vient de rendre tripes et boyaux et un marteau-piqueur lui défonce le crâne. Il se sent mal, très mal. Que lui arrive-t-il ? A-t-on cherché à l’empoisonner ? Le poison se trouvait peut-être dans le verre de vin servi quelques minutes plus tôt par sa concubine favorite Marcia… Demain, il la fera égorger. Elle et plusieurs autres sénateurs qu’il a dans le collimateur.
Étranglement

Ses sympathiques pensées sont brutalement interrompues par une poigne de fer qui lui serre le cou. Il ouvre les yeux pour découvrir Narcisse en train de l’étrangler. Lui ? Lui en qui il a toute confiance. Un « ami » de 30 ans. L’empereur se débat, essaie d’échapper à la prise mortelle, mais son agresseur, champion de lutte, est bien trop fort. Commode suffoque. Commode meurt. Dans la bagarre, Narcisse se retrouve assis sur son maître. Patrick Sébastien, qui assiste à la scène dans un coin de la pièce, s’esclaffe grassement : « D’où l’expression mon cul sur le Commode. » Ainsi périt, à 30 ans, l’un des plus sanguinaires empereurs romains, de la lignée des Néron et des Caligula. Plus parano que Sarko, plus déterminé que Copé, il a fait disparaître des centaines de supposés comploteurs. Pire, aux yeux de B.B. : il a exterminé des centaines de lions, d’éléphants, de rhinocéros, d’autruches et même de girafes dans les arènes de Rome.

Commode devient empereur en l’an 180, lorsque son père Marc-Aurèle décède d’une maladie. C’est alors un jeunot de 18 ans. Le père et le fils sont alors à Vienne, en train de combattre les barbares menaçant les frontières de l’empire. Que le fils succède au père, c’est une grande première dans la dynastie des Antonins. Jusque-là, tous les empereurs désignaient l’homme le plus digne de diriger l’empire. Marc-Aurèle a cru pouvoir façonner un homme d’État avec la chair de sa chair. Quel présomptueux !

Vie de luxe

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir donné la meilleure éducation à son fils, engagé les précepteurs les plus renommés de l’époque. Avant de s’éteindre, l’empereur philosophe recommande une dernière fois son fiston à ses fidèles conseillers. Au cours de ses premiers mois de règne, le jeune Commode fait profil bas. Même s’il n’est pas né à Neuilly, il sait se tenir. Respectant le protocole habituel, il fait incinérer papa avant de le faire déifier.

Maintenant, que doit-il faire ? Poursuivre le combat contre les barbares et vivre à la dure parmi ses légions ? Ou bien regagner Rome par n’importe quel chemin pour y profiter du luxe, des femmes et de la bonne chère ? Vivre à la spartiate comme le général Jean-Pierre Palasset en Afghanistan ou vivre en débauché comme l’ami des dictateurs, le magnifique Gérard Depardieu, adulé par Jérôme Béglé ? Doté d’un faible caractère, le jeune empereur suit les conseils de ses compagnons de beuverie, qui l’incitent à une vie de luxe.

Commode bâcle un accord de paix et le voilà à Rome, où il se fait adouber par le peuple qui lui rend un vibrant hommage. Au cours de ses premières années, Commode se montre commode et raisonnable, respectant les conseils des amis de son père. Il se préoccupe davantage de ses plaisirs que de gouverner l’empire. Son sérail comprend 300 jeunes femmes et quasiment autant de beaux jeunes hommes, dit-on. Point besoin de convoquer des starlettes pour organiser des bunga-bunga.

Le goût du sang

La vie est magnifique jusqu’au jour où Commode échappe à une tentative d’assassinat montée par sa soeur Lucilla (jalouse de l’impératrice régnante) et certains sénateurs. Dès lors, le jeune empereur développe une haine implacable pour le Sénat, basculant dans la plus noire paranoïa. Il laisse le commandant de la garde prétorienne Pérennius exécuter sa soeur et ses complices. Il emploie une armée de délateurs qui, par un zèle très intéressé, balancent de nombreux sénateurs pour des crimes imaginaires.

Ainsi tombe Cahuzacus, accusé de posséder un compte bancaire en Suisse. Prenant goût au sang, Commode envoie à la mort tous ceux qu’il soupçonne de trahison. Simultanément, de nombreux soldats désertent pour former des bandes de brigands. L’un d’entre eux, du nom de Maternus, ose même marcher sur Rome pour s’emparer du trône impérial. Il est dénoncé avant d’y parvenir, mais cette nouvelle tentative renforce Commodore dans sa folie.

Simultanément, il devient totalement mégalo, se présentant comme le nouveau Romulus. Il rebaptise les institutions, renomme les mois de l’année. Rome devient Colonia Lucia Annia Commodiana. Il se prétend Hercule, fils de Jupiter, s’habille d’une peau de lion et s’arme d’une massue. Pour se concilier le peuple, il lui offre des jeux de cirque démentiels dans lesquels il massacre des centaines d’animaux sauvages qu’il fait venir d’Afrique, mais aussi d’Inde. D’où la disparition du lion de l’atlas en Afrique du Nord.

Il n’hésite pas, non plus, à descendre dans l’arène pour combattre comme gladiateur, une profession infâme. Aux yeux des Romains, c’est aussi scandaleux que si François Hollande participait à Koh Lanta ! Totalement insensé, Commode fait ériger des statues colossales de lui. Les Romains commencent à se lasser de ses excès, les sénateurs comme le peuple.

Provocation suprême

Commode précipite sa fin lors de la fête des saturnales de novembre 192. Il promet un spectacle de cirque extraordinaire aux Romains, qui accourent des quatre coins de l’empire pour y assister. Depuis une plate-forme surélevée ceinturant l’arène, il commence par abattre à l’arc à la javeline des centaines de lions, d’ours, de léopards, de cerfs, de gazelles et d’autruches. Mais aussi un tigre, un hippopotame et un éléphant. Cela ne lui suffit pas.

Chaque jour, il descend dans l’arène pour combattre une flopée de gladiateurs qui se laissent vaincre, et parfois tuer, sans moufter. Fin décembre, provocation suprême, il annonce vouloir inaugurer la nouvelle année non pas revêtu du costume pourpre traditionnel, dans son palais, mais déguisé en gladiateur dans leur gymnase. Mise au courant, sa concubine préférée Marcia le supplie à genoux d’y renoncer pour ne pas déshonorer Rome. Furieux, il convoque l’intendant du palais Eclectus et le préfet du prétoire Laetus pour leur demander d’installer un appartement dans le gymnase des gladiateurs. Ceux-ci tentent à leur tour de le convaincre de ne pas commettre cette folie. Rien à faire.

Pris à son propre piège

Rendu enragé par ces avis contraires, l’empereur rentre dans sa chambre, saisit une tablette taillée dans de l’écorce déliée de tilleul pour y inscrire le nom de ceux qu’il compte faire exécuter la nuit suivante. En tête de liste, il inscrit Marcia, Eclectus et Laetus, suivis des noms de plusieurs autres sénateurs. Il pose la tablette, part prendre un bain coquin avec quelques-unes des ses favorites. Pendant son absence, un des garçonnets qu’il garde dans son entourage pour satisfaire ses petits plaisirs pédérastiques (c’est l’habitude à Rome des hauts personnages) s’empare de la tablette pour jouer avec.

C’est alors qu’il tombe sur Marcia, qui la lui confisque. En y jetant un coup d’oeil, elle découvre avec effarement sa condamnation à mort. « Courage, Commode, se dit-elle, voilà récompense que tu prépares à mon amour, à ma tendresse, à la résignation avec laquelle, pendant de si longues années, j’ai supporté tes brutalités et des débauches ! Mais un homme toujours plongé dans l’ivresse ne triomphera pas d’une femme sobre. »

Marcia prévient aussitôt Eclectus et Laetus et, ensemble, ils décident d’assassiner l’empereur le jour même. C’est une question de vie ou de mort, pour eux. Comment procéder ? Marcia a l’habitude de lui présenter une coupe de vin à la sortie de son bain. Cette fois, elle y glissera du poison. Aussitôt, elle passe à l’action. Sans se méfier, Commode boit le vin et s’endort sur son lit. Bientôt de violents maux d’estomac le réveillent. Il est pris de vomissements. Les trois conjurés s’inquiètent : si Commode rejette le poison, il vivra et eux mourront. Ils n’ont qu’une solution, convaincre l’esclave Narcisse d’égorger son maître. Celui-ci accepte contre une forte récompense. Il se dirige vers le lit de Commode, qu’il saisit au cou pour l’étrangler… Ainsi périt l’empereur romain qui se prenait pour Hercule.

http://www.lepoint.fr/c-est-arrive-aujourd-hui/31-decembre-192-parano-megalo-et-cruel-l-empereur-commode-est-etrangle-par-son-esclave-narcisse-31-12-2012-1607203_494.php

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Prédiction scientifique : trouverons-nous une jumelle de la planète Terre en 2013 ?

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Les astronomes découvrent des planètes en dehors de notre système solaire depuis 1995, mais ils ne peuvent confirmer que l’une d’entre elles puisse détenir les caractéristiques pour accueillir la vie comme nous la connaissons sur Terre. Selon certains experts, cela devrait changer en 2013.

Le télescope spatial Kepler a fait une grande partie du travail sur le terrain planétaire. Depuis son lancement en 2009, Kepler a repéré plus de 2300 planètes potentielles, dont neuf en orbite autour de leur soleil respectif, en zone dite “habitable”, cette zone où l’eau à l’état liquide pourrait exister. Une de ces planètes, connues sous le nom de Kepler-22b, représente 2,4 fois la taille de la Terre.

Ci-dessous : la place de la planète Kepler-22b, en zone habitable, dans son système Kepler-22 en comparaison de quelques planètes du système solaire.


Plusieurs experts, interviewés par le site space.com (lien plus bas), pensent que le télescope sera en mesure de confirmer l’existence d’une planète similaire à la Terre au cours de la prochaine année, y compris Abel Mendez responsable du Planetary Habitability Laboratory (Université de Puerto Rico à Arecibo), qui se dit très confiant quant aux découvertes de jumelles de la Terre et Geoff Marcy membre de l’équipe Kepler, qui pense à une confirmation « probable » en 2013.

Selon l’astronome Mikko Tuomi, de l’Université d’Hertfordshire, qui a découvert avec son équipe cette année, une Super-Terre en zone habitable, la première découverte ne sera pas susceptible d’être la dernière :

En l’estimant soigneusement, il y a 200 milliards d’étoiles qui hébergent au moins 50 milliards de planètes, sinon plus, au moins dans la Voie Lactée. En supposant que 1:10 000 sont similaires à la Terre, cela nous en donnerait 5 000 000 de la sorte. Je dirais que nous parlons ici  de milliers de telles planètes, au moins.

Ci-dessous : représentation artistique de HD 40307g, une Super-Terre en zone habitable.

Geoff Marcy (télescope Kepler) adopte des termes poétiques pour décrire ce que cette découverte pourrait signifier pour l’humanité :

Les petits pas pour l’humanité seront un pas de géant pour notre espèce. L’envoi de sondes robotiques vers les étoiles les plus proches constituera la plus grande aventure que nous, Homo sapiens, n’avons jamais tenté. Cette entreprise de grande envergure nécessitera la collaboration et la contribution de tous les grands pays autour du monde. Pour ce faire, nous allons entreprendre nos premiers pas dans l’océan cosmique et renforcer ainsi notre sens partagé de résolution sur ce rivage terrestre.

 La dernière découverte d’exoplanètes : Une étoile proche de notre Soleil possède 5 planètes dont une qui pourrait être habitable.

A partir des interviews réalisées par le site Space.com : First ‘Alien Earth’ Will Be Found in 2013, Experts Say.

http://www.gurumed.org/2012/12/29/prdiction-scientifique-trouverons-nous-une-jumelle-de-la-plante-terre-en-2013/?utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter

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Des squelettes d’aliens? Des crânes en forme de cônes trouvés dans un ancien cimetière au Mexique

Squelettes Aliens

http://www.huffingtonpost.fr/2012/12/30/squelettes-aliens-mexique-cranes-cones-cimetiere_n_2383227.html?utm_hp_ref=tw

INSOLITE – Des squelettes avec des crânes… d' »aliens ». C’est dans un ancien cimetière du Mexique, situé dans la ville de Sonora, que l’on a trouvé ces étonnants ossements. Le site, nommé tout simplement « El Cementerio », a été découvert en 1999 mais fouillé seulement récemment, racontent nos confrères du Huffington Post américain. Les ouvriers qui sont tombés dessus creusaient des fondations pour installer un système d’irrigation.

coneheads_posterLes os dateraient d’une période comprise entre l’an 940 et l’an 1340, ils seraient donc âgés de près de 1000 ans, selon le Time . Les crânes auraient été intentionnellement déformés dès l’enfance jusqu’à ce qu’ils aient la forme de cônes, un peu comme dans le film Coneheads, où un couple d’émissaires de la planète Remulak, Beldar et Prymaat, vient pour conquérir la Terre…

Les chercheurs ne savent pas encore pourquoi cette population déformait ses crânes, mais ils savent que c’était une pratique courante de certaines populations du sud de l’Amérique centrale et d’Amérique du Sud. C’est la première découverte de ce type dans une zone située autant au nord, selon le site Internet LiveScience, ce qui signifie que l’influence de la population mésoaméricaine (une aire culturelle de l’Amérique précolombienne occupée par des ethnies qui partageaient de nombreux traits culturels communs) pourrait avoir été plus vaste au niveau géographique, selon la chercheuse Cristina Garcia Moreno, interrogée par LiveScience.

Un des crânes découverts dans le cimetière :

prehispanic cemetery discovered

Vidéo (en anglais) qui explique cette découverte :

https://spshared.5min.com/Scripts/PlayerSeed.js?sid=281&width=560&height=345&playList=517621517

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Napoléon n’a pas été vaincu par les canons ou l’hiver russes

Sans les poux, les Russes n’auraient pas pu battre l’empereur français lors de la campagne de Russie de 1812.

«La retraite de Moscou», d'Adolph Northen/Wiki Commons.

- «La retraite de Moscou», d'Adolph Northen/Wiki Commons. -

Nos livres d’histoire nous ont appris que Napoléon, lors de son invasion de la Russie en 1812, avait marché sur Moscou avec une armée à peu près intacte et n’avait été forcé de battre en retraite que parce que les Moscovites avaient incendié les trois quarts de leur ville, privant ainsi son armée de nourriture et de vivres.

Le rude hiver russe avait alors décimé l’armée en retraite. La victoire russe, commémorée par l’Ouverture 1812 de Tchaïkovski, resta dans les mémoires comme l’un des grands revers de l’histoire militaire.

Mais personne n’a reconnu la véritable grande puissance de cette guerre.

A Vilnius, en Lituanie, à l’hiver 2001, des ouvriers creusèrent des tranchées pour enfouir des lignes téléphoniques et démolirent les vieux baraquements soviétiques qui se dressaient là depuis des décennies. Un jour, un bulldozer déterra un objet blanc. Le conducteur descendit de sa machine et, à sa grande surprise, découvrit un crâne et des os humains. Un autre ouvrier raconta plus tard que «les choses ne cessaient de sortir du sol—il y en avait des milliers».

Huit ans plus tôt, une fosse contenant les dépouilles de 700 personnes assassinées par le Comité pour la sécurité de l’Etat, ou KGB, avait été mise au jour. Etait-ce l’un de ces endroits secrets où le KGB disposait de ses victimes? Ou bien l’une des fosses communes où des Juifs avaient été massacrés en masse par les nazis?

Quand les archéologues de l’université de Vilnius arrivèrent, ils constatèrent que les corps étaient enfouis sur trois rangées dans des tranchées en forme de V, apparemment creusées pour servir de positions défensives. Il apparut que les squelettes étaient les dépouilles de soldats.

Deux mille d’entre eux furent exhumés, ainsi que des boucles de ceinture portant des numéros de régiment. Ils trouvèrent également des pièces de 20 francs datant du début des années 1800. Les scientifiques finirent par comprendre ce sur quoi ils étaient tombés: les vestiges de la Grande Armée. Napoléon avait conduit 600.000 hommes en Russie avec la ferme intention de conquérir le pays; pas plus de 30.000 y survécurent, et parmi eux, on dit que moins d’un millier furent capables de reprendre un jour du service.

L’ennemi microscopique

Quelles incroyables circonstances ont-elles bien pu causer la déroute de l’une des plus grandes armées du continent européen, menée par l’un des plus grands généraux de tous les temps?

Etonnamment, ce ne fut pas les soldats ennemis ou les privations que les soldats subissent d’ordinaire qui décimèrent l’armée de Napoléon. La plupart de ses soldats étaient de jeunes hommes endurcis par la guerre, normalement capables de supporter le froid, les longues marches et l’épuisement.

Non, l’armée de Napoléon et ses grands projets de conquête furent ravagés et annihilés par un organisme microscopique: le microbe du typhus, propagé lors d’une invasion de poux.

Au départ, Napoléon n’avait aucune raison valable d’envahir la Russie. Son armée avait vaincu l’armée russe à la bataille de Friedland en juin 1807, et le 7 juillet de la même année, la France et Alexandre Ier de Russie avaient signé le traité de Tilsit qui faisait des deux pays des alliés (et, entre autres choses, interdisait à la Russie toute relation commerciale avec la Grande-Bretagne). Curieusement, Napoléon ne s’empara d’aucun territoire russe ni ne demanda de réparations de guerre.

Début 1812, la plus grande partie des territoires compris entre l’Espagne et la Russie était sous son contrôle. Cependant, l’Angleterre maîtrisait les mers, et Napoléon voulait l’Inde, colonie anglaise à l’époque. Le seul espoir de s’en emparer était de la prendre par la terre, et donc de contrôler la Russie.

Depuis le traité de Tilsit, la France et la Russie étaient des alliés à couteaux tirés. La Russie avait violé le traité en faisant des affaires avec l’Angleterre, et Napoléon, lassé de cet état de choses, l’utilisa comme prétexte pour l’envahir.

En juin 1812, l’armée napoléonienne se rassembla dans l’est de l’Allemagne. Napoléon passa ses troupes en revue en grandes pompes sur la rive ouest du Niémen le 22 juin 1812. Ses ingénieurs jetèrent un pont flottant sur le fleuve et le lendemain, l’armée pénétra dans laPologne contrôlée par la Russie.

C’est en Pologne que cela commença à se gâter

Tout se passait bien –l’été, bien que chaud et sec, permit aux soldats de marcher facilement sur les routes. Les colonnes de ravitaillement restaient un peu en avant, assurant ainsi la nourriture nécessaire, et les soldats étaient en bonne santé. Bien que des hôpitaux militaires aient été mis en place sur le chemin de la Pologne à Magdeburg, Erfurt, Poznań et Berlin, ils n’étaient que très peu nécessaires. L’armée rejoignit Vilnius en quatre jours, sans rencontrer de résistance de la part des troupes russes.

C’est en Pologne que les choses ont commencé à se gâter pour Napoléon. Il se retrouva dans une région d’une saleté incroyable. Les paysans étaient crasseux, les cheveux emmêlés, couverts de poux et de puces, et les puits étaient souillés.

Comme l’armée était à présent en territoire ennemi, les voitures de ravitaillement avaient dû se déplacer vers l’arrière. Les routes étaient couvertes d’une poussière molle ou creusées de profondes ornières après les pluies du printemps; les chariots de vivres prenaient de plus en plus de retard par rapport au principal corps de troupes, à qui il devint difficile de fournir eau et nourriture. L’armée était si gigantesque qu’il était presque impossible de garder une formation militaire intacte, et la majorité des soldats s’éparpillèrent, formant des groupes immenses et débandés.

Une forte fièvre, des plaques rouges…

Nombre de soldats pillèrent les maisons, le bétail et les champs des paysans. Presque 20.000 chevaux de l’armée moururent faute d’eau et de fourrage sur le chemin de Vilnius. Les maisons des paysans étaient si répugnantes et grouillantes de cafards qu’elles en semblaient vivantes. Les maladies typiques des champs de bataille, comme la dysenterie et autres pathologies intestinales, firent leur apparition, et bien que de nouveaux hôpitaux fussent établis à Danzig, Königsberg et Toruń, ils s’avérèrent incapables d’absorber les innombrables soldats malades renvoyés vers l’arrière.

Mais les problèmes de Napoléon ne faisaient que commencer.

Plusieurs jours après la traversée du Niémen, plusieurs soldats furent atteints de forte fièvre et virent des plaques rouges apparaître sur leur corps. Certains d’entre eux, dont le visage avait pris une teinte bleue, ne tardèrent pas à mourir. Le typhus venait de faire son apparition.

Le typhus sévissait en Pologne et en Russie depuis de nombreuses années, mais il avait gagné du terrain depuis que l’armée russe avait dévasté la Pologne en battant en retraite devant les forces napoléoniennes. Le manque d’hygiène associé à un été inhabituellement chaud avait créé les conditions idéales pour la propagation des poux.

Le typhus est provoqué par l’organisme Rickettsia prowazekii. Il faudrait attendre un siècle après la campagne de 1812 pour que les scientifiques ne découvrent que le typhus est présent dans les déjections de poux.

Saleté et sueur, l’environnement idéal

Le soldat français moyen était sale et en sueur, et ne changeait pas de linge pendant des jours; l’environnement idéal pour que des poux se nourrissent sur son corps et s’abritent dans les coutures de ses vêtements.

Une fois les habits et la peau du soldat contaminés par les excréments de poux, la plus petite égratignure ou écorchure suffisait pour que le microbe du typhus pénètre dans le corps du soldat.

Circonstance aggravante, pour des raisons de sécurité les soldats dormaient en grands nombres dans des endroits confinés, de peur que les Russes n’attaquent ou que les Polonais ne se vengent. Cette proximité permettait aux poux de contaminer rapidement les soldats encore sains.

Un mois à peine après le début de la campagne, Napoléon avait perdu 80.000 soldats, morts ou invalides, frappés par le typhus. Sous l’autorité du baron Dominique-Jean Larrey, chirurgien militaire, les mesures médicales et sanitaires de l’armée étaient les meilleures du monde mais personne n’aurait pu venir à bout d’une épidémie de cette ampleur. Voici le récit d’un témoin oculaire direct d’une invasion de poux:

«Bourgogne s’endormit sur un matelas de roseaux et ne tarda pas à être réveillé par l’activité des poux. Se découvrant littéralement couvert de bêtes, il enleva sa chemise et son pantalon et les jeta dans le feu. Ils explosèrent comme les tirs de deux rangées de fantassins. Il ne put s’en débarrasser pendant deux mois. Tous ses compagnons grouillaient de poux; beaucoup furent piqués et contractèrent la fièvre tachetée (typhus).»

Le 28 juillet, trois des officiers de Napoléon lui soumirent leur inquiétude à l’idée que la bataille contre les Russes était en train de devenir périlleuse. Les pertes causées par les maladies et les désertions avaient réduit sa force de frappe effective de moitié environ. Pour ajouter à cette difficulté, trouver des provisions en territoire hostile devenait un réel défi. Napoléon écouta leurs arguments et accepta de mettre un terme à la campagne, mais deux jours plus tard, il revint sur sa décision et affirma à ses généraux:

«C’est le danger même qui nous pousse vers Moscou. Les dés sont jetés. La victoire nous justifiera et nous sauvera

Napoléon et ses soldats malades et épuisés continuèrent donc d’avancer. Smolensk tomba le 17 août, rapidement suivi par Valoutina. Les Russes battaient en retraite à mesure que les Français avançaient, attirant Napoléon toujours plus profondément dans le pays. L’empereur avait divisé son armée en trois parties. Le 25 août, Napoléon avait perdu 105.000 hommes de son armée de 265.000, ce qui ne lui laissait plus que 160.000 soldats. En deux semaines, le typhus la réduisit à 103.000 têtes.

Obligé de battre en retraite

Le général russe Mikhaïl Koutouzov adopta une position défensive à Borodino, à environ 110 km à l’ouest de Moscou. Le 7 septembre, les forces françaises affrontèrent les Russes. Les deux camps subirent de lourdes pertes. Napoléon entra ensuite dans Moscou, mais ce fut une victoire à la Pyrrhus; il ne restait qu’environ 90.000 soldats français. L’empereur s’attendait à une reddition des Russes; mais ces derniers se contentèrent de lui abandonner la ville. Les trois-quarts de Moscou avaient brûlé quand la Grande Armée y pénétra, et il n’y avait plus de nourriture ni aucune sorte de provisions.

15.000 hommes en renfort rejoignirent l’empereur à Moscou, dont 10.000 furent décimés par la maladie. Devant l’imminence de l’hiver russe, Napoléon n’eut pas d’autre choix que de battre en retraite et de retourner en France. L’empereur et ce qu’il restait de son armée se réfugièrent à Smolensk, espérant y trouver abri et nourriture. En y arrivant le 8 novembre dans un froid glacial, Napoléon trouva les hôpitaux déjà débordant de malades et de blessés. La discipline se détériorait, et il reçut le coup de grâce en découvrant que les provisions sur lesquelles il comptait avaient été consommées par les troupes de réserve et de communication.

L’armée quitta Smolensk le 13 novembre et arriva à Vilnius le 8 décembre. Il ne restait plus que 20.000 soldats en état de se battre. Ayant eu vent de l’imminence d’un coup d’Etat fomenté en France par le général Claude-François Malet, Napoléon passa le commandement au général Joachim Murat et se hâta de rentrer à Paris.

La fin du grand rêve

Murat refusa de défendre Vilnius –il abandonna ses canons et le butin obtenu à Moscou aux Russes qui progressaient et battit en retraite vers le Niémen, qu’il traversa le 14 décembre avec moins de 40.000 hommes, la plupart invalides. C’est ainsi que s’acheva le grand rêve de Napoléon d’atteindre l’Inde en passant par la Russie.

Beaucoup des soldats morts furent ensevelis dans les tranchées défensives creusées pendant la retraite. C’est dans l’une de ces tranchées que, presque deux siècles plus tard, des ouvriers ont trouvé les vestiges de la Grande Armée de Napoléon.

Didier Raoult, de l’université de la Méditerranée de Marseille, a analysé la pulpe dentaire de 72 dents prélevées sur les corps de 35 des soldats découverts à Vilnius. La pulpe de sept soldats contenait de l’ADN de Bartonella quintana, organisme responsable de la fièvre des tranchées, autre maladie transmise par les poux, très répandue pendant la Première Guerre mondiale.

L’ADN de trois soldats contenait des séquences de R. prowazekii, responsable des épidémies de typhus. En tout, 29% des dépouilles portaient des preuves d’infection par R. prowazekii ou B. quintana, ce qui témoigne du rôle majeur des poux dans la défaite de Napoléon.

La plupart des Américains connaissent bien le final de L’Ouverture 1812 de Tchaïkovski, commandée par la Russie pour célébrer la défaite de Napoléon.

Le morceau s’achève par le grondement du canon et le carillon des cloches; cependant, si Tchaïkovski avait voulu retranscrire précisément le son de la défaite de Napoléon, on entendrait seulement le son doux et discret du pou qui dévore la chair humaine. Un organisme trop petit pour l’œil de l’homme, qui a changé le cours de l’histoire humaine.

http://www.slate.fr/story/66541/napoleon-defaite-typhus-pous-hiver-russe

Joe Knight
Spécialiste de l’histoire médicale

Traduit par Bérengère Viennot

Pour en savoir plus en anglais: The Illustrious Dead: The Terrifying Story of How Typhus Killed Napoleon’s Greatest Army de Stephen Talty.

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Après l’Irak et l’Afghanistan, les drones envahissent le ciel américain

Utilisés par l’armée américaine en temps de guerre, les drones surveillent désormais aussi les citoyens, ce qui inquiète les défenseurs de la vie privée.

Deux agents surveillent les frontières américaines grâce aux drones (Eric Gay/AP/SIPA)

Elsa Ferreira | Rue89

Demain, le futur ? Le ciel des Etats-Unis pourrait bientôt être envahi de dizaines de milliers de drones. 30 000 d’ici 2020. Leur mission : surveiller les citoyens américains.

On connaît les drones pour leur utilisation par l’armée américaine en territoire étranger. Des bombardements à la télécommande qui ont fait beaucoup de morts dits « collatéraux ».

Mais ils sont aussi utilisés dans le ciel américain. La police des frontières les utilisent depuis 2005 pour repérer les immigrants clandestins et le trafic de drogue entre les Etats-Unis et ses deux voisins, le Mexique et le Canada. A quelques reprises, et sous des conditions restreintes, le FBI (le Bureau fédéral d’investigation) et la DEA ( l’Agence de lutte contre les trafics de drogue) ont été autorisés à emprunter les robots volants de leurs collègues. En juin 2011, les forces de l’ordre du compté de Nelson (Dakota du Nord), procédaient à la première arrestation de citoyens américains assistée d’un drone.

Espions-robots

Ce n’est que le début… la « dronaïsation » du territoire s’accélère. En février de cette année, le congrès a voté une loi pressant l’Administration fédérale de l’aviation (la FAA) d’élargir les conditions de survol du territoire domestique aux drones. En plus de l’armée, le secteur privé et les agences civiles du gouvernement (au niveau fédéral, des Etats et local) seront autorisés à faire flotter les engins dans l’espace aérien américain.

Selon le Christian Science Monitor, il y aurait déjà plus de 110 bases d’activité pour les drones, actuelles ou en construction, dans 39 Etats. La Electronic Fontiere Fondation a établi une carte répertoriant les autorisations données, ou en attente, pour leur utilisation. Le pays entier est quadrillé.

D’un point de vue technologique, les drones sont de redoutables espions. De la taille d’un avion ou aussi petit qu’un colibri, ils peuvent être équipés de caméras infrarouges, de détecteurs de chaleur, de GPS, de détecteur de mouvement, d’un lecteur automatisé de plaque d’immatriculation et on leur prête un prochain système de reconnaissance faciale.

Le scénario de science-fiction ne fait pas sourire les défenseurs de la vie privée, qui s’inquiètent d’un « Etat de surveillance ».

Surveillance non-consensuelle

Dans son article sur l’imminente « attaque des drones » pour le Guardian, Naomie Wolf publie un document non-classifié de l’armée de l’air américaine, clarifiant les limites de la « surveillance dronaire ». On y apprend que les robots-espions ne pourront pas « mener de surveillance non-consensuelle sur des personnes américaines spécifiquement identifiées, sauf si approuvé expressément par la secrétaire à la Défense. »

Une bonne nouvelle… jusqu’à ce qu’on lise entre les lignes. Tout d’abord, cela veut dire que la surveillance contre leur gré des citoyens américains ne dépend que de l’approbation de la secrétaire à la Défense. Comme l’écrit Naomie Wolf :

« Le Pentagone peut désormais envoyer un drone domestique rôder autour de la fenêtre de votre appartement, recueillir des images de vous et de votre famille, si la secrétaire de la Défense l’approuve. »

Cela veut dire aussi que des personnes américaines non « spécifiquement identifiées » – « une détermination si vague qu’elle en perd son sens » – pourraient être surveillées à leur insu. Comme par exemple « un groupe de militants ou de manifestants », interprète l’auteure américaine.

La fin du 4e amendement

La surveillance des citoyens par les drones a déjà commencé. A titre d’entraînement. C’est ce qu’à découvert un journaliste du New York Times lors d’un reportage (en groupe) sur la « drone zone », une base d’entraînement pour les « pilotes » de drones.

« Cela n’a pris que quelques secondes pour comprendre exactement ce que nous regardions. Un véhicule blanc, roulant sur l’autoroute à côté de la base, arrivait dans le viseur au centre de l’écran et était traqué alors qu’il roulait vers le sud le long de la route déserte. Quand le véhicule sorti de l’image, le drone commença à suivre une autre voiture.

“ Attendez, vous vous entraînez à traquer l’ennemi en utilisant des voitures de civils ?”, demanda un journaliste . Un officier de l’armée de l’air répondit que ce n’était qu’une mission d’entraînement et le groupe (de journalistes, Ndlr) a été précipité hors de la pièce. »

Si les informations peuvent être collectées à l’insu des citoyens américains, sous des conditions vagues, que deviennent-elles ensuite ? Là encore, le document de l’armée de l’air réserve quelques surprises.

Il indique qu’en cas d’informations sur un citoyen américain « reçues par inadvertance », l’unité en question peut conserver ces informations jusqu’à 90 jours, pour déterminer si elles peuvent être gardées de façon permanente. « Ce qui en finit pour de bon avec le quatrième amendement », – amendement qui protège les citoyens américains contre les perquisitions et saisies non motivées et non justifiées –, juge Naomie Wolf.

1984

Les américains accueillent les drones avec méfiance. A la question « A quel point seriez vous inquiet si les forces de l’ordre américaine commençait à utiliser des drones avec des caméras haute technologie ? » posée lors d’un sondage réalisé par l’université de Monmouth, 42 % ont répondu qu’ils seraient « très inquiets ».

Ils s’opposent également en masse (67 %) à l’utilisation des drones lors de dépassement de vitesse. Ils sont cependant largement favorable à l’utilisation des robots pour contrôler l’immigration illégale, pour poursuivre des criminels ou encore pour des missions de recherche et de secours (respectivement 64 %, 67 % et 80 %).

Dans un article de la Stanford Law Review, le spécialiste de la vie privée et la robotique, Ryan Calo, s’excuse de l’inévitable référence au livre 1984 de George Orwell et écrit :

« Les citoyens ne bénéficient pas d’une intimité raisonnable en public, même pas sur les portions de leur propriété, visible depuis un lieu public. En 1986, la Cour Suprême n’a pas estimé qu’il s’agissait d’une fouille lorsque la police vola au dessus du jardin d’un suspect avec un avion privé. Quelques années plus tard, la Cour a accepté des preuves obtenues par un officier qui avait regardé depuis un trou dans le toit d’une serre depuis un hélicoptère. Ni la constitution, ni la “ common-law ” ne semblent interdire aux médias ou à la police de faire de la surveillance quotidienne avec des drones. »

http://www.rue89.com/2012/12/29/apres-lirak-et-lafghanistan-les-drones-envahissent-le-ciel-americain-238186

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