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Doit-on ressusciter les espèces disparues ?

Avez-vous entendu parler de Rheobatrachus silus ? Si la réponse est non, il n’y a rien d’étonnant car cette espèce australienne de grenouille, connue en français sous le nom de grenouille plate à incubation gastrique, est considérée comme éteinte depuis 1983, date à laquelle le dernier spécimen conservé en captivité est mort. L’animal s’avère pourtant fascinant, pour deux raisons. La première tient à son mode d’incubation très particulier : une fois qu’elle avait pondu, la femelle avalait ses œufs et les tenait à l’abri dans son estomac où ils grandissaient durant environ un mois et demi. Pendant toute cette période, la grenouille ne mangeait pas et son estomac cessait de produire de l’acide chlorhydrique qui, autrement, aurait dissous les œufs. Enfin, la grenouille accouchait… par la bouche.

La seconde raison, pour laquelle on reparle de Rheobatrachus silus aujourd’hui, s’appelle le projet Lazare (comme le Lazare que Jésus ressuscite dans le Nouveau Testament). Derrière ce nom de code se trouve l’idée de chercheurs australiens de ramener à la vie cette espèce de grenouille disparue. Comment ? Même si ses derniers représentants ont trépassé depuis longtemps, certains ont été conservés au frais. Il était donc théoriquement possible de les cloner. L’expérience, dont l’annonce a été faite le 15 mars dernier, a donc consisté à transférer les noyaux de cellules mortes de Rheobatrachus silus, noyaux porteurs du matériel génétique de l’animal, dans les œufs énucléés d’une autre espèce de grenouille australienne en espérant que la machinerie cellulaire se remette en marche. Et c’est ce qui s’est passé, même si cela n’a pas duré longtemps. Les embryons obtenus n’ont pas survécu plus de quelques jours.

Le même type d’expérimentation avait déjà été tenté en 2003 avec un mammifère, le bouquetin des Pyrénées, dont la dernière représentante était morte trois ans plus tôt écrasée par un arbre. Sur la cinquantaine de ses noyaux de cellules transplantés dans des ovules de chèvres, seulement un s’en fut jusqu’au bout du parcours. Un petit bouquetin des Pyrénées femelle naquit mais la résurrection de l’espèce ne dura que quelques minutes. A peine sortie du ventre de sa mère porteuse, la chevrette succomba en effet à une malformation pulmonaire, ce qui souligna la difficulté de la technique de clonage par transfert de cellule somatique adulte devenue célèbre grâce à la brebis Dolly.

Mais le clonage n’est qu’une des trois solutions actuellement envisagées pour faire revenir à la vie des espèces disparues. Pour schématiser, une deuxième technique, dite de l’ingénierie génétique, consiste à séquencer le génome d’un animal éteint et à insérer les morceaux d’ADN qui font sa spécificité dans le génome d’une espèce cousine toujours vivante. Quant à la troisième approche, elle ne fonctionne que si l’espèce disparue a laissé derrière elle une ou des espèces « filles »  comme, par exemple, l’aurochs, ancêtre des bovins domestiques que nous connaissons. Dans ce cas – et c’est, pour l’aurochs, l’objectif du programme néerlandais Tauros –, on utilise des méthodes traditionnelles d’élevage, en faisant se croiser entre eux des individus qui expriment le plus les caractéristiques physiques de l’ancêtre. Une sorte de sélection vers le passé qui peut être guidée par la génétique : si l’on dispose du génome de l’espèce disparue, il est possible de vérifier, au fur et à mesure des croisements, que le génome des individus obtenus se rapproche ou non du génome visé.

Même si l’on ne risque pas de rejouer à Jurassic Park, étant donné que, 65 millions d’années après la disparition des dinosaures, on n’a pas la moindre chance de reconstituer l’ADN complet d’un T-Rex, certains chercheurs rêvent de redonner vie à certaines espèces récemment rayées de la surface de la Terre. Un processus de renaissance qu’on appelle la « dé-extinction ». Le mammouth, le dodo ou le tigre de Tasmanie sont peut-être des Lazare qui s’ignorent… Même si elle n’est pas nouvelle, la thématique de la dé-extinction prend un tour excitant avec les possibilités réelles qu’offre la science actuelle. D’où un certain nombre d’interrogations sur son intérêt et sur  les avantages et les inconvénients qu’il y aurait à voir renaître des espèces, mortes pour certaines depuis des millénaires, sur la planète d’aujourd’hui.

Ce sont tous ces arguments que viennent de résumer deux chercheurs de l’université Stanford (Etats-Unis), Jacob Sherkow et Henry Greely, dans un article publié par Science le vendredi 5 avril. Dans la colonne des « risques et objections », ils rangent cinq éléments. Tout d’abord, le bien-être animal car, comme on l’a vu avec l’exemple du bouquetin des Pyrénées (mais aussi avec Dolly), la technique du clonage crée des individus risquant de souffrir de pathologies diverses. Vient ensuite le risque sanitaire : les espèces ressuscitées peuvent se révéler d’excellents vecteurs pour certains pathogènes ou bien posséder, dans leur génome, des rétrovirus endogènes potentiellement dangereux… Il se peut également que, dans l’environnement actuel, ces anciennes espèces se comportent comme des espèces invasives et mettent en péril d’autres espèces fragiles ! Il existe un autre risque écologique plus subtil : que la possibilité de ressusciter à volonté une espèce conduise à un relâchement voire à la fin des politiques de protection des espèces menacées. Pourquoi se fatiguer à sauvegarder l’ours polaire si on peut le recréer quand on veut ? Enfin vient une sorte d’objection morale : ressusciter une espèce éteinte équivaudrait à ce que les chercheurs se prennent pour Dieu. Un argument que Mike Archer, un des scientifiques impliqués dans le projet Lazare, a balayé d’un revers de la main en disant : « Je pense que nous avons déjà joué à Dieu quand nous avons exterminé ces animaux. »

Et effectivement, dans la liste des « bénéfices » dressée par MM. Sherkow et Greely, on trouve, parmi cinq nouveaux arguments, celui de la « justice ». Ce ne serait que justice que de ramener à la vie des espèces que nous avons anéanties. Par ailleurs, les chercheurs pourraient étudier de nouvelles espèces voire découvrir, par exemple dans des plantes disparues, des principes actifs utiles en médecine. Troisième avantage : les avancées technologiques que l’on ferait en développant l’ingénierie génétique. On peut aussi espérer un bénéfice à réintroduire de la biodiversité ancienne dans des environnements menacés ou appauvris. Enfin, il y a ce que l’on pourrait appeler l' »effet waouh ! ». Imaginez la sensation éprouvée en voyant des mammouths de chair, d’os et de poils (et non plus des personnages de films d’animation) se promener dans la steppe…

La dé-extinction pose également des questions juridiques insoupçonnées, expliquent Jacob Sherkow et Henry Greely. Si l’on met de côté le fait de savoir comment s’appliqueraient les législations et réglementations concernant les espèces menacées, on peut se demander si les espèces recréées feraient ou non l’objet de… brevets ! Le débat sur la brevetabilité du vivant étant loin d’être tranché, il se peut donc que l’on voie arriver des Mammouths® ou des Dodos®… Enfin, la dernière question n’est pas la moins importante : jusqu’où aller dans la dé-extinction ? Faut-il l’encadrer sur le plan légal ? Où sont les limites et qui les pose ? L’article de Sciencene le dit pas mais il est évident que, dans la longue liste des disparus ressuscitables, figure en très bonne place une espèce qui nous tient particulièrement à cœur, sur laquelle de nombreux chercheurs travaillent de par le monde, dont on vient de terminer un séquençage du génome de haute qualité et dont la renaissance poserait d’insondables problèmes éthiques : l’homme de Néandertal…

http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr/2013/04/07/doit-on-ressusciter-les-especes-disparues/

Pierre Barthélémy

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5 avril 1606. Devenue femme cougar, la reine Margot assiste au meurtre de son gigolo de 18 ans.

Autorisée à revenir à Paris par son ex-époux Henry IV, Marguerite y voit son jeune amoureux abattu par un rival jaloux.

5 avril 1606. Devenue femme cougar, la reine Margot assiste au meurtre de son gigolo de 18 ans.
Par FRÉDÉRIC LEWINO ET GWENDOLINE DOS SANTOS

Sous les yeux effarés de la grosse Margot qui s’apprête à descendre de son carrosse, son jeune amant de 18 ans s’effondre, une balle dans la tête. Gabriel Dat de Saint-Julien, qu’elle aime passionnément, meurt sur le coup. Engoncée dans sa graisse, l’ex-reine de France ne peut que voir l’assassin s’enfuir à toutes jambes. Mais non, elle ne rêve pas, il s’agit du comte de Vermont, son précédent… gigolo. À 52 ans, l’épouse répudiée d’Henri IV déchaîne encore les passions. La sexe attitude de Nabila dans le corps de Christine Boutin…

Margot aime les hommes jeunes, les poèmes d’amour et le sexe. À Nérac, elle entretient une cour consacrée à l’amour et à la littérature. Elle change d’amant comme Julien Dray de montre. Ces intrigues inspirèrent à Shakespeare sa pièce Peines d’amour perdues. Et après ? Ce n’est pas son ex, le roi Henri IV, surnommé à juste titre le Vert Galant, qui va lui donner des leçons de morale ! Du reste, il s’en garde, conservant d’excellents rapports avec sa première épouse. Après un long exil, il vient de l’autoriser à revenir dans la capitale. Marguerite de Valois s’est installée provisoirement à l’hôtel de Sens, en face de l’îlot aux Vaches (la future île Saint-Louis), en attendant la livraison du palais qu’elle se fait construire sur la rive gauche, face au Louvre.

Perruques et plaques de fer blanc

Le 5 avril 1606, de retour à l’hôtel de Sens après une virée shopping chez Tati, la reine Margot s’apprête à descendre de son carrosse. Son jeune amant Dat se précipite pour l’aider. C’est un galant jeune homme qui lui manifeste des signes d’amour, même si elle n’est plus la bombe sexuelle de sa jeunesse. N’avait-elle pas séduit alors toute l’aristocratie du royaume ? On lui prête des aventures avec le duc de Guise, Dominique de Villepin et même, disent les méchantes langues, avec son grand frère.

Devenue énorme, Marguerite élargit sa carrure avec des plaques de fer blanc disposées sous ses habits pour faire paraître sa taille plus fine. Le petit souci, c’est qu’ainsi harnachée elle a du mal à passer par les portes trop étroites. Elle utilise des vertugadins (bourrelets disposés sous sa jupe) dans lesquels, écrit cette langue de p… de Tallemant des Réaux, « elle mettoit une boîte où était le coeur d’un de ses amants trépassés, car elle était soigneuse, à mesure qu’ils mouroient, d’en faire embaumer le coeur ». Chaque soir, dit-il, elle attache ce vertugadin à son lit avec un cadenas ! Mais faut-il croire ces accusations malveillantes ? Chauve, elle se coiffe parfois d’une perruque blonde faite avec les cheveux de ses valets de pied. Et pour dissimuler son teint couperosé, elle lance l’usage de la poudre.

Au moment où Dat de Saint-Julien ouvre la porte du carrosse, le comte de Vermont, 20 ans, qui l’avait précédé dans le coeur de Margot, lui expédie une balle dans la tête. Après son crime, l’assassin se carapate, mais il est vite rattrapé par les valets de la reine. On le ramène, on le reconnaît. Il avoue la jalousie ! Mais la grosse Margot n’est pas vraiment sensible à cet explosif témoignage d’amour. Elle s’époumone : « Qu’on le tue, ce meschant, tenez, tenez, voilà mes jarretières, qu’on l’étrangle ! » Il est jeté dans un cul-de-basse-fosse du Châtelet. À l’époque, la justice est expéditive. Trois jours plus tard, le 8 avril, le jeune noble a la tête tranchée par le bourreau sur le lieu de son forfait, en face de l’hôtel de Sens. Postée derrière une fenêtre, la reine Margot se délecte du spectacle. Ce ne sont pas les jeunes amants qui manquent.

http://www.lepoint.fr/c-est-arrive-aujourd-hui/5-avril-1606-reine-cougar-de-52-ans-la-reine-margot-assiste-au-meurtre-de-son-amant-04-04-2012-1448540_494.php#xtor=CS1-32

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LA PROPRIÉTÉ : VIOLENCE OU DROIT DE L’HOMME ?

La propriété : violence ou droit de l’homme ?

Ecrit par Jean-François Vincent

En 1849, en Allemagne, parut une caricature du grand romaniste Theodor Mommsen, professeur de droit romain à l’université de Leipzig, lui faisant dire : « dominium est furtum », reprise en version latine de la célèbre phrase de Proudhon, dans son ouvrage publié en 1840, « qu’est-ce que la propriété ? ». Réponse de Proudhon : « la propriété, c’est le vol ». La latinisation de la phrase et le choix de Mommsen comme porte-parole imaginaire de Proudhon ne sont pas innocents : les étudiants de Leipzig, en effet, dans le climat postrévolutionnaire de l’après 1848, se souvenaient qu’en droit romain, la propriété, ce n’est pas tant le vol que la violence…

Rien que le mot – dominium – donne le la. La propriété est une domination, celle du dominus, le seigneur et maître qui règne en autocrate sur son domaine, la domus, la maisonnée et tout ce qui s’y affère.

Cette domination est un pouvoir, potestas, qu’on appelle aussi manus, la main. Une main à la fois protectrice et asservissante : le dominus, le propriétaire, a la haute main sur tout ce qui se trouve chez lui, personnes et biens. Acquérir un bien immeuble ou un esclave, c’est littéralement le prendre en main par un acte solennel, la mancipatio, où l’acquéreur met physiquement la main sur son acquisition. Originellement, la revendication d’un bien, en cas de contestation par un tiers, débouchait sur un combat dont le juge était l’arbitre. Rien que les éléments constitutifs du dominium dénotent la violence : l’usus, l’usage de la chose (ou de l’esclave), le fructus, la jouissance des fruits de la chose et surtout l’abusus. Oui, la propriété est par essence « abusive » dans la mesure où le propriétaire peut le plus légalement du monde « abuser » d’elle, c’est-à-dire la vendre ou la détruire. Le dominuspaterfamilias tout puissant, a, en effet, le droit de vie et de mort sur ses esclaves et même ses enfants, ius vitae necisque ; il a aussi le droit de tuer sa femme ou plutôt de l’occire, ius occidiendi, en cas d’adultère.

L’abusus existe encore en droit français. L’article 544 du Code Civil, toujours en vigueur, dispose : « le droit de propriété est le droit de jouir et de disposer des choses de la manière la plus absolue ». C’est bien le caractère absolu de ce droit qui en signe la violence : on peut ainsi abandonner ou abattre son animal (considéré, en droit, comme un bien meuble) en toute impunité. Le bürgerliches Gesetzbuch, avatar allemand du Code Napoléon, se fait encore plus explicite : on y définit la propriété comme une « Gewalt über eine Sache » ; « Gewalt » – qui signifie aussi bien pouvoir, au sens juridique du terme, que violence dans le langage courant – sur la chose possédée, tout ici est dit.

Et l’abus est précisément ce que dénonce Proudhon : « le propriétaire est maître de laisser pourrir ses fruits sur pied, de semer du sel dans son champ, de traire ses vaches sur le sable, de changer une vigne en désert et de faire un parc d’un potager ». Du vol donc, la propriété ? Les pères de l’Eglise vont plus loin : il s’agit d’une usurpation ! Seul Dieu, en effet, peut posséder, Lui qui a tout créé du néant à l’être. « Dominium omnium creatorarum est proprium Dei. Ergo non est naturalis homini rerum possessio » écrit saint Thomas d’Aquin (Somme théologique, 2a, 2ae, 66,1), le propre de Dieu est d’avoir la propriété de toute créature. Par conséquent, il n’est pas naturel à l’homme de posséder quelque chose. Avant lui, saint Ambroise de Milan parlait déjà d’usurpatio : « usurpatio ius fecit privatum » (Traité des devoirs, 1, 132), l’usurpation est à la base (litt. a été fait par) le droit privé.

La justification philosophique du droit de propriété comme droit naturel n’est apparu que très progressivement. L’argument est d’abord théologique : l’homme se trouvant au sommet de la création, tout fut conçu pour lui, pour son usage. « La propriété de l’homme sur les créatures, écrit Locke, fut fondée sur le droit qu’il avait de faire usage des choses nécessaires ou utiles à son existence ». La Déclaration américaine d’Indépendance de 1776 se garde bien de le mentionner (embarras à l’égard de l’esclavage toujours en vigueur), la Déclaration française de 1789 l’évoque de manière laconique. Il faut chercher dans les travaux de l’Assemblée Constituante pour trouver un véritable argumentaire. Ainsi le député Jean-Paul Rabaut de Saint Etienne lie étroitement propriété et liberté : « l’homme peut posséder des choses propres à conserver son être, à satisfaire ses besoins, et sur lesquelles il étend la plénitude de son droit de liberté ; et c’est ce que l’on appelle la propriété ».

L’arbitraire de l’antiquité est ainsi devenu la liberté des modernes. Le libéralisme de la fin du XVIIIème siècle, en particulier Adam Smith, joint de manière intime libertés politiques et libertés économiques. A ce titre, la défense du droit de propriété est la raison d’être de tout gouvernement : « civil government, so far as it is instituted for the security of property, is really instituted for the defense of the rich against the poor, or of those who have some property against those who have none »… Salauds de pauvres ! Ajouterait le héros du film La traversée de Paris.

Pour dégager la propriété de sa violence originelle, il convient d’en fixer les limites. C’est ce qu’ont fait le droit positif et la jurisprudence, tout au long des XIXème et XXème siècles. Il reste que l’article 544 du Code Civil n’a toujours pas été modifié et que l’abusus romain demeure en vigueur, au moins en théorie. Un droit abusif n’est rien d’autre qu’un abus de droit.

http://www.refletsdutemps.fr/index.php/thematiques/actualite/item/la-propriete-violence-ou-droit-de-l-homme

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9 mars 1796. Napoléon et Joséphine signent un acte de mariage bourré d’erreurs.

L’âge des époux, la profession et l’adresse du marié sont fausses, un témoin est mineur, et l’officier d’état civil absent… Techniquement, c’est nul.

9 mars 1796. Napoléon et Joséphine signent un acte de mariage bourré d'erreurs.
FRÉDÉRIC LEWINO ET GWENDOLINE DOS SANTOS

Ce n’est pas la douce folie médiatique du mariage de Johnny ou de celui du prince William. Quand Napoléon épouse Joséphine, inutile de rechercher des paparazzi dans les arbres. Il est très tard : 22 heures ; outre les mariés, il n’y a que les témoins. La cérémonie est expédiée en moins d’une demi-heure. C’est que le petit général est pressé de partir combattre en Italie.

Vers 20 heures, c’est la merveilleuse Marie Josèphe Rose Tascher de la Pagerie, veuve Beauharnais, qui se présente en premier à la mairie de la rue d’Antin – un ancien hôtel particulier – pour le mariage civil. Comme à son habitude, elle est à croquer : chemise fine, souliers plats en tissu, bas de soie, un corset léger et une robe de velours brodé passée sur un jupon souple. À 33 ans, elle reste l’une des femmes les plus belles et les plus appréciées de Paris… Elle est venue accompagnée de son chien Fortuné – un carlin – qui la suit partout.

On la conduit dans le salon de l’hôtel particulier aux boiseries dorées. Des peintures allégoriques ornent les murs et le plafond. Trois des témoins sont déjà présents pour l’accueillir. Les siens : Paul Barras, membre du Directoire exécutif, et Jean-Lambert Tallien, membre du corps législatif. Étienne Calmelet, homme de loi, est le témoin de Bonaparte. Est présent également le commissaire du Directoire Collin-Lacombe, qui servira d’officier d’état civil à la place de Charles Leclercq, parti se coucher. Une fonction à laquelle il ne peut pas prétendre, et qui entache le mariage de nullité. Leclercq ne signera que le lendemain l’acte. Mais qui oserait se plaindre quand les témoins s’appellent Tallien et Barras ?

« Mariez-nous vite »

Bonaparte se fait attendre. Neuf heures sonnent, puis dix heures. Barras s’impatiente. Le voilà enfin. Il s’excuse, il n’a pas vu l’heure passer. Nommé la semaine précédente commandant en chef de l’armée d’Italie par le même Barras, il a consacré sa journée à étudier les cartes du Piémont. Il est accompagné de son aide de camp, le capitaine Lemarois, 20 ans, qui servira de deuxième témoin. Après avoir salué chacun, il n’a qu’un mot : « Mariez-nous vite ! »

C’est Paul Barras qui les a présentés l’un à l’autre durant l’été 1795. Joséphine est alors sa maîtresse et il veut s’en débarrasser. Le meilleur moyen, c’est de la caser à un de ses proches. Sarko étant déjà pris, il pense à ce Corse qui l’a aidé à disperser l’insurrection du 13 vendémiaire (5 octobre 1795). Le couple se complète parfaitement. Elle est veuve et désargentée depuis la mort d’Alexandre Beauharnais, le père de ses deux enfants. C’est une de ces « merveilleuses », entretenue par les hommes, et grande amie de Mme Tallien. Il est temps qu’elle se range en se remariant. Quant à Napoléon, malgré son jeune âge – il a 26 ans -, il est déjà général en chef de l’armée de l’Intérieur. Il lui faut une épouse pour poursuivre son ascension. Il n’est pas très regardant sur la marchandise. Joséphine de Beauharnais fera l’affaire et tant pis si elle a six ans de plus que lui. Il en tombe éperdument amoureux. Ce n’est pas réciproque, mais elle sent que ce petit Corse possède un énorme potentiel. C’est de la graine de dictateur, ça, madame. Sa copine Carla lui a tellement dit du bien des petits hommes mus par le besoin de revanche…

La cape et l’épée

Pas de stratégie amoureuse chez le petit général. Il adore sa grande bringue snobinarde. Il est même si jaloux qu’il se refuse à l’appeler Rose comme ses précédents amants, préférant user de son deuxième prénom, Josèphe, qu’il transforme en Joséphine. Il lui écrit des lettres enflammées : « Je me réveille plein de toi. Ton portrait et l’enivrante soirée d’hier n’ont point laissé de repos à mes sens. Douce et incomparable Joséphine, quel effet bizarre faites-vous sur mon coeur… » Du Barbelivien dans le texte.

La veille de la cérémonie, Joséphine demande à son promis de l’accompagner chez le vieux notaire Raguideau, auprès duquel elle a l’habitude de prendre des conseils tant financiers que sentimentaux. Laissant le petit Corse dans l’antichambre, elle passe dans le bureau du notaire, oubliant de bien refermer la porte. Du coup, Napoléon entend toute la conversation. Dans ses Mémoires, il la rapportera, amusé. Mais sur le moment, il fulmine. Le vieux notaire s’étonne du choix de sa cliente : « Mais c’est un homme sans fortune, madame ! Mieux vaut rester veuve que d’épouser un petit général sans avenir et sans nom… Les épaulettes d’or du général Bonaparte vous ont trop éblouie, songez-y bien, et n’allez pas vous préparer un repentir inévitable en épousant, je le répète, un homme sans fortune, un homme qui n’a que la cape et l’épée. »

Ces mots font bondir de rage Napoléon, mais il se retient de tout scandale, se contentant de saluer le notaire Raguideau en partant. Il n’oubliera jamais cette conversation. Quelques années plus tard, le jour même de son sacre, il décide de se venger gentiment de Raguideau qu’il a pris, depuis, comme notaire. Il le fait venir dans son palais, lui montre le manteau impérial couvert d’abeilles d’or et le sceptre de Charlemagne, en lui disant : « Vous aviez raison, monsieur Raguideau ; voici la cape et voilà l’épée. Comme vous le voyez, monsieur Raguideau, j’ai marché, cependant… Je ne vous parle pas de ma fortune… Après huit ans de mariage, j’apporte une couronne en dot à ma femme… » Silence piteux du notaire. Napoléon est satisfait de sa petite vengeance.

Expéditif

Pour en revenir au mariage, il n’y a pas que le notaire qui ne l’approuve pas. La famille Bonaparte n’est pas non plus réjouie de voir son général épouser une cougar dont la réputation n’est pas sans tache. Pauline, la petite soeur préférée de Napoléon, ne l’appellera jamais que « la vieille ». Justement, cet âge « canonique », Joséphine fera tout pour le cacher. Suivant les conseils d’Amanda Lear, elle fait réaliser un faux. Comme il lui est impossible de se faire délivrer un acte de baptême, car la Martinique, où elle est née, est occupée par les Anglais, Joséphine demande à un notaire nommé Rousseau de lui rédiger un acte en la faisant naître en 1768, ce qui la rajeunit de quatre ans. La voilà donc âgée officiellement de 28 ans seulement. Et pour faire bonne mesure, elle convainc son futur époux de tricher également sur son âge, mais en se vieillissant. L’acte de mariage mentionne qu’il est né le 5 février 1768, alors que la bonne date est le 15 août 1769.

Ce ne sont pas les seules erreurs figurant sur l’acte de mariage. L’adresse de Napoléon est mauvaise et il est dit général en chef de l’armée de l’Intérieur alors que depuis le 23 février, il est général en chef de l’armée d’Italie. La lecture de l’acte de mariage est vite expédiée. Les quatre témoins signent. Et tant pis si le capitaine Lemarois n’est pas majeur avec ses 20 ans ! À 22 h 30, Napoléon et Joséphine sont mari et femme. Chacun peut rentrer chez soi. Barras et Tallien s’en vont immédiatement. Pas de repas de noces. Pas de Patrick Sébastien pour animer la soirée. Reste la nuit de noces que les deux jeunes mariés passent dans le petit hôtel particulier de Joséphine. Malgré Fortuné qui le mord au mollet, le général triomphe sans gloire d’un ennemi qui ne demande qu’à être embroché…

Patience

Dès le lendemain matin, Napoléon saute du lit à l’aube car il a encore tant à faire avant de prendre la route de l’Italie, le surlendemain. Seulement Joséphine est en manque. Elle voudrait bien profiter de son cavalier avant qu’il ne disparaisse. Elle va le chercher dans son bureau. Penché sur ses cartes, il la renvoie d’un baiser. Elle obéit aux ordres de son petit général, mais ne peut s’empêcher de revenir quelques minutes plus tard. Il lui fait un deuxième baiser en la renvoyant à nouveau. Elle revient encore. Il lui faut se barricader. « Patience, ma bonne amie, nous aurons le temps de faire l’amour après la victoire. » Le 11 mars 1796, comme prévu, il monte en chaise de poste pour gagner Nice, le quartier général de l’armée d’Italie, laissant derrière lui une Joséphine éplorée. Elle se consolera vite dans les bras de quelques amants. Ils divorceront le 15 décembre 1810.

http://www.lepoint.fr/c-est-arrive-aujourd-hui/9-mars-1796-napoleon-et-josephine-signent-un-acte-de-mariage-bourre-d-erreurs-09-03-2013-1637818_494.php

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Enquête : à la recherche des manuscrits pillés par les Nazis

Le dépot d’Offenbach, à la sortie de Francfort-sur-Main, en zone américaine, vit transiter près de 3 millions d’ouvrages entre 1946 et 1949 (CDJC)

A force de parler des tableaux, des chefs d’œuvres, on a presque fini par oublier que le pillage des Nazis s’est aussi porté sur les bibliothèques de ceux dont ils voulaient détruire les rites, la religion, l’histoire, la culture et l’existence : les juifs. 

Dans la même ligne de mire, les autres ennemis du IIIe Reich, les communistes et les francs-maçons. Comme pour les tableaux, un reliquat du pillage des bibliothèques a été placé dans les années 1950, non pas dans les musées, mais dans les plusieurs bibliothèques françaises.

Ce ne sont pas quelques centaines, mais 15 450 livres (dans son ouvrage, Martine Poulain donne ce chiffre pour les attributions des commissions de choix « Livres pillés, lectures surveillées » – l’ouvrage de référence en France, et dont l’auteur dirige l’Institut national d’histoire de l’art) qui sont plongés depuis dans un formol historique et administratif. Enquête sur les dépôts de livres de la Commission de récupération artistique dans les bibliothèques françaises.

*Boris Souvarine (Ouvrier, journaliste, écrivain, essayiste) : « C’est un coup terrible, une amputation à n’en plus s’en relever. »

*Louise Weiss (Journaliste, écrivain et féministe) : « La disparition de mes livres m’enleva le goût de vivre pendant plusieurs semaines. »

*André Maurois (Romancier, conteur, essayiste) : « Dans mon bureau, les rayons que j’avais, en quarante années, remplis de livres choisis avec amour, sont maintenant vides. Ne trouvant pas l’homme, la Gestapo a pris la bibliothèque. »

Après n’avoir rien fait hier, on en fait peut-être un peu trop aujourd’hui

Du pillage artistique des Nazis, on connaît désormais beaucoup mieux la partie œuvres d’art et notamment les tableaux. Le sujet est apparu au grand jour au milieu des années 1990 avec la révélation de l’existence des MNR (Musées nationaux récupération), résidu de ce pillage non restitué.

Soit 2 058 œuvres d’art qui, depuis la Libération, avaient été déposées dans nos musées et trop discrètement conservées par l’Etat. Ce déballage, ajouté à l’apparition sur le marché de l’art de nombreux tableaux volés aux familles juives, ont amené l’Etat français à réexaminer le sujet avec la création de la Commission Mattéoli.

Dans la foulée, une commission d’indemnisation, la Commission pour l’indemnisation des victimes de spoliations (CIVS), voit le jour. Ce sont plus seulement les MNR, mais l’ensemble des spoliations qui sont de nouveau étudiées ; des ayant-droit récupèrent leurs tableaux, d’autres sont indemnisés, les dossiers sont réexaminés.

Par ailleurs, jusque-là quasi inexistants, les travaux universitaires se multiplient, alors que l’Etat assouplit considérablement les conditions d’accès aux archives sur la période. Ce à quoi s’ajoute une multitude d’expositions et d’hommages, comme pour Rose Valland. Après n’avoir rien fait hier, on en fait peut-être un peu trop aujourd’hui ; mais à tout prendre…

Si désormais on identifie clairement les MNR, ces œuvres d’art dans les inventaires des musées, que dire des livres ? Pas d’inventaire, pas une ligne ou presque sur ces : « 18 000 volumes précieux dont les propriétaires n’ont pu être identifiés, (qui) ont été mis en dépôt dans de grandes bibliothèques publiques où ils restent à la disposition des spoliés qui feraient la preuve de leurs droits », comme le rappelle alors le ministère de l’Education Nationale, dans un article du Figaro en date du 12 décembre 1950.

Pillage guerrier, nationaliste et antisémite

Lors d’un colloque, dont les contributions viennent d’être publiées aux Presses universitaire de Rennes, Martine Poulain décrit les trois logiques qui vont procéder au pillage des bibliothèques et des archives par les Nazis : guerrière, nationaliste et antisémite.

Sous l’action conjuguée de l’Etat-major spécial du reichsleiter Rosenberg (ERR), chargé notamment de la saisie des biens culturels, de la Gestapo et de la Dienststelle Westen (service Ouest) au travers de l’Aktion M – chargée de vider les appartements et garde-meubles appartenant à des familles juives pour en saisir le mobilier –, plusieurs millions de livres sont saisis en France entre 1940 et 1944.

Ceux des anonymes, et les bibliothèques des médecins, des avocats, des universitaires juifs sont saisies, des écrivains, philosophes, politiciens, réfugiés politiques, des Russes blancs, des juifs allemands, des bibliophiles (Léon Blum, André Maurois, Louise Weiss…) : des bibliothèques entières.

Le 10 janvier 1941, l’ERR enlève dix caisses de livres appartenant à Jean Zay, et le 16 c’est au tour des 15 000 volumes de la bibliothèque de Georges Mandel. Plus tout ce qui pouvait bien évidement provenir des collections de riches collectionneurs juifs, tels les Rothschild, ou David Weill, Jean Fürstenberg…

« Près de 38 000 appartements ont été placés sous contrôle par les membres de l’ERR. (…) En 1942, l’ERR dispose de plus de 150 camions et 1 000 déménageurs. »

Une formidable razzia : plusieurs millions d’ouvrages, dont une partie doit notamment alimenter l’Ecole Supérieure (la Hohe Schule), un centre d’étudemonumental « concernant la doctrine et l’éducation nationales-socialistes » (Dans « Le pillage par les Allemands des œuvres d’art et des bibliothèques appartenant à des juifs en France », publié par le CDJC en 1947). La constitution de ce centre est l’un des principaux alibis du pillage.

Confiscation totale des biens culturels

Le premier bureau de la Hohe Schule est inauguré le 26 mars 1940 par l’idéologue du Reich et instigateur du projet, Alfred Rosenberg. Ce bureau, à Francfort-sur-le-Main, est l’Institut de recherche sur la question juive, et ses fonds sont constitués par les bibliothèques saisies en France – dont celles de l’Alliance israélite universelle, de l’Ecole rabbinique, de Rothschild, des communautés juives de Grèce, de Hollande…

Selon un document allemand, le 1er avril 1943 la bibliothèque compte 550 000 volumes, dont une partie des fonds sont encore déposés à Berlin ou à l’Est, à Minsk et Vilno (2).

Les Nazis ont également constitué plusieurs fonds maçonniques alimentés par le pillage des loges françaises, allemandes ou belges. Très vite arrivent également les ouvrages pillés lors de la campagne de Russie. Ce pillage participe à la mise en œuvre d’une politique de confiscation totale des biens culturels exercée dans les territoires de l’Est et de l’Europe de l’Ouest.

Dès le début des bombardements alliés de 1943, de nombreux dépôts de livres sont évacués, notamment en Autriche, en Tchécoslovaquie ou en Pologne, dans des châteaux, des mines, des hôtels… Un va et vient aussi gigantesque que monstrueux (sur le sujet des migrations des livres, on se reportera au chapitre de Patricia Grimsted dans « Saisies, spoliations et restitutions. Archives et bibliothèques ». Ce professeur américain domine le sujet des spoliations des bibliothèques et des archives et leur restitution, notamment dans l’Est de l’Europe. Professeur à Harvard, elle est l’auteur de plusieurs livres et on lui doit de nombreuses contributions depuis plus d’une vingtaine d’années).

« Le vol de masse protègera les plus grandes bibliothèques intégrées à la Hohe Schule, car leurs fonds seront plus faciles à identifier et à retrouver à la Libération. Les bibliothèques privées précieuses, riches en manuscrits rares (…) rejoignent les collections des dignitaires nazis. Cette appropriation en protègera certaines. Mais l’immense majorité des bibliothèques personnelles ou familiales sont dépecées au cours de tris successifs, puis intégrées dans les collections de diverses organisations nazies. » (3)

« Effarante dispersion des ouvrages d’une même collection »

Le 24 novembre 1944, la Commission de récupération artistique (CRA) voit le jour, bientôt dotée de deux services : l’un pour les œuvres d’art et objets précieux, et l’autre pour les livres et archives (Notes et Etudes documentaires n°1 109  « Spoliations et restitutions des biens culturels publics et privés », La Documentation Française du 14 avril 1949). C’est la sous–commission chargée des livres. Elle est dirigée par Camille Bloch, puis André Masson.

Jenny Delsaux, bibliothécaire à l’Université de Paris, est chargée de l’organisation. C’est à elle que l’on doit le premier ouvrage sur la question. Elle a publié ses souvenirs en 1976 ( »La sous-commission des livres à la récupération artistique, 1944-1950 » Jenny Delsaux Paris, 1976), et parle en introduction de « l’effarante dispersion des ouvrages d’une même collection ».

Au 104 rue de Richelieu, dans le dépôt utilisé par les Allemands, sont entreposés 200 à 300 000 volumes. Une vraie montagne ; Camille Bloch parle d’un « Himalaya ». L’endroit est dans un tel état qu’elle hésite devant la tâche. Et ce n’est pas le seul dépôt dans ces conditions.

Dans un bulletin de renseignements, la Section culturelle de la DGER (ancêtre de la DGSE) relève « l’état lamentable (…) par exemple le dépôt de livre du 104 rue de Richelieu, le dépôt de la porte de Versailles (300 000 volumes, ndlr), les dépôts dans différents immeubles de l’avenue Foche etc. »

Et la Section culturelle et la CRA « de se dégager d’une situation qui déclenchera, un jour ou l’autre, un scandale » (Washington : NARA Record Group 239 box 8). La commission des livres trouve un peu partout des livres abandonnés par les Allemands : 50 000 volumes au siège de l’Alliance israélite universelle, transformée en dépôt par les Allemands, et il y a aussi quelques caisses aux Jardin d’acclimatation, note Jenny Delsaux dans ses mémoires.

1,6 million de livres retrouvés en France

Martine Poulain évalue à 1,6 million le nombre de livres retrouvés en France. Le stockage et le tri s’effectuent avec un faible effectif, en pleine période de restriction. Le service établi son plan de travail le 1er juin 1945, soit un an avant « la tâche la plus considérable pour la sous-commission, le retour des livres retrouvés dans les dépôts allemands », comme l’explique Jenny Delsaux.

Administrativement, la CRA dépend de l’Office des biens et intérêts privés (OBIP), une structure du ministère des Affaires étrangères crée après la Première Guerre mondiale, chargée du recensement des spoliations auxquelles se sont livrés les Allemands.

Cet organisme reçoit les déclarations des spoliés. Ces informations sont ensuite transmises à la sous-commission, qui établit des fichiers avec le nom et l’adresse du spolié, sa profession, la description de l’ouvrage, les éléments d’identification

Elle dispose aussi d’informations comme cette liste de l’ERR en date du 23 mars 1941, avec le nom de plus d’une centaine de bibliothèques volées en France et, annotée à la main en marge, le nom du dépôt allemand « Füssen pour Benjamin Crémieu, Louis Dreyfus, Pierre Lazareff ou Alphonse Kann, Tanzenberg pour Ida Rubinstein, Thalheimer, Abraham Schrameck et Maximilien Scheer ».

Des experts, conservateurs et bibliothécaires se rendent en Allemagne pour examiner les dépôts. Le pays est divisé en zones ; rien de significatif dans la zone française. Les notes et études de la Documentation française (5) donnent la mesure de l’entreprise : le premier retour d’importance de la sous-commission provient du dépôt Fulda-Offenbach et de Francfort.

Soit 1 705 caisses de livres, trois trains qui contiennent une bonne partie des collections pillées pour la Hohe Schule, la Bibliothèque de recherche sur la question juive. De Klagenfurt-Tanzenberg, dépôt d’Europe centrale, arrivent 2 500 caisses de Vienne de 6 à 700 000 livres, 3 000 livres de Linz, et de Tchécoslovaquie, du Château de Nikolsburg au sud-est de Prague, 850 000 livres !

14 kilomètres de rayonnages

« Les caisses sont arrivées par milliers, de nouvelles caisses affluent sans cesse, le nombre de volumes identifiés, attribués et restitués dépasse 350 000, sans compter les papiers et archives privées (…), le rayonnage nécessaire au classement représente une longueur de 14 kilomètres » (4).

Trois millions environ de livres et manuscrits ont été regroupés tant bien que mal par les autorités d’occupation, après ouverture au hasard des caisses qui les contenaient, puis renvoyés à la Commission de récupération artistique (CRA). Le classement est souvent un casse tête.

« Les chefs-d’œuvre les plus exquis, les exemplaires les plus rares ont été enlevés pêle-mêle avec les romans policiers et les manuels scolaires. S’il y eut à l’origine un semblant de classement, tout se trouva confondu dans la hâte de la fuite devant l’avance victorieuse des armées alliées au cours des transfert dans les abris bétonnées et les mines de sels. » ( « Manuscrits et livre précieux retrouvés en Allemagne », Bibliothèque nationale, Paris, 1949.)

Comme ces épreuves d’un livre de Beaudelaire placées au milieu d’une caisse contenant des annuaires téléphoniques. Jenny Delsaux parle d’un « mélange inextricable du contenu des caisses. La même collection revenait en partie d’un dépôt resté en France, et en partie de ceux d’Offenbach, d’Autriche, de Tanzenberg, de Tchécoslovaquie ».

Prenons Tanzenberg : en date du 13 septembre 1945, Jean Rouvier est averti par les Anglais qui contrôlent la partie autrichienne de la découverte à Tanzenberg, en Carinthie, d’un immense dépôt de livres provenant des pillages orchestrés en France, en Belgique et aux Pays-Bas.

Difficultés d’identification

Ceux pillés en Russie finissaient à Ratibor, mais aussi à Tanzenberg, précise la note. Il y avait là-bas 350 000 livres, soit environ 770 caisses, avec la preuve de leur vol en France. Les Anglais veulent que les Français s’occupent de rapidement rapatrier les ouvrages, parmi lesquels, selon la note, se trouve la bibliothèque du Château de la Ferrière, celle de Léon Blum, de Jean Zay, de Georges Mandel ou d’Alphonse de Rothschild. Le tout assorti de fiches.

En février, un expert de la CRA effectue une mission au couvent de Tanzenberg. Il parle de 350 caisses d’origine française et de 1 500 autres à explorer, dont 650 d’origine française. Soit un millier de caisses d’origine française sur un total de 4 000. Et les difficultés d’identification sont évidentes selon ce rapport, dont voici l’extrait absolument essentiel pour appréhender le problème :

« L’identification des livres est rendue malaisée par le fait que, le plus souvent, les caisses n’ont pas été expédiées directement des pays spoliés à Tanzenberg. Elles ont fait des circuits variés et ont pu être ouvertes à plusieurs reprises avant d’aboutir à leur destination finale. Il en résulte que dans une caisse peuvent se trouver des livres d’origines différentes.En fait, il existe un grand nombre de livres dont l’origine n’a pu être déterminée, soit que la nationalité actuelle du propriétaire soit inconnue des services chargés du classement (c’est le cas par exemple de Hans Vurstenberg, ancien banquier à Berlin qui aurait été expulsé d’Allemagne et a pu changer de nationalité), soit, le plus souvent, que le livre ne porte aucune trace permettant d’identifier son propriétaire (tels que ex-libris, dessin de reliure…).A cet égard, et pour permettre de faciliter la recherche des livres appartenant à des propriétaires français, nous avons remis au directeur de la librairie la liste des personnes spoliées qui nous avait été communiquées par l’Office des biens, en lui faisant observer que cette liste n’était pas complète.Tous les livres dont la provenance est inconnue sont inscrits sur un fichier, qui permettrait de les retrouver le jour où quelque renseignement nouveau viendrait à permettre leur identification. La question à débattre reste de savoir quelle destination il conviendra de donner aux livres dont l’origine ne pourra en définitive être déterminée. »

Pour l’anecdote, le rédacteur souligne que le personnel chargé de trier les livres est l’ancien personnel allemand employé auparavant par l’ERR, et que le responsable du tri n’est autre que l’ancien directeur de la librairie de Tanzenberg, le Dr. Grothe, qui « paraît s’acquitter de la restitution des livres avec le même soin qu’il a du apporter quelques années plus tôt à leur pillage. »

Un processus de récupération assez lourd

Le 17 avril 1946, plusieurs caisses sont rapatriées de Tanzenberg, soit une partie ses bibliothèques de James, Edouard et Alice de Rothschild, de Léon Blum, Louise Weiss ou du Comité France-Amérique, pour citer quelques-uns des propriétaires. Près de 780 000 ouvrages sont revenus d’Allemagne et d’Europe de l’Est.

Dans la foulée des retours viennent les restitutions. Les spoliés ont jusqu’au 1erjanvier 1946 pour faire leur déclaration, une date limite portée au 31 décembre 1947, puis au 1er janvier 1950. La déclaration est faite à l’OBIP, qui est lui-même en relation avec les Services artistiques et la direction réparation-restitution au ministère de l’Economie, ou encore le BCR (Bureau central des restitutions) de Berlin, qui centralise des déclarations transmises par l’OBIP.

La sous-commission contacte ensuite le spolié et lui demande de renvoyer son dossier en trois exemplaires. Un processus assez lourd. In fine, la sous-commission traitera directement avec les spoliés. Compliqué aussi pour les familles dont le propriétaire de la bibliothèque a disparu d’en reconstituer le contenu et d’en faire sa description. Dans le cas de bibliothèques professionnelles (dentiste, géomètres, professeur, ingénieurs, avocats), la CRA accepte en 1947 le principe d’attributions d’ouvrages similaires récupérés et dont les propriétaires n’ont pas été identifiés.

Un décret du 30 septembre 1949 met fin à la CRA à compter du 31 décembre. A ce moment, 330 000 volumes ont été restitués ou attribués sur un total de 1,1 million d’ouvrages triés et traités. Ce qui ne représente pour Jenny Delsaux, cité par Martine Poulain, que 20% des vols commis par les Allemands.

Et de renvoyer à un chiffre qui donne le tournis : 10 millions d’ouvrages volés en France. Dans son mémoire de maîtrise, Nicolas Reymes évoque le chiffre de 20 millions, le double ( »Bibliothèques pillées – Le pillage des bibliothèques en France par les Nazis, spoliations et restitutions allemandes 1940-1953 », mémoire de maîtrise soutenu par Nicolas Reymes. Université de Paris-Panthéon-Sorbonne, 1995-1996. Nicolas Reymes reprend le chiffe avancé par le Bureau central des restitutions dans « Répertoire des biens spoliés »).

Que faire des dizaines de milliers d’ouvrages qui restent ? L’article 4 de ce même décret est on ne peut plus clair :

« La Commission de récupération artistique remettra à l’administration desDomaines toutes les œuvres d’art et tous les livres retrouvés en France dont le propriétaire n’a pu être identifié ou qui n’ont pas fait l’objet de déclaration de perte. »

En clair, ce qui reste doit être liquidé par les Domaines. Les fonctionnaires de musées et des bibliothèques plaident leur cause avec succès, et ils n’auront pas nécessairement l’occasion de pouvoir se procurer certaines de ces œuvres où livres une fois qu’ils seront sur le marché.

Création de deux commissions

La réflexion : gardons les pièces les plus intéressantes artistiquement, littérairement ou scientifiquement ; dans ce cas-là on parle de « sauvegarde du patrimoine national », tout en « donnant un délai supplémentaire aux collectionneurs spoliés » (Courrier de Julien Cain, administrateur général de la BN et président de la commission de choix des livres, en date du 9 mai 1950, au directeur de l’Obip qui, en raison de restrictions financières, vient d’annoncer vouloir fermer les bureaux de la CRA six mois plus tôt que prévu. Julien Cain s’était par ailleurs vu spolié de sa bibliothèque. Administrateur de la BN en 1939, il avait été déchu de la nationalité française et révoqué de ses fonctions le 23 avril 1940. Il a été emprisonné et déporté avant de reprendre ses fonctions à la Libération). Du gagnant-gagnant, pas une pointe de cynisme, du pragmatisme simplement, un moyen efficace d’empêcher les domaines de tout mettre à l’encan tout en préservant les intérêts des spoliés et en enrichissant les collections publiques.

Les articles 5 et 6 annoncent la création de deux commissions de choix, à elle de sélectionner respectivement un choix d’œuvres d’art ou de livres « retrouvés hors de France », qui seront mis en dépôt tantôt dans les musées, tantôt dans des bibliothèques. A charge pour les récipiendaires de les inscrire sur un inventaire provisoire et de les mettre à la disposition des spoliés jusqu’à l’expiration du délai légal de revendication.

Suit un arrêté en date du 12 octobre 1949, qui crée la Commission de choix des livres, sous la présidence de Julien Cain. La commission compte parmi ses membres des représentant de l’OBIP, de la sous-commission des livres, de la CRA, des Domaines, les Douanes, et compose également la commission les responsables des départements de la BN : imprimés, manuscrits, estampes et médailles.

La commission se réunit le 14 décembre 1949 ; la veille, le 13, responsables de départements et hommes de l’art sont venus donner « leur avis » sur les ouvrages exposés et ce à l’invitation d’André Masson, le directeur de la sous-commission des livres.

Lors de la séance du 14 décembre, selon le procès-verbal, « André Masson expose dans quelles conditions le service des spoliés a procédé au tri d’un petit nombre de manuscrits, estampes et livres précieux de grande valeur, dont il a été impossible de retrouver les propriétaires ».

Une vingtaine d’attributaires

André Masson ne s’attarde pas sur les détails, notamment sur le fait que la BNF a délégué un des ses jeunes bibliothécaires affecté au département des imprimés parmi les étagères et les rayons de la CRA : « Je fus chargé d’aller régulièrement avenue Rapp faire un choix de pièces qui pouvaient manquer à nos collections. J’ai fait dans ce but une cinquantaine de déplacements », expliquera un peu plus tard ce jeune conservateur.

Les membres de la commission partent dans la salle d’exposition afin « d’examiner les manuscrits, autographes, documents d’archives, incunables, estampes, gravures » et, après étude, il est décidé de « l’attribution en bloc de ces volumes à la direction des bibliothèques chargées de la répartition entre les établissements intéressés ». Soit pour la BN 6 caisses, incunables, manuscrits, livres, estampes… Un peu plus de 200 pièces.

De même, lorsqu’André Masson n’évoque qu’un petit nombre, ce sont plusieurs centaines d’ouvrages qui sont ainsi déposés non seulement à la BN, la plus richement dotée semble t-il, mais il y a plus d’une vingtaine autres attributaires : la bibliothèque de la Sorbonne, l’Ecole des langues orientales, la bibliothèque de l’Institut de France et les bibliothèques de plusieurs villes comme Metz, Soissons, Douai, Lyon, Quimper, Chartres, Strasbourg… A titre d’exemple, Tours reçoit 22 ouvrages.

A chacun des destinataires d’aller chercher les ouvrages, puis de faire une liste des biens en 9 exemplaires et de signer une décharge. Il s’engage à inscrire ces biens « sur un inventaire provisoire et ils seront mis jusqu’à expiration du délai légal de revendication à la disposition des collectionneurs pillés ou spoliés ; ces livres ou manuscrits devront être communiqués à ces collectionneurs sur leur demande ».

Pour la BN, ce seront 22 feuilles qui énumèrent les biens en question ; la formule de décharge est signée le 22 mars 195O. Quand au délai légal de revendication, « aucun texte n’ayant fixé l’expiration du délai de revendication, il n’y a pas lieu de retenir la période de trois ans qui avait été envisagée, et il convient d’attendre des instructions ultérieures avant d’apposer aucune marque de propriété », expliquera plus tard Julien Cain aux conservateurs des départements de la BN.

Dans l’immédiat, en fonction des établissements la nature même des « biens » est diversement interprétée. Ainsi la bibliothèque de l’Arsenal les intitule, « livres déposés par le service de Récupération pour lui être attribués à l’expiration des délais prescrits » idem pour la bibliothèque Mazarine » et pour la bibliothèque de Tours il s’agit « des ouvrages précieux attribués à la bibliothèque municipale de Tours en 1950 à la suite de la réunion de la commission de choix du14 décembre 1949. »

Rideau administratif

Il y aura quatre commissions de choix jusqu’en 1953. A la CRA, plusieurs personnes ont établit des listes : incunables, estampes, gravures, manuscrits, livres du XVIedocuments, livres d’heures (très peu), autographes, livres imprimés et dédicacés, livres tchèques, roumain, lituaniens…

Ils ont apposés des destinations : Strasbourg, Chartes, La Sorbonne, Forney, la BDIC, l’Institut d’art et d’archéologie, et toujours de nombreuses bibliothèques municipales aux quatre coins de la France.

Au total, les commissions de choix ventilent plus de 15 000 ouvrages. Le 14 octobre 1953, le Département des manuscrits de la BN s’intéresse à trois fragments datant du Ier siècle de l’ère chrétienne. Ils sont rendus après autorisation à son propriétaire spolié : l’Alliance israélite.

Et le 7 août 1954, suite au dernier dépôt de la Commission de choix, Julien Cain rappelle une nouvelle fois à leurs devoirs les responsables de département Estampes, Manuscrits, Médailles, Imprimés, Cartes et Plans. Le délai légal est évoqué mais on ignore toujours sa durée.

Un rideau administratif est tiré sur cette affaire pendant… trente ans. Le voilà le délai de revendication, l’administration s’est appuyée sur un article du code civil qui stipule que « toutes les actions tant réelles que personnelles sont prescrites par trente ans ».

Un an avant le terme de ce délai, l’administrateur général se manifeste auprès des responsables de département. Il s’agit désormais de Georges le Rider ; il demande aux conservateurs de lui fournir une liste des biens déposés afin d’introduire une demande de dévolution dans les règles, mais précise que cela ne s’applique qu’aux « biens dont les propriétaires n’ont pu être identifiés ».

« Ceux qui possèdent pour autrui ne possèdent jamais »

Il invite donc les conservateurs à rechercher les marques de propriétés ou estampilles qui, si elles « avaient échappé aux personnes chargées de l’inventaire », provoqueraient une restitution immédiate. C’est ainsi que Mme Sanson récupère le 3 octobre 1979 un ensemble d’estampes et, lors de l’opération de catalogage en 1980, un ouvrage appartenant à Maurice de Rothschild est identifié à partir de l’analyse de la reliure. Dans les listes, les bibliothécaires relèvent d’autres ouvrages avec des signes distinctifs.

Georges Le Rider remercie l’ancien responsable de la sous-commission des livres. Dans un courrier d’avril 1980, il avertit André Masson, l’Inspecteur général honoraire des bibliothèques, que la période de prescription de propriété étant écoulée, il remettait aux divers départements de la BN les livres « que vous aviez retenus à son intention », et lui adresse ses remerciements « pour l’action que vous aviez menée en faveur de ces attributions à la Bibliothèque nationale ».

S’en est donc fini du provisoire, les ouvrages font leur entrée dans les collections, ils sont intégrés – enfin presque –, et Georges Le Rider, se référant à un autre article du code civil, met en garde ses conservateurs : « La propriété n’en est pas pour autant dévolue à la Bibliothèque nationale, car ceux qui possèdent pour autrui ne possèdent jamais ».

A l’automne 1979, c’est la bascule : Albert Labarre, conservateur en chef, sort les ouvrages des placards, et ils sont alors listés comme « biens confisqués pendant les hostilités » par le Département des imprimes et le cabinet oriental, tandis que la bibliothèque de l’Arsenal se voit proposer une « liste d’ouvragesprovenant de la récupération artistique ».

Le registre d’inventaire fait référence à la provenance : « Récupération artistique ». Tout ce qui n’est une acquisition est inventorié sous le suffixe « Donpour donation », puis est indiqué 79 pour 1979, suivi d’un nombre, 24 444 ou 24 443 pour les imprimés, MSS pour les manuscrits – avec un chiffre derrière mais sans 79–, MMA pour les médailles monnaies et antiques.

Voilà leur numéro d’entrée administratif dans l’inventaire. Vient ensuite celui de leur classement en fonction de la discipline, du fonds auquel il appartient. Ils sont désormais comme les autres, intégrés aux collections et rien, absolument rien n’indique aux lecteurs la provenance de l’ouvrage.

Ouvrages retrouvés hors de France

Le pillage, la récupération en Allemagne, le tri, les commissions de choix, tout a disparu à la faveur d’un bonneteau administratif. Seules quelques personnes de la BN peuvent connaitre la provenance des ouvrages, comme nous avons pu le constater.

Dès 2008, à partir des listes de la commission de choix récupérées aux archives nationales, nous avons tenté de retrouver ces livres à la Bibliothèque nationale, le saint des saints. Finalement, par recoupement, nous avons constaté que certains, en plus de leur côte respective, portaient des notices explicatives comme provenance, par exemple Don 79 24 444 ou Don 79 24 443.

Dans l’impossibilité de nous fournir plus d’explications, les bibliothécaires nous ont orientés vers le service des archives de la BN : nous avons demandé la liste des dons 79 24444, et c’est ainsi que nous les avons retrouvé dans le registre d’entrée et que nous avons pu consulter les archives de la BN sur le sujet.

Nous avons repris l’enquête en septembre dernier. Etant donné que dans le cas des MNR, les tableaux, il avait été possible de retrouver des propriétaires, en était-il de même pour ces livres ? Et se pourrait-il que dans les filets de la récupération artistiques soient revenus des livres pillés par les Allemands dans d’autres pays. Car, rappelons-le, le travail de la commission de choix s’est porté sur les ouvrages « retrouvés hors de France ».

A la BN, notre choix s’est porté sur cinq ouvrages, qui présentaient des signes distinctifs en 1979 lors du dernier examen préalable à leur intégrationLe résultat est mitigé : nous n’avons pas trouvé les propriétaires, mais il y a des pistes. Les recherches sont d’autant plus délicates et compliquées qu’il faut retrouver l’ouvrage et l’examiner. Le même travail reste à faire pour les autres bibliothèques.

LES AUTRES BIBLIOTHÈQUES : STRASBOURG, LE MUSÉE DU LOUVRE, TOURS, LA BIBLIOTHÈQUE MAZARINE
Il n’y a pas que la BN. Nous avons sollicité un peu au hasard d’autres destinataires des Commissions de choix et les traitements diffèrent au fil des établissements. La bibliothèque municipale de Tours, en travaux, dispose d’une liste précise de 103 ouvrages déposés par la « récupération artistique » avec le renvoi à leur cote dans les collections. Aucun signe distinctif dans l’inventaire et l’intégration s’est échelonnée de 1979 à 1986. Les bibliothèques de Strasbourg ont reçu elles plus de 11 000 fascicules de périodiques, livres et brochures. On trouve leurs traces dans les registres d’entrée des années 1948 à 1952, avec l’indication « dons spoliés » ou « spoliés Paris ». Les ouvrages viennent à la fois de la CRA de Paris et de Strasbourg, car la ville disposait d’une commission de récupération qui lui était propre. Aucune marque distinctive quand à leur provenance, simplement, pour certains ouvrages, l’ancienne cote mentionne un R, peut-être pour récupération. La bibliothèque Mazarine a reçu en dépôt 61 imprimés, quelques livres anciens et des ouvrages d’histoire, ainsi que 3 documents, dont un recueil de harangues et oraisons funèbres manuscrites du XVIIe au début du XVIIIe. L’ensemble a été consigné dans les registres d’entrée à partir de 1959, et dans le cadre de l’informatisation des catalogues en cours, l’intention de la bibliothèque est de rendre cette provenance interrogeable depuis le catalogue en ligne. Cela a déjà commencé et nous l’avons constaté pour le recueil de harangues. Plusieurs bibliothèques n’ont reçu qu’un ou deux ouvrages. La Commission de récupération a déposé à la bibliothèque du Musée du Louvre un ouvrage en trois volumes, un recueil d’estampes de la Galerie de Dresde. Suite à notre demande d’information, la Bibliothèque centrale des musées nationaux a consulté ses archives et modifié la notice des volumes d’estampes en rajoutant les informations « attribution par la sous-commission des livres de la récupération artistique en 1950 », ainsi que l’ex-libris « Ludovic Lindsay, earl of Crawford  ». La bibliothèque d’Annecy est avisée en février 1951 de l’envoi par la commission de choix de l’ouvrage « Poème de l’amour » de la Comtesse Anna de Noailles, avec une dédicace autographe de l’auteur à Mme Lazare-Weiller. Contactée, la bibliothèque a retrouvé le courrier, mais nulle trace de l’ouvrage dans ses collections. Pas plus que n’est évoquée une restitution à la famille. Enfin, la bibliothèque de Sète est avisée que la 3e commission de choix lui attribue deux ouvrages de Paul Valéry, dont l’un « L’idée fixe ou deux hommes à la mer », une édition originale de 1932, « imprimée spécialement pour M. M. Meyer ». Qui était Monsieur M. Meyer ? Où était-il lorsqu’on lui a pris ce livre ? A-t-il combattu, était-il un bourgeois, était-il juif, franc-maçon, voire les deux ? A t-il été déporté et a t-il survécu ? Et pourquoi lui avait on imprimé spécialement ce livre ?

Une liste accessible au grand public

Aujourd’hui, il revient à l’Etat de réunir sur une même liste unique ces ouvrages dont il a la garde, et d’en faire la description exacte. Une liste accessible au grand public : plusieurs raisons tendent à cette obligation, au risque sinon de s’interroger sur les raisons de cette discrétion.

D’abord, ces 15 450 livres ont exactement la même histoire et le même statut. Ils sont simplement plus nombreux et n’ont pas la même valeur. Mais comme le reconnaissent aujourd’hui ces services, ils sont conservés à titre précaire par l’Etat. Encore les responsables ne parlent-il que des 250 numéros conservés à la BN.

Malgré ce qu’ils avancent, la liste, ne serait-ce que de ces 250 ouvrages, n’est pas connue. De manière générale, nous n’avons trouvé aucun inventaire provisoire, et aucune publicité n’a été faite sur leur présence dans les bibliothèques. Si l’on mesure aujourd’hui l’extraordinaire travail effectué par la sous-commission des livres, on sait aussi qu’elle manquait cruellement de moyens.

On connaît le chaos de le récupération. Raison de plus de poursuivre ce travail. Aujourd’hui, le service des archives du ministère des Affaires étrangères effectue le tri des dossiers de spoliation de feu la CRA et l’OBIP, et les listes deviennent disponibles, les universitaires connaissent le sujet.

Dispositif opaque et muet

Il serait paradoxal que les ayant-droits des spoliés ne puissent les comparer aux livres détenus par l’Etat. Cela vaut pour les pays étrangers, victimes eux aussi du pillage et qui courent après leurs collections.

Le silence qui s’est abattu sur ces livres est le même qui touchait les MNR voilàplus de 20 ans, lorsque j’ai fait mes premières enquêtes sur les spoliations de tableaux. C’est avec ahurissement que je vois l’histoire se répéter. A propos des commissions de choix sur les MNR, la Mission d’étude sur la spoliation des juifs de France explique : « L’opacité et le mutisme du dispositif concourent aujourd’hui à considérer que son accomplissement fut conduit rapidement et non sans légèreté » ( »Le Pillage de l’art en France pendant l’occupation et la situation des 2000 oeuvres confiées aux musées nationaux », Isabelle Le Masne de Chermont, Didier Schulmann, Jean Matteoli. La DocumentationFrançaise).

Situation identique pour les livres. Ensuite, on demande à des bibliothécaires, à des conservateurs de conserver convenablement, d’exposer, d’enrichir les collections, mais certainement pas de sortir, de rendre. L’Etat préférait la discrétion, comme le rappelle Jenny Delsaux dans l’introduction de son ouvrage qu’elle souhaitait publier au lendemain de la fin de son service :

« En haut lieu on avait peur que les spoliés, dont beaucoup n’avaient pas retrouvé leur bien, ou n’avaient pas pu pour certaines raisons bénéficier d’une attribution, fassent de nouvelles réclamations. »

Philippe Sprang | Journaliste, chercheur en histoire de l’art

http://www.rue89.com/2013/02/10/enquete-integrale-la-recherche-des-manuscrits-spolies-par-les-nazis-239364

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Bibliothèque nationale

A la BN on trouve tout, enfin presque

Ouvrages maçonniques. Plusieurs livres proviennent de loges maçonniques allemandes comme cet ouvrage de Ferdinand Philippi portant l’estampille « Grande loge Francs Maçons d’Allemagne – Berlin » ou ce livre de Distling avec le cachet de la loge « Eleusis pour le silence » de Bayreuth. Ces ouvrages sont au département des Manuscrits. En tout il y a 23 livres allemands concernant la Franc-maçonnerie.

La mention sur leur provenance : « Récupération : saisie de guerre » ! Le critère de recherche pour l’ensemble « Don 35685 ». Nous avons tenté de contacter les loges maçonniques allemandes sans succès.

Beaucoup de bibliothèques maçonniques ont été pillés en Europe de l’Ouest tant par l’ERR que par l’Office central de la sécurité du Reich RSHA dirigé par Himmler, fusion de la Gestapo et de nombreux services des renseignements tels que la SD et la Sipo-SD (4).

Le Musée de Kiev. Il y ces deux ouvrages sur la numismatique de Goltzius datant du 17e. le premier tome porte l’estampille d’un musée en caractères cyrilliques. Un élément relevé par des bibliothécaires en 1979. Après examen, il apparait que les caractères dévoile le cachet « Musée de Kiev ».

L’Ukraine ou de nombreux musées et bibliothèques ont été pillées par les Nazis et dont certaines collections ont fini dans les même dépôts, Tanzenberg par exemple, que des bibliothèques spoliées en France. Nous avons fait parvenir par le biais d’une tierce personne des photos du cachet et de l’ouvrage à des responsables de musée ukrainien.

Le cachet est celui d’un musée qui après 1904 est officiellement nommé musée Nicolas II de Kiev de l’art industriel et des Science ( Kievskii khudozhestvenno-promyshlennyi i nauchnyi muzei imperatora Nikolaia Aleksandrovicha).

Voilà ce que nous a rapporté notre correspondant en Ukraine. Ce qui indique un marquage avant la révolution, le cachet correspond bien mais nul trace dans les catalogues d’entrée du musée par ailleurs de nombreux catalogues d’entrée ont disparu pendant la guerre.

Pas de trace non plus du cachet d’une quelconque institution soviétique. Beaucoup d’inscriptions ont été faites au crayon et ont pu être effacées. Pillés par les nazis en Ukraine, vendu avant la guerre par les soviétiques à des collectionneurs privés… seul un examen scientifique des inscriptions inscrites sur les deux ouvrages permettrait d’établir la provenance avec certitude. Les échanges par mail et par personne interposée ne suffisent pas. Les deux ouvrages sont au département des Monnaies et médailles de BN sur le site de Richelieu.

Le registre d’entrée indique simplement l’attribution par « M. Labarre » en 1979 ? . Sur le registre ils se voient attribués les numéros don mma 79-00974 et 000973.. Aucune information relative à leur provenance. Voici leur cote actuelle RES-10001-GOL-F-(3,1644) and RES-10001-GOL-F-(2,164). Les deux ouvrages sont numérisés

Favart (Charles-Simon). Il s’agit d’un « Recueil du Théatre de M. Favart » en deux volumes, particularité, la reliure porte un monograme de Furstenberg, en l’occurrence JFJ. L’éditeur est Duchesne, la pièce est donnée en 1752 et l’ouvrage publié en 1763.

Il nous a fallu passer par la bibliothèque de l’Opéra, passer à la Réserve de la BN et consulter à de multiples reprises le catalogue de la BN pour finalement trouver l’ouvrage dont on ne peut localiser l’exemplaire et la notice qu’en effectuant une recherche à partir du numéro d’entrée d’inventaire des dépôts de la commission de choix dans le département des Imprimés à savoir Don 79 2444. Il y en a deux l’autre est Don 79 2443.

Là en l’occurrence c’est le 79 2444. Nous n’avons trouvé l’ouvrage que voilà quelques jours. Un vrai coup de chance. La question que tout bibliophile peut se poser : s’agit il d’un ouvrage appartenant à Jean Furstenberg. L’un des plus éminents bibliophiles de la première moitié du 20e siècle.

Riche et influent banquier allemand, Hans Furstenberg a commencé sa collection à la fin de l’adolescence à l’occasion d’un voyage à Paris et fait ses premières emplettes chez les bouquinistes des quais de Seine. Editions classiques allemandes, collections d’auteurs anglais, en 1929 il publie une monographie sur les livres français du 18e et ce sur la base de son importante collection.

Recherché par la gestapo, il trouve refuge à Paris en 1936 et prend la nationalité française. Il s’appelle désormais Jean Furstenberg et laisse en Allemagne une partie de ses biens en contrepartie de sa liberté. Une première spoliation. Il emmène avec lui 16 000 volumes, dont l’essentiel part pour le château de Beaumesnil en Normandie. Qui sera plus tard pillé par les Allemands une partie de sa collection est saisie et rejoindra plus tard le dépôt de Tanzenberg. A la Libération, environ 1600 ouvrages lui seront rendus sur les 7 500 enlevés (11).

Si sur l’ouvrage de Favart ne figure aucun des signes de propriété de Jean Furstenberg à savoir un ex-libris ou une vignette on trouve en revanche la mention « Berlin » écrite au crayon. Et c’est justement à Berlin au dépôt Central de la Hohe Schule que fut amenée une partie de la collection volée à Jean Furstenberg. Comme d’autres collections du reste. A l’intérieur on trouve par ailleurs la mention au crayon « Cohen 375 ». Cohen pour Henri Cohen auteur du « Guide de l’amateur de livres à gravures du XVIIIe siècle » dont Furstenberg était un amateur avisé et la page 375 renvoi à cet ouvrage de Charles Simon Favart.

Le président de la Fondation Furstenberg qui doit procéder à une comparaison graphologique nous a précisé que Jean Furtenberg « aimait acquérir tout ce qui pouvait se rapporter au nom Furstenberg ». Cotes Res P-YF-541 (1,6) et Don 79 2444 (24,25)

Victor Hugo. Le Conservateur Littéraire, 1819. Revue littéraire fondée en 1816 les frères Hugo , Abel et Victor. Deux informations importantes apparaissent, d’une part il y a un ex-libris de Louis Barthou et ensuite une étiquette. Nous avons longtemps cherché l’ouvrage. Louis Barthou, mort en 1934 lors de l’attentat à Marseille perpétré contre le roi Alexandre de Yougoslavie était un homme politique de premier plan doublé d’un bibliophile de renom.

Les ventes de sa bibliothèque en 1935 et 1936 qui s’échelonnèrent sur plusieurs jours furent des événements pour les collectionneurs. Avoir un ou plusieurs Barthou dans sa bibliothèque est du meilleur effet. Nous avons consulté aux Archives de Paris, les minutes des ventes dans l’espoir de découvrir qui était l’acquéreur. Nous avons trouvé deux exemplaires du Conservateur qui furent vendus, les lots 1818 et 1939, en revanche nous n’avons pu identifier les acquéreurs, le document n’existe sans doute plus. Autre élément d’identification, l’étiquette « bibliothèque » du château du Tremblay.

Reste à trouver l’ouvrage à la BN. De multiples recherches et rien il est introuvable. Et pour cause, une note manuscrite indique « double » en face de l’ouvrage. Renseignement pris, ce qui fut un département de la BN a ensuite fait parti du Centre national de prêt une annexe de la BN Versailles ou l’on mettait les « doubles » à disposition des établissements de recherches. Le Centre a fermé en 1996, les « doubles » auraient été rapatriés sur le site de Tolbiac et ne seraient ni accessibles ni inventoriés.

Edmond Rostand. « Un soir à Hernani » il s’agit d’un exemplaire numéroté 36 publié en 1908 « imprimé spécialement pour Sarah Bernhard sur Japon ». Nous retrouvons aisément l’ouvrage car il n’y que 4 exemplaires de cet ouvrages à la BN : la cote Res M-YE-868 et sur le livre d’entrée Don 79 2444/(61, 79). La notice est extrêmement détaillée, elle renvoi à un ex-libris de Franz Ostermann.

Avant de consulter l’ouvrage à la BN nous effectuons des recherches pour tenter de l’identifier et de trouver ses descendants. Rien du moins sur internet. Car en examinant le livre à la BN surprise, il ne s’agit pas d’un ex-libris mais du cachet de l’imprimeur Frans Ostermann. Là encore nous avons consulté les Archives de Paris en espérant retrouver l’acquéreur de l’ouvrage lors de la vente en 1923 de la bibliothèque de Sarah Bernhard.. C’est le lot 377, l’imprimeur est mentionné entre parenthèse comme « Franz » c’est ainsi qu’on le surnomme dans le métier. Dans le dossier, nous ne sommes pas parvenus à retrouver les pelures sur les acheteurs, il y a juste un prix.

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Notes

(1) Dans Le pillage par les allemands des œuvres d’art et des bibliothèques appartenant à des Juifs en France publié par le CDJC en 1947

(2 Dans son ouvrage Martine Poulain donne ce chiffre pour les attributions des commissions de choix Livres pillés, lectures surveillées paru en 2008 chez Gallimard. C’est l’ouvrage de référence en France et dont l’auteur dirige l’Institut national d’histoire de l’art

<Extraits de rapports de André Masson et Jenny Delsaux respectivement Président et bibliothécaire, adjointe au directeur, chargée de l’organisation de la Sous-commission des livres de la Commission de récupération artistique..

(3) Sur le sujet des migrations des livres on se reportera au chapitre de Patricia Grimsted dans Saisies , spoliations et restitutions. Archives et bibliothèques Presses universitaires de Rennes paru en septembre 2012 qui retranscrit . Ce professeur américain domine le sujet des spoliations des bibliothèques et des archives et leur restitution et notamment dans l’Est de l’Europe. Professeur à Harvard, elle est l’auteur de plusieurs livres et on lui doit de nombreuses contributions depuis plus d’une vingtaine d’années

(4) Notes et Etudes documentaires n° 1 109 Spoliations et restitutions des biens culturels publics et privés. La Documentation Française 14 avril 1949.

(5) La sous-commission des livres à la récupération artistique 1944-1950 Jenny Delsaux Paris 1976

(6) Washington : NARA Record Group 239 box 8

(7) Manuscrits et livre précieux retrouvés en Allemagne Bibliothèque Nationale. Paris 1949.

(8) Bibliothèques pillées – Le pillage des bibliothèques en France par les nazis, spoliations et restitutions allemandes 1940-1953 » Mémoire de maîtrise soutenu par Nicolas Reymes. Université de Paris-Panthéon –Sorbonne. 1995-1996. Nicolas Reymes reprend la le chiffe avancé par le Bureau central des restitutions dans le Répertoire des biens spoliés

http://www.culture.gouv.fr/documentation/mnr/RBS/T_2-3-4-7_S3.pdf

(9) Courrier de Julien Cain : administrateur général de la BN et président de la commission de choix des livres.

BN E369. En date du 9 mai 1950 dans un courrier au directeur de l’Obip qui en raison de restrictions financières vient d’annoncer vouloir fermer les bureaux de la CRA six mois plus tôt que prévu. Julien Cain s’était par ailleurs vu spolié de sa bibliothèque. Administrateur de la BN en 1939, il avait été déchu de la nationalité française et révoqué de ses fonctions le 23 avril 1940. Il a été emprisonné et déporté avant de reprendre ses fonctions à la Libération.

(10) BN E369 Courrier en date du 15 juin 1951.

(11) http://www.cfaj.fr/publicat/Nouvelle_liste_spolies_janv_2011.pdf. La Commission Française des Archives Juives a mis en ligne la liste des personnes spoliées de leurs bibliothèques. Cette liste est tenue à jour. Elle est désormais également disponible sur le site du ministère de la Culture. http://www.culture.gouv.fr/documentation/mnr/MnR-doc-hist.htm

(12) Le Pillage de l’art en France pendant l’occupation et la situation des 2000 oeuvres confiées aux musées nationaux Isabelle Le Masne de Chermont,Didier Schulmann, Jean Matteoli. La Documention Française

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Read a Lawyer’s Amazingly Detailed Analysis of Bilbo’s Contract in The Hobbit

BY JAMES DAILY

Editor’s Note: James Daily, a lawyer and co-author of The Law and Superheroes, typically focuses his legal critiques on the superhero world at the Law and the Multiverse website he runs with fellow lawyer and co-author Ryan Davidson. Today, Daily takes a look a very important cultural document for Wired: The contract between Bilbo Baggins and the dwarves in The Hobbit.

Ordinarily I don’t discuss legal issues relating to fictional settings that are dramatically different from the real world in terms of their legal system. Thus, Star WarsStar Trek, Tolkien’s Middle Earth, etc. are usually off-limits because we can’t meaningfully apply real-world law to them. But the contract featured in The Hobbit: An Unexpected Journey was just too good a topic to pass up, especially since you can buy a high-quality replica of it that is over 5 feet long unfolded.

First, it seems fairly clear (to me, anyway) that Tolkien wrote the Shire (where hobbits live) as a close analog to pastoral England, with its similar legal and political structures. For example, the Shire has amayor and sheriffs, and there is a system of inheritance similar to the common law. The common law fundamentals of contract law have not changed significantly since the time that the Shire is meant to evoke, so it makes sense that the contract would be broadly similar to a modern contract (and likewise that we could apply modern contract law to it).

So, without further ado, let’s get to it.

The Contract in General

As mentioned, the contract is quite long. This is in contrast with the contract as described in the book, which is very terse. Its terms amounted to this:

For your hospitality our sincerest thanks, and for your offer of professional assistance our grateful acceptance. Terms: cash on delivery, up to and not exceeding one fourteenth of total profits (if any); all travelling expenses guaranteed in any event; funeral expenses to be defrayed by us or our representatives, if occasion arises and the matter is not otherwise arranged for.

Even in the book’s version we see an issue: the dwarves accept Bilbo’s “offer” but then proceed to give terms. This is not actually an acceptance but rather a counter-offer, since they’re adding terms. In the end it doesn’t matter because Bilbo effectively accepts the counter-offer by showing up and rendering his services as a burglar, but the basic point is that the words of a contract do not always have the legal effect that they claim to have. Sometimes you have to look past the form to the substance.

But back to the movie version: It has at least 40 major sections and numerous footnotes and digressions in smaller type. We will begin at the beginning and go on till we reach the end, except where the form of the contract requires some jumping around.

Bilbo’s Obligations to the Dwarves

Two clauses describe Bilbo’s primary obligations:

I, the undersigned, [referred to hereinafter as Burglar,] agree to travel to the Lonely Mountain, path to be determined by Thorin Oakenshield, who has a right to alter the course of the journey at his so choosing, without prior notification and/or liability for accident or injury incurred.

The aforementioned journey and subsequent extraction from the Lonely Mountain of any and all goods, valuables and chattels [which activities are described collectively herein as the Adventure] shall proceed in a timely manner and with all due care and consideration as seen fit by said Thorin Oakenshield and companions, numbering thirteen more or less, to wit, the Company.

All contracts require some consideration from all parties to the contract.  Consideration, in the contract sense, means a bargained-for performance or promise. Restatement (Second) of Contracts § 71(1). Basically, this is something of value given or promised as part of the agreement. This can be anything that the parties agree is valuable; the classic example is a single peppercorn.  Whitney v. Stearns, 16 Me. 394, 397 (1839).

Here, Bilbo is promising to go with the Company to the Lonely Mountain and performing various services there, including extracting the treasure, plus a few more services we’ll get to later. In turn, as we shall see, the Company promises to pay Bilbo one fourteenth of the profits, plus a few other obligations. Thus we have “a promise for a promise,” otherwise known as a bilateral contract.

There are some other details to notice in these clauses. One is the use of defined terms (e.g. “referred to hereinafter as Burglar”). The parties to a contract may define terms however they wish, even in ways that contradict the definition used in statutes or regulations.

This is important in this case because of the use of the defined term “Burglar.”  Contracts to do something illegal are ordinarily unenforceable (e.g. collecting on an illegal gambling debt). But here what matters is not that the parties used the word ‘burglar’ but rather what sort of meaning they assigned to that defined term. As we shall see, the contract doesn’t require Bilbo to do anything illegal (or at least not obviously illegal), and so the contract will probably not fail for use of a questionable term.

Thorin’s Right to Alter the Journey

These two clauses also pose something of a contradiction.  On the one hand we see the first of many liability waivers:

[Thorin has] a right to alter the course of the journey at his so choosing, without prior notification and/or liability for accident or injury incurred.” But on the other hand we see this explicit obligation of care: “[the Adventure] shall proceed in a timely manner and with all due care and consideration.

Ordinarily “due care and consideration” signifies taking on liability for negligence, so this conflicts with the earlier liability waiver. Perhaps the two can be reconciled by the phrase “as seen fit by said Thorin Oakenshield and companions.” Thorin and Co. could always claim that the amount of care and consideration they saw fit was extremely minimal, though that runs the risk of making the clause meaningless, which courts usually don’t like to do.  ”As a general proposition, whenever possible, the law favors reconciliation of clauses within a contract which appear contradictory.” City of Columbia v. Paul N. Howard Co., 707 F.2d 338, 340 (8th Cir. 1983). Taken together with the numerous other waivers and disclaimers, I think a court would probably conclude that Thorin & Co. were not taking on any particular duty of care. ”A writing is interpreted as a whole.”  Restatement (Second) of Contracts § 202(2).

Waivers or disclaimers of liability are an important part of many contracts. These can include waivers of a product warranty (seen all the time in software license agreements) and waivers for liability due to negligence (often required before doing something dangerous like skydiving). But there are limits to liability waivers. While a party to a contract can ordinarily waive liability for negligence (although not in every jurisdiction), one cannot waive liability for gross negligence, recklessness, or intentional misconduct.  So the numerous (and sweeping!) waivers and disclaimers may not be as effective as they appear at first glance.

So far the Dwarves haven’t committed any unsalvageable drafting errors or done anything that might jeopardize the validity of the contract. We’ll see if that keeps up!

Waivers for Notoriety and ‘Unlooked-for’ Misfortune

The next section is yet another waiver:

Burglar holds harmless and without blame in perpetuity the Company and its successors for any notoriety, incarceration, or proceedings brought against, in regard to or as a result of the adventure or any activities related thereto.

Also includes slander, libel, loss of face or of social standing in country of Burglar’s origin.

Remedies shall similarly not be sought for any unlooked-for misfortune befalling Burglar’s home during his absence.

The smaller text is written in the margin or otherwise in smaller writing. There’s a lot of that kind of writing in the margins that we’ll be referring to as we go through the contract. For the most part the size of the print doesn’t matter, but there are some contract terms, such as warranty disclaimers, that must be printed conspicuously, which usually means large print or all caps. UCC §§ 2-316(2),  1-201(b)(10).  At common law we suspect the rules were even looser.

This set of waivers is not particularly objectionable. As discussed in the prior post, the actual scope of the waiver may not be as broad as the language suggests. For example, if the Dwarves intentionally burned down Bag End, this waiver would not prevent Bilbo from suing them for the damage.

It may bear mentioning that the slander waiver only protects the Company. Bilbo could still sue the actual slanderer, of course. Traditionally this has been easier to do in England than the United States. At common law, for example, truth was no defense to criminal libel (also known as seditious libel). Garrison v. Louisiana, 379 U.S. 64, 67-68 (1964).

Payment (and Funeral Expenses) for the Burglar

Now we come to some terms of the contract actually described in the book:

Cash on delivery, up to and not exceeding one fourteenth of the total profit [if any]. Not including any of the gross paid to other parties in lieu of royalties or help and provisions given or loaned.

All traveling expenses guaranteed in any event. But refer to attached and appended conditions, clauses and riders regarding any Return Journey. ‘Traveling expenses’ shall be understood to mean basic fare as seen fit by the Company. ‘Luxury’ catering or accomodation over and above this standard shall be enjoyed only at Burglar’s considerable [but justifiable] expense.

Funeral expenses to be defrayed by us or our representatives if occasion arises and the matter is not otherwise arranged for. Basic funeral to ‘commoner’ or peasant standard is allowed for only. Lavish ceremonies and jewelled (sic) or gilded coffins not provided. Plain pine box is the normal standard. Transport of any remains, in whole or in part, back to the country of Burglar’s origin is not included.

Most of these clauses are fairly straightforward. In terms of the plot, the more important clause is the one regarding profits. Already we see part of the definition: it excludes royalties paid to others and anything given or loaned to Bilbo counts against it. In the margins we see some more relevant terms:

Burglar acknowledges and agrees that each item of the Company’s valuables, goods, money or merchandise which he recovers from the Lonely Mountain [the ‘Recovered Goods’] during the term of his engagement with the Company, shall remain the Property of the Company at all times, and in all respects, without limitation.

Furthermore, the company shall retain any and all Recovered Goods until such a time as a full and final reckoning can be made, from which the Total Profits can then be established.  Then, and only then, will the Burglar’s fourteenth share be calculated and decided.

So Bilbo can’t just pick up some treasure that he likes and decide that it’s part of (or the entirety of) his share.  Instead, as provided by yet another clause, he will be paid in gold or its equivalent, in correct weight or of good quality, respectively. And he can’t lay claim to any particular article of treasure. Indeed, the Dwarves could conceivably purchase gold from somewhere else and pay him with that.  He’s not entitled to any part of the treasure itself as such.

There are several ways in which these contract terms affect the plot. The book has been out for about eighty years, but nonetheless, spoiler alert:

As anyone who has read the book knows, the definition of Bilbo’s “fourteenth share of total profits” goes directly to a major issue in the plot, namely Bilbo’s taking of the Arkenstone. In the book Bilbo feels comfortable taking it, since he figures it’s worth his fourteenth share, and the contract didn’t say which fourteenth he could take. This contract eliminates that possibility. We doubt that the plot will actually be modified to take this into account, but it may be an example of the writer of the contract being a bit too clever.

Non-Disclosure Agreements: Maintaining “Utmost Secrecy”

Next we have a non-disclosure or confidentiality clause:

Confidentiality is of utmost importance and must be strictly maintained at all times.  During the course of his employment with the Company, Burglar will hear, see, learn, apprehend, comprehend, and, in short, gain knowledge of particular facts, ideas, plans, strategies, theories, geography, cartography, iconography, means, tactics and/or policies, whether actual, tangible, conceptual, historical or fanciful.  Burglar undertakes and agrees to maintain this knowledge in utmost secrecy and confidentiality, and to neither divulge nor make known said knowledge by any means, including but not limited to speech, writing, demonstration, re-enactment, mime, or storage and retrieval within means or apparatus currently known or unknown or as yet unthought of.

(It is a plain drafting error to refer to “the course of [the Burglar’s] employment with the company”, since a later clause specifies in no uncertain terms that “Burglar is in all respects an independent contractor, and not an employee … of the Company.”)

This confidentiality agreement is a little overbroad, since by its strict terms it requires Bilbo to keep confident anything he learns on the journey, not just things he learns in confidence.  The fact that information is already publicly known is usually a defense to a breach of confidentiality, since the information wasn’t actually secret.  Overbreadth probably isn’t fatal to the clause, however.

What’s really unusual about this part of the contract is that it doesn’t appear to include a clause acknowledging that monetary damages alone would be inadequate compensation in the event of a breach of confidentiality.  The purpose of such a clause is to make it easier to obtain an injunction ordering the breaching party to stop disclosing the confidential information.  Ordinarily breach of contract results in a payment of monetary damages, and getting an injunction usually requires showing, among other things, that those damages are insufficient to remedy the harm done.

What’s doubly weird about this is that the contract does have this clause later on:

Burglar acknowledges that monetary damages alone will be adequate compensation for a breach of this contract by the Company.

It’s curious that the contract only contemplates injunctions defensively (i.e. protecting the Company from them) and not offensively (i.e. making it easier to enjoin Bilbo).

Mandatory Binding Arbitration in the Dwarvish Tongue

There are also a group of clauses dealing with disputes arising under the contract. This is an important part of many contracts. If you’re going to the trouble of creating a formal legal agreement, then you might as well contemplate what might happen if the deal goes bad. Somewhat anachronistically, the contract contains an arbitration clause:

Disputes arising between the Contract Parties shall be heard and judged by an arbitrator of the Company’s choosing

I say “somewhat anachronistically” because although arbitration has a long history in the common law — going back at least as far as 1609 — it was for centuries frowned upon by the courts. One early case, Vynior’s Case, held that mandatory arbitration clauses (i.e. requiring a party to a contract to submit to arbitration) were revocable.  In other words, parties could submit to arbitration but only by ongoing, mutual agreement. It was not until the 1800s that mandatory arbitration really became acceptable in either England or the US.  See, e.g., Burchell v. Marsh, 58 U.S. 344 (1854).

The other issue is that the clause allows the Company to choose the arbitrator.  This is highly unusual and may actually invalidate the arbitration clause.  In order  to comport with due process, a mandatory arbitration agreement must, among other things, provide a neutral, impartial decision maker.  Typically this is done by allowing the parties to jointly select an arbitrator or to have an impartial third party (such as an arbitration agency) select one.

The next part of the arbitration paragraph is a rarity for an American lawyer:

… and all pleas shall be pleaded, shrewed [sic], defended, answered, debated and judged in the Dwarvish Tongue

Obviously this is a significant disadvantage for Bilbo, as he evidently cannot read (and presumably cannot speak) Dwarvish. Choice of language clauses like this one are much more common in international contracts than in contracts between parties in the United States. They are also much more common in contracts that contain arbitration agreements rather than forum selection clauses (e.g. “any disputes arising under this contract will be heard in the courts of Capital City, State X”) because in most countries the courts only deal in one official language, making a choice of language clause redundant. But when the case will go to arbitration, the chosen arbitrator could potentially speak multiple languages.

However, the most common reason for a choice of language clause is when the contract itself is translated into multiple languages for the benefit of the parties. In that case it is common for the contract to specify that one version is the “authoritative” version.

Jurisdiction: The Shire vs. the Dwarven Kingdom?

The one thing that leaps out at me about this contract is that it doesn’t contain a choice of law clause.  Such a clause allows the parties to specify what jurisdiction’s law will govern the contract. This is particularly useful when multiple jurisdictions may potentially apply. The area of the law that deals with figuring out which court has jurisdiction and which law applies is known as conflict of laws.

Conflict of laws is a complex subject. Typically it is a stand-alone course in law school. So we won’t go into too much detail here, but suffice to say that arguably both the law of the Shire and the law of the Dwarven Kingdom could conceivably apply to this contract. Some of the factors that a court might consider include:

  • The parties are a Hobbit of the Shire and a group of Dwarves.
  • The contract was signed in the Shire.
  • The contract concerns services to be performed in the Dwarven Kingdom.
  • The most likely source of the breach of the contract occurs in the Dwarven Kingdom.

Since the applicable law is debatable, this is precisely the kind of case in which a choice of law clause makes sense, so its absence is notable.

Ownership of the Ring: Specialized Equipment?

Given the clauses describing ownership of the recovered goods, one might wonder whether the Company has a claim to the One Ring.  After all, Bilbo has expressly agreed that he has only a right to 1/14th of the profits, to be paid in a form determined by the Company, and no right to the treasure itself.  So could it be that the One Ring merely forms part of the treasure?  The contract seems to indicate otherwise.

First, the contract describes the extraction of goods from the Lonely Mountain as being the subject of the Adventure, whereas the One Ring was found underneath the Misty Mountains.  Second, the contract includes this clause:

Specialist equipment required in the execution of duties in his professional role as Burglar shall be purchased, procured, purlioned [sic] or obtained by Burglar, by whatsoever method Burglar sees fit.

The One Ring is definitely “specialist equipment” and it turns out to be required in the execution of Bilbo’s duties in his professional role as Burglar. Certainly he could not have defeated the spiders, evaded the Wood Elves, or snuck past Smaug without it (possibly only the last counts as proper burgling, but the point stands).  So the Dwarves would not appear to have any claim to the One Ring.

I probably would have left out the “purloined” part, though.  That comes dangerously close to making the contract unenforceable on the grounds that the subject matter of the contract is illegal.

Closing Thoughts

One the whole, the contract is pretty well written.  There are some anachronisms, unnecessary clauses, typos, and a small number of clear drafting errors, but given the contract’s length and its role in the film (which is to say not a huge one, especially in the particulars) it’s an impressive piece of work. I congratulate prop-maker and artist Daniel Reeve on a strong piece of work.  A lesser studio or artist might have been tempted to go with several pages of lorum ipsum written in Cirth.  If you’d like an even more accurate replica of the contract, Weta’s online store has a version with hand-made touches by Mr. Reeve.

http://www.wired.com/underwire/2013/01/hobbit-contract-legal-analysis/

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20 janvier 1841. Le jour où les Anglais s’emparent d’un îlot désert pour en faire Hong Kong.

Chassés de Canton par l’empereur de Chine, les Anglais abordent un îlot de pêcheurs, sous le commandement de Charles Elliot.

20 janvier 1841. Le jour où les Anglais s'emparent d'un îlot désert pour en faire Hong Kong.© Wikimedia / CCPar FRÉDÉRIC LEWINO ET GWENDOLINE DOS SANTOS

À l’époque, c’est vrai, Hong Kong n’est pas encore le troisième centre financier du monde, habité par 7 millions de Chinois. Ce n’est qu’une île rocheuse occupée par 2 000 pêcheurs et producteurs de charbon de bois. Aucun intérêt à première vue. D’où l’incompréhension et même la colère du gouvernement anglais lorsqu’il apprend que le capitaine Charles Elliot, envoyé pour protéger les intérêts anglais à Canton, a négocié l’acquisition de cet îlot pourri pour accueillir la nouvelle colonie britannique.

Mais Elliot a-t-il réellement le choix ? La situation est très tendue entre l’Angleterre et la Chine depuis quelques années. Les Anglais sont les Colombiens de l’époque. Les plus grands trafiquants de narcotiques de l’époque. Pour financer leurs achats de thé en Chine, la Compagnie britannique des Indes orientales y écoule des milliers de tonnes d’opium (2 600 tonnes en 1838). Il y aurait au moins deux millions de Chinois accros. L’empereur et son gouvernement veulent mettre fin à ce scandale. D’où la première guerre de l’opium en 1839. Le représentant de l’empereur dans le sud-est de la Chine interdit le commerce de l’opium et ferme pour toujours l’accès à Canton aux dealers britanniques.

« Un rocher stérile sans la moindre bicoque »

Londres répond en envoyant un corps expéditionnaire placé sous le commandement du capitaine Charles Elliot. Celui-ci ne peut rien faire d’autre que d’embarquer les Britanniques jetés hors de Canton pour les mener dans un lieu où ils attendront le dénouement de la crise. Il choisit de mettre le cap sur Macao, tenu par les Portugais. Mais le gouverneur du territoire ne tient pas à indisposer l’empereur chinois, aussi invite-t-il Elliot à passer son chemin. Celui-ci ne va pas bien loin, il se rend de l’autre côté de l’embouchure de la rivière des Perles, pour jeter l’ancre dans la rade de Hong Kong. Il s’agit d’une modeste bourgade de pêcheurs implantée sur une île qui ne porte pas de nom. L’immense atout du lieu, ce sont des eaux profondes qui permettent aux gros bateaux de jeter l’ancre. Le 20 janvier 1841, après plusieurs affrontements armés avec les Chinois, le capitaine anglais parvient à contraindre le gouverneur de la province de céder l’île de Hong Kong à la couronne britannique. C’est la convention de Chuenpi.

Elliot exulte, il a obtenu une terre d’accueil pour les marchands anglais. Mais à Londres on rit jaune. Lord Palmerston, ministre des Affaires étrangères du gouvernement britannique, est furieux, car il espérait un traité commercial avantageux pour les intérêts britanniques. Et qu’obtient-il ? « Un rocher stérile sans la moindre bicoque. » Le ministre refuse de ratifier le traité et vire Elliot de son commandement pour le remplacer par Henry Pottinger. À force de harceler les autorités chinoises, celui-ci contraint le gouverneur à signer le traité de Nankin (1842), bien plus favorable aux intérêts de la Couronne, qui néanmoins confirme la cession de l’île de Hong Kong. Le 26 juin 1843, celle-ci est élevée au rang de colonie de Sa Majesté. Lors de la deuxième guerre de l’opium, en 1860, la Chine cède la péninsule de Kowloon, située en face de l’île de Hong Kong. Et c’est parti pour une irrésistible ascension, tandis que l’incompris Charles Elliot poursuit sa carrière au Texas, aux Bermudes, puis à Sainte-Hélène… Triste fin pour l’inventeur de l’île la plus riche au monde.

http://www.lepoint.fr/c-est-arrive-aujourd-hui/20-janvier-1841-le-jour-ou-les-anglais-s-emparent-d-un-ilot-desert-pour-en-faire-hong-kong-20-01-2012-1421251_494.php

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Pourquoi E.T n’était vraiment pas fait pour voyager dans l’espace ?

e.t-1

 

Une étude de cas, publiée dans le très sérieux British Medical Journal (lien plus bas), a examiné la célèbre  forme de vie extraterrestre qui s’est échouée temporairement, en 1982, dans une banlieue au sud de la Californie. Après une analyse approfondie de l’anatomie macroscopique et par l’hospitalisation forcée d’E.T, le soi-disant “botaniste étranger”  a été estimé comme étant essentiellement une catastrophe médicale, présentant plusieurs maladies et pathologies médicales graves.

Il est clair que selon les critères terrestres, aucune organisation spatiale n’aurait laissé E.T aller dans l’espace.

Une liste de ses anomalies anatomiques :

  • – Probable maladie de Legg-Calvé-Perthes (formation incorrecte du fémur)
  • Lymphoedème des membres inférieurs (gonflement des jambes)
  • Adiposité centripète, syndrome métabolique possible (de la bedaine, grassouillet)
  •  Dextrocardie congénitale (non seulement son cœur s’illumine, mais il est aussi très mal fichu)
  • Déficience fonctionnelle en acétaldéhyde déshydrogénase (intoxication extrême et désorientation après l’ingestion d’une simple canette de bière)
  • Absence totale d’organes génitaux
  • Hippocratisme digital, doigts en massues/plissés (comme le gonflement bizarre au bout de son doigt remarquablement lumineux)

Après être entré en état de choc, suivi d’une crise de delirium, peut-être à cause de la malnutrition due à un régime alimentaire composé exclusivement de bière et de sucrerie à base de beurre d’arachide (Reese’s Pieces), il a fait un arrêt cardiaque et n’a pas réagi à la réanimation. Son corps a été assez rapidement placé en chambre de congélation pour empêcher les lésions au cerveau par le manque d’oxygène.

Cette préservation de la fonction cérébrale fut la clé :

E.T a effectué une exceptionnelle reprise fonctionnelle, conservant son équilibre dans le panier du vélo d’Elliott et réalisant des exploits de télékinésie en route vers le site de son éventuel départ.

Donc, si vous êtes un extraterrestre, pensez à ramener votre dossier médical, cela pourrait nous éviter de perdre du temps et de nous ruiner en recherches inutiles…

L’étude publiée sur The British Medical Journal : Case report of E.T.—The Extra-Terrestrial.

http://www.gurumed.org/2013/01/20/pourquoi-e-t-ntait-vraiment-pas-fait-pour-voyager-dans-lespace/?utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter

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PROJET CONCERNANT DE NOUVEAUX SIGNES POUR LA MUSIQUE

Par JEAN JACQUES ROUSSEAU

Ce projet tend à rendre la Musique plus commode à noter, plus aisées à apprendre & beaucoup moins diffuse.

Il paroît étonnant que les signes de la Musique étant restés aussi long-tems dans l’état d’imperfection où nous les voyons encore aujourd’hui, la difficulté de l’apprendre n’ait pas averti le public que c’etoit la faute des caracteres & non pas celle de l’art. Il est vrai qu’on a donne souvent des projets en ce genre, mais de tous ces projets qui, sans avoir les avantages de la Musique ordinaire en avoient presque tous les inconvéniens, aucun que je fâche, n’a jusqu’ici touche le but, soit qu’une pratique trop superficielle ait fait échouer ceux qui l’ont voulu considérer théoriquement, soit que le génie étroit & borne des Musiciens ordinaires les ait empêché d’embrasser un plan général & raisonne, & de sentir les vrais inconvéniens de leur art de la perfection actuelle duquel d’ailleurs pour l’ordinaire très entêtés.

Cette quantité de lignes, de clefs, de transpositions, de dièses, de bémols, de bécarres, de mesures simples & composées, de rondes, de blanches, de noires, de croches, de doubles, de triples-croches, de pauses, de demi-pauses, de soupirs, de demi-soupirs, de quarts-de-soupirs, &c. donne une foule de signes & de combinaisons, d’ou résultent deux inconvéniens principaux, l’un d’occuper un trop grand & l’autre de surcharger la mémoire des écoliers, de façon que l’oreille étant formée, & les organes ayant acquis toute la facilite nécessaire long-tems avant qu’on soit en etat de chanter a livre ouvert, il s’ensuit que la: difficulté est toute dans l’observation des regles & non dans l’exécution du chant.

Le moyen, qui remédiera à l’un de ces inconvéniens, remédiera aussi a l’autre; & des qu’on aura inventé de signes équivalens, mais plus simples & en moindre quantité, ils auront par-la même plus de précision & pourront exprimer autant de choses en moins d’espace.

Il est avantageux outre cela que ces signes soient déjà connus, afin que l’attention soit moins partagée, & faciles a figurer afin de rendre la Musique plus.commode.

Il faut pour cet effet considérer deux objets principaux chacun en particulier. Le premier doit être l’expression de tous les sons possibles; & l’autre, celle de toutes les différentes durées, tant des sons que de leurs silences relatifs, ce qui comprend aussi la différence des mouvemens.

Comme le Musique n’est qu’un enchaînement de sons qui se sont entendre ou tous ensemble, ou successivement; il suffit que tous ces sons aient des expressions relatives qui leur assignent a chacun la place qu’il doit occuper par rapport a un certain son fondamental, pourvu que ce son soit nettement exprime, & que la relation soit facile a connoître. Avantages que n’a déjà point la Musique ordinaire, ou le son fondamental n’a nulle évidence particuliere, & ou tous les rapports des notes ont besoin d’être long-tems étudies.

Prenant ut pour ce son fondamental, auquel tous les autres doivent se rapporter, & l’exprimant par le chiffre 1, nous aurons a sa suite l’expression des sept sons naturels, ut re mi fa sol la si par les 7 chiffres, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, de façon que tant que le chant roulera dans l’étendue des sept sons, il suffira de les noter chacun par son chiffre correspondant, pour les les exprimer tous sans équivoque.

Mais quand il est question de sortir de cette étendue pour passer dans d’autres Octaves, alors cela forme une nouvelle difficulté.

Pour la résoudre, je me sers du plus simple de tous les signes, c’est-à-dire, du point. Si je sors de l’Octave par laquelle j’ai commence, pour faire une note dans l’étendue de l’Octave qui est au-dessus & qui commence a l’ut d’en haut, alors je mets un point au-dessus de cette note par laquelle je sors de mon Octave, & ce point une fois place, c’est un indice que, non-seulement la note sur laquelle il est, mais encore toutes celles qui la suivront sans aucun signe qui le détruise, devront être prises dans l’étendue de cette Octaves supérieure ou je suis entre.

Au contraire si je veux passer a l’Octave qui est au-dessous de celle ou je me trouve, alors je mets le point sous la note par laquelle j’y entre. En un mot, quand le point est sur la note; vous passez dans l’Octave supérieure; s’il est au-dessous vous passez dans l’inférieure, & quand vous changeriez d’Octave a chaque note, ou que vous voudriez monter ou descendre de deux ou trois Octaves tout d’un coup ou successivement, la regle est toujours générale, & vous n’avez qu’a mettre autant de points au-dessous que ou vous avez d’Octaves a descendre ou a monter.

Ce n’est pas a dire qu’a chaque point vous montiez ou descendiez d’une Octave, mais a chaque point vous passez dans une Octave différente de celle ou vous êtes par rapport au son fondamental ut d’en-bas, lequel ainsi se trouve bien dans la même Octave en descendant diatoniquement, mais non pas en montant. Sur quoi il faut remarquer que je ne me sers du mot d’Octave qu’abusivement & pour ne pas multiplier inutilement les termes, parce que proprement cette étendue n’est composée que de notes, l’1 d’en haut qui commence une autre Octave n’y étant pas compris.

Mais cet ut qui par la transposition doit toujours être le nom de la tonique dans les tons majeurs & celui de la médiante dans les tons mineurs, peut, par conséquent, être pris sur chacune des douze cordes du système chromatique; & pour la designer, il suffira de mettre a la marge le chiffre qui exprimeroit cette corde sur le clavier dans l’ordre naturel; c’est-à-dire, que le chiffre de la marge qu’on peut appeller la clef, désigne la touche dit clavier qui doit s’appeller ut & par conséquence être tonique dans les tons majeurs & médiante dans les mineurs. Mais a le bien prendre, la connoissance de cette clef n’ont que pour les instrumens, 7 ceux qui chantent n’ont pas besoin d’y faire attention.

Par cette méthode, les mêmes noms sont toujours conserves aux mêmes notes: c’est-à-dire, que l’art de solfier toute Musique possible consiste précisément a connoître sept caracteres uniques & invariables qui ne changent jamais ni de nom ni de position, ce qui me paroît plus facile que cette multitude de transpositions & de clefs qui, quoi qu’ingénieusement inventées, n’en sont pas moins le supplice des commençans.

Une autre difficulté qui naît de l’étendue du clavier & des différentes Octaves ou le ton peut être pris, se résout avec la même aisance.On conçoit le clavier divise par Octaves depuis la premiere tonique; la plus basse Octave s’appelle A, la seconde B, la troisieme C, &c. de façon qu’écrivant au commencement d’un air la lettre correspondante a l’Octave dans laquelle se trouve la premiere note de cet air, sa position précise est connue, & les points vous conduisent ensuite par-tout sans équivoque. De-la, découle encore généralement & sans exception le moyen d’exprimer les rapports & tous les intervalles tant en montant qu’en descendant des reprises & des rondeaux, comme on le verra détaille dans mon grand projet.

La corde du ton, le mode (car je le distingue aussi) & l’Octave étant ainsi bien désignés, il faudra se servir de la transposition pour les instrumens comme pour la voix, ce qui n’aura nulle difficulté pour les Musiciens instruits, comme ils doivent l’être, des tons & des intervalles naturels a chaque mode, & de la maniere de les trouver sur leurs instrumens: il en résultera, au contraire, cet avantage important, qu’il ne sera pas plus difficile de transporter toutes sortes d’airs, un demi-ton ou un ton plus haut ou plus bas, suivant le besoin, que de les jouer sur leur ton naturel, ou, s’il s’y trouve quelque peine, elle dépendra uniquement de l’instrument & jamais de la note qui, par le changement d’un seul signe, représentera le même air sur quelque ton l’on veuille proposer; de sorte, enfin, qu’un Orchestre entier sur un simple avertissement du maître, exécuteroit sur le champ en mi ou en sol une piece notée en sa, en la, en si bémol ou en tout autre ton imaginable; chose impossible a pratiquer dans la Musique ordinaire & dont l’utilité se fait assez sentir a ceux qui fréquentent les Concerts. En général, ce qu’on appelle chanter & exécuter au naturel, est peut-être ce qu’il y a de plus mal imagine dans la Musique: Car si les noms des notes ont quelque utilité réelle, ce ne peut être que pour exprimer certains rapports, certaines affections déterminées dans les progressions des sons. Or, des que le ton change, les rapports des sons & la progression changeant aussi, la raison dit qu’il faut de même changer les noms des notes en les rapportant par analogie au nouveau ton; sans quoi l’on renverse le sens des noms & l’on ôte aux mots le seul avantage qu’ils puissent avoir, qui est d’exciter d’autres idées avec celles des sons. Le passage du mi au fa, ou du si a l’ut excite naturellement dans l’esprit du Musicien l’idée, du demi-ton. Cependant si l’on est dans le ton de si ou dans celui de mi, l’intervalle du si à l’ut, ou du mi au fa est toujours d’un ton & jamais d’un demi-ton. Donc au lieu de conserver des noms qui trompent l’esprit & qui choquent l’oreille exercée par une différente habitude, il est important de leur en appliquer d’autres dont le sens connu, au lieu d’être contradictoire, annonce les intervalles qu’ils doivent exprimer. Or, tous les rapports des sons du système diatonique se trouvent exprimes dans le majeur, tant en montant qu’en descendant, dans l’Octave comprise entre deux ut, suivant l’ordre naturel, & dans le mineur, dans l’Octave comprise entre deux la, suivant le même ordre en descendant seulement. Car, en montant, le mode mineur est assujetti a des affections différentes qui présentent de nouvelles réflexions pour la théorie, lesquelles ne sont pas aujourd’hui de mon sujet, & qui ne sont rien au système que je propose.

J’en appelle a l’expérience sur la peine qu’ont les écoliers à entonner par les noms primitifs des airs qu’ils chantent avec toute la facilite du monde, au moyen de la transposition, pourvu toujours qu’ils aient acquis la longue & nécessaire habitude de lire les bémols & les dièses des clefs qui sont avec leurs huit positions, quatre-vingt combinaisons inutiles & toutes retranchées par ma méthode.

Il s’ensuit de-là, que les principes qu’on donne pour jouer des instrumens, ne valent rien du tout, & je suis sur qu’il n’y a pas un bon Musicien qui, après avoir prélude dans le ton ou il doit jouer, ne faite plus d’attention dans son jeu au degré du ton ou il se trouve, qu’au dièse ou au bémol qui l’affecte. Qu’on apprenne aux écoliers a bien connoître les deux modes & la disposition régulière des sons convenables a chacun, qu’on les exerce a préluder en majeur & en mineur sur tous les sons de l’instrument, chose qu’il faut toujours savoir, quelque méthode qu’on adopte. Alors qu’on leur mette ma musique entre les mains, j’ose répondre qu’elle ne les embarrassera pas un quart-d’heure.

On seroit surpris si l’on faisoit attention a la quantité de Livres & de préceptes qu’on a donnes sur la transposition; ces gammes, ces échelles, ces clefs supposées sont le fatras le plus ennuyeux qu’on puisse imaginer, & tout cela, faute d’avoir fait cette réflexion très-simple que, des que la corde fondamentale du ton est connue sur le clavier naturel, comme tonique, c’est-à-dire, comme ut ou la, elle détermine seule le rapport & le ton de toutes les autres notes, sans égard a l’ordre primitif.

Avant que de parler des changemens de ton, il faut expliquer les altérations accidentelles des sons qui s’y présentent a tout moment.

Le dièse s’exprime par une petite ligne qui croise la note en montant de gauche a droite. Sol diésé, par exemple, s’exprime ainsi X, fa diésé ainsi 4. Le bémol s’exprime aussi par une semblable ligne qui croise la note en descendant XXX & ces signes plus simples que ceux qui sont en usage, servent encore a montrer a l’œil le genre d’altération qu’il causent.

Le bécarre n’a d’utilité que par le mauvais choix du dièse & du bémol, & des que les signes qui les expriment seront inhérens a la note, le bécarre deviendra entièrement superflu: je le retranche donc comme inutile; je le retranche encore comme équivoque, puisque les Musiciens s’en servent souvent en deux sens absolument opposes, & laissent ainsi l’ecolier dans une incertitude continuelle fur son véritable effet.

A l’égard des changemens de ton, soit pour passer du majeur au mineur, ou d’une tonique a une autre, il n’est question que d’exprimer la premiere note de ce changement, de maniere a représenter ce qu’elle etoit dans le ton d’ou l’on sort, & ce qu’elle est dans celui ou l’on entre, ce que l’on fait par une double note séparée par une petite ligne horizontale comme dans les fractions, le chiffre qui est au-dessus exprime la note la note dans le ton d’ou l’on sort, & celui de dessous représente la même note dans le ton ou l’on entre: en un mot le chiffre inférieur indique le nom de la note, & le chiffre supérieur sert a en trouver le ton.

Voilà pour exprimer tous les sons imaginables en quelque ton que l’on puisse être ou que l’on veuille entrer. Il faut passer à présent à la seconde partie qui traite des valeurs des notes & de leurs mouvemens.

Les Musiciens reconnoissent au moins quatorze mesures différentes dans la Musique: mesures dont la distinction brouille l’esprit des écoliers pendant un tems infini. Or je soutiens que tous les mouvemens de ces différentes mesures se réduisent uniquement à deux; savoir, mouvement à deux tems & mouvement à trois tems; & j’ose défier l’oreille la plus fine d’en trouver de naturels qu’on ne puisse exprimer avec toute la précision possible par l’une de ces deux mesures. Je commencerai donc par faire main-basse sur tous ces chiffres bizarres, réservant seulement le deux & le trois, par lesquels, comme on verra tout-à-l’heure, j’exprimerai tous les mouvemens possibles. Or, afin que le chiffre qui annonce la mesure ne se confonde point avec ceux des notes, je l’en distingue en le faisant plus grand & en le séparant par une double ligne perpendiculaire.

Il s’agit à présent d’exprimer les tems & les valeurs des notes qui les remplissent.

Un défaut considérable dans le Musique est de représenter comme valeurs absolues, des notes qui n’en ont de relatives, ou du moins d’en mal appliquer les relations: car il est sur que la durée des rondes, des blanches, noires, croches, &c. est déterminée, non par la qualité de la note, mais par celle de la mesure ou elle se trouve, de-la vient qu’une noire dans une certaine mesure passera beaucoup plus vite qu’une croche dans une autre; laquelle croche ne vaut cependant que la moitié de cette noire; & de-la vient encore que les Musiciens de province, trompes par ces faux rapports, donneront aux airs des mouvemens tout differens de ce qu’ils doivent être en s’attachant scrupuleusement à la valeur absolue des notes, tandis qu’il faudra quelquefois passer une mesure à trois tems simples, beaucoup plus vite qu’une autre à trois-huit, ce qui dépend du caprice du Compositeur, & de quoi les opéra présentent des exemples à chaque instant.

D’ailleurs, la division sous-double des notes & de leurs valeurs, telle qu’elle établie, ne suffit pas pour tous les cas, & si, par simple, je veux passer trois notes égales dans un tems d’une mesure à deux, à trois ou à quatre, il faut, ou que le Musicien le devine, ou que je l’en instruise par un signe etranger qui fait exception a la regle.

Enfin, c’est encore un autre inconvénient de ne point séparer les tems; il arrive de-la que dans le milieu d’une grande mesure, l’ecolier ne fait ou il.en est, sur-tout lorsque, chantant le vocal, il trouve une quantité de croches & de doubles-croches détachées, dont il faut qu’il fasse lui-même la distribution.

La séparation de chaque tems par une virgule, remédie a tout cela avec beaucoup de simplicité; chaque tems compris entre deux virgules contient une note ou plusieurs; s’il ne comprend qu’une note, c’est qu’elle remplit tout, ce tems-là, & cela ne fait pas la moindre difficulté. Y a-t-il plusieurs notes comprises dans chaque tems, la chose n’est pas plus difficile. Diverses ce tems en autant de parties égales qu’il comprend de notes, appliquez chacune de ces parties a chacune de ces notes & passez-les de sorte que tous les tems soient égaux.

Les notes dont deux égales rempliront un tems, s’appelleront des demis; celles dont il en, faudra trois, des tiers, celles dont il en faudra quatre, des quarts, &c.

Mais lorsqu’un tems se trouve partage, de forte que toutes les notes n’y sont pas d’égale valeur, pour représenter, par exemple, dans un seul tems une noire & deux croches, je considère ce tems comme divise en deux parties égales, dont la noire fait la premiere, & les deux croches ensemble la seconde; je les lie donc par une ligne droite que je place au-dessus ou au-dessous d’elles, & cette ligne marque que tout ce qu’elle embrasse ne représente qu’une seule note, laquelle doit être subdivisée en deux parties égales, ou en trois, ou en quatre, suivant le nombre des chiffres qu’elle couvre, &c.

Si l’on a une note qui remplisse seule une mesure entiere, il suffit de la placer seule entre les deux lignes qui renferment la mesure, & par la même regle que je viens d’établir, cela signifie que cette note doit durer toute la mesure entiere.

A l’égard des tenues, je me sers aussi du point pour les exprimer; mais d’une maniere bien plus avantageuse que celle qui est en usage: car, au lieu de lui faire valoir précisément la moitié de la note qui le précédé, ce qui ne fait qu’un cas particulier, je lui donne, de même qu’aux notes, une valeur qui n’est déterminée que par la place qu’il occupe, c’est-à-dire, que si le point remplit seul un tems ou une mesure, le son qui a précédé doit être aussi soutenu pendant tout ce tems ou toute cette mesure; & si le point se trouve dans un tenus avec d’autres notes, il fait nombre aussi bien qu’elles, & doit être compte pour un tiers ou pour un quart, suivant le nombre de notes que renferme ce tems-là en y comprenant le point.

Au reste, il n’est pas a craindre, comme on le verra par les exemples, que ces points se confondent jamais avec ceux qui servent a changer d’Octaves, ils en sont trop bien distingues par leur position pour avoir besoin de l’être par leur figure; c’est pourquoi j’ai négligé de le faire, évitant avec soin de me servir de signes extraordinaires, qui distrairoient l’attention & n’exprimeroient rien de plus que la simplicité des miens.

Les silences n’ont besoin que d’un seul signe. Le zéro paroît le plus convenable, & les regles que j’ai établies, a l’égard des notes étant toutes applicables à leurs silences relatifs, il s’ensuit que le zéro, par sa seule position & par les points qui le peuvent suivre, lesquels alors exprimeront des silences, suffit seul pour remplacer toutes les pauses, soupirs, demi-soupirs & autres signes bizarres & superflus qui remplissent la musique ordinaire.

Voilà les principes généraux d’ou découlent les regles pour toutes sortes d’expressions imaginables, sans qu’il puisse naître a cet égard aucune difficulté qui n’ait été prévue & qui ne soit résolue, en conséquence de quelqu’un de ces principes.

Ce système renferme, sans contredit, des avantages essentiels par dessus la méthode ordinaire.

En premier lieu. La musique sera du double & du triple plus aisée a apprendre.

1. Parce qu’elle contient beaucoup moins de signes.

2. Parce que ces signes sont plus simples.

3. Parce que sans autre étude, les caracteres mêmes des notes y représentent leurs intervalles & leurs rapports, au lieu que ces rapports & ces intervalles sont très-difficiles à trouver & demandent une grande habitude par la musique ordinaire.

4. Parce qu’un même caractere ne peut jamais avoir qu’un même nom, au lieu que dans le systême ordinaire chaque position peut avoir sept noms différens sur chaque clef, ce qui cause une confusion dont les écoliers ne se tirent qu’a force de tems, de peine & d’opiniâtreté.

5. Parce que les tems y sont mieux distingues que dans la musique ordinaire, & que les valeurs des silences & des notes y sont déterminées d’une maniere plus simple & plus générale.

6. Parce que le mode étant toujours connu, il est toujours aise de préluder & de se mettre au ton: ce qui n’arrive pas dans la musique ordinaire, ou souvent les écoliers s’embarrassent ou chantent faux, faute de bien connoître le ton ou ils doivent chanter.

En second lieu, la musique en est plus commode & plus aisée a noter, occupe moins de volume; toute sorte de papier y est propre, & les caracteres de l’imprimerie suffisant pour la noter, les compositeurs n’auront plus besoin de faire de si grands frais pour la gravure de leurs, pieces; ni les particuliers pour les acquérir.

Enfin les compositeurs y trouveroient encore cet autre avantage non moins considérable, qu’outre la facilite de la note, leur harmonie & leurs accords seroient connus par la seule inspection des signes & sans ces sauts d’une clef a l’autre, qui demandent une habitude bien longue, & que plusieurs n’atteignent jamais parfaitement.

http://www.rousseauonline.ch/Text/projet-concernant-de-nouveaux-signes-pour-la-musique.php

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Tolkien, la création spéculaire

par Alexis Brocas

Nains, elfes, semi-hommes, les créatures de Tolkien créent à leur tour des œuvres fictives, qui résonnent toutes différemment, mais toutes harmonieusement, avec l’œuvre réelle qui les contient.

«Arda», «le Royaume» en elfe Sindarin. Ce nom mélodieux – ou plutôt phonesthétique, pour reprendre la terminologie de son inventeur – désigne le monde élaboré par Tolkien, avec ses continents, ses peuples elfes, humains, hobbits et nains, leurs langues, culture et œuvres. Un monde qui illustre de façon spectaculaire les pouvoirs de sublimation propre à la littérature : aussi vaste et détaillé qu’il soit, aussi ancien qu’il paraisse, ce monde est né d’un esprit contemporain, et porte la marque de ses passions, goûts, croyances et tempérament. Cet esprit, contrairement à l’image que tend à accréditer son biographe Humphrey Carpenter, ne vivait pas dans son monde imaginaire qu’il aurait fini par tenir pour réel. Arda est l’œuvre d’un créateur conscient, comme tend à l’indiquer la profonde cohérence qui relie les textes entre eux. Elle tient à l’historicité et au patient travail d’harmonisation mené par Tolkien. Mais aussi à la répétition de certains motifs qui, par leur tonalité mythologique, en disent autant sur le monde de Tolkien que sur le nôtre.

Ainsi, la Genèse fictive dont Tolkien dote son univers et les réalisations artistiques de ses peuples et entités inventées éclairent chacune différemment son travail créatif. Il ne s’agit pas de dire que Tolkien aurait disséminé des éléments de sa conception de la littérature dans les œuvres des nains, elfes ou Ainurs, plutôt de montrer comment ces œuvres fictives résonnent harmonieusement avec l’œuvre réelle qui les contient, et avec la manière de Tolkien.

Avant Arda, vient son créateur, Eru Illúvatar, dieu unique. Tolkien nous conte son ouvrage dans l’Ainulindalë : «Il y eut d’abord Eru, le premier, qu’en Arda on appela Illúvatar ; il créa d’abord les Ainur, les Bénis, qu’il engendra de sa pensée (…) Alors Illuvatar leur parla : “De ce thème que j’ai proclamé devant vous, je souhaite maintenant que tous ensemble, harmonieusement, nous fassions une Grande Musique”.» Et de cette grande musique collective, Illúvatar  fera naître l’univers… Or, le Silmarillion, le premier projet littéraire de Tolkien, devait se présenter lui-même comme une compilation de textes de traditions diverses dont les recoupements auraient permis au lecteur de se représenter l’antiquité d’un monde. Comme dans la création d’Arda, où les Ainur, ces «dieux secondaires» participent chacun à l’élaboration du cosmos, plusieurs auteurs (fictifs) devaient donc participer à un ensemble, ceci en vue d’atteindre une vision première.

La question de la correspondance de l’œuvre à la vision initiale préoccupe Tolkien. Ainsi décrit-il l’art des elfes : «Leur “magie” est l’art délivré de beaucoup de ses limites humaines : plus aisé, plus rapide, plus achevé (la vision et la réalisation en correspondance parfaite)» (Lettre à Milton Waldman). Un rêve d’artiste aussi familier des fulgurances (la première phrase du Hobbit fut rédigée pour remplir une copie rendue blanche par un élève) que des patientes réécritures.

Avant de nous informer sur Tolkien, l’art des elfes nous parle de ses auteurs, eux aussi «délivrés de beaucoup de (nos) limites humaines». Ces elfes, parus aux premiers âges du monde, ont pour destin est «d’être immortels, d’aimer la beauté du monde de l’aider à se révéler pleinement grâce à leur délicatesse et leur perfection innée, de durer tant qu’il dure, de ne jamais l’abandonner même quand ils sont massacrés». Autrement dit, comme l’art elfique est un idéal de l’art humain, les elfes sont une «correction», de l’homme. Son image avant la chute – plus beaux, braves, attentif à la nature, rêvant d’étranges songes éveillés, mais capables d’égarements. Et évidemment, leurs aptitudes esthétiques et créatives, leur tension vers un absolu divin évoquent la passion de l’harmonie chez Tolkien – notamment entre sens et son.

Ajoutons que les elfes eux-mêmes représentent une des plus belles inventions de Tolkien : leur charisme séduit à la fois le lecteur et les personnages («Moi, aller voir des elfes et tout ? Hourra !» s’écrie le hobbit Sam au début du Seigneur des Anneaux). Tolkien les a notamment construits dans un rejet de la vision légère qu’en donne Shakespeare dans Le songe d’une nuit d’été, et une adhésion à l’ancienne signification du terme – telle que l’emploie Spenser dans le poème épique La Reine des Fées (1590). Sur ce plan, le processus de réhabilitation s’est révélé efficace : non seulement les elfes, autant que le dragon, apparaissent comme les ambassadeurs métonymiques de l’œuvre de Tolkien, mais l’image qu’il en donne semble avoir supplanté – si l’on en croit les représentations de l’Elfe dans la culture populaire — celles d’Obéron et de son épouse Titania.

Si les elfes apparaissent comme une «correction» de l’homme, les nains semblent une contrefaçon – une heureuse contrefaçon, qui éclaire l’ensemble de la création selon une tout autre perspective. Le mythe relatant leur naissance frappe, là encore, par la profondeur de ses résonances – bibliques, littéraires, spéculaires… Il met en scène Aulë, un de ces fameux Ainurs créé par le Dieu premier. Un bâtisseur qui, en attendant la venue au monde des elfes et des hommes, se crée, selon l’image qu’il s’en fait, des apprentis. En somme, il usurpe un des privilèges du Dieu premier, lequel vient le lui reprocher. Éperdu de remords, Aulë s’apprête à écraser sous son marteau ses créatures. Et pris de pitié, Illuvatar suspend son geste, donne aux nains la vie indépendante qu’Aulë n’avait pu leur insuffler, et commande qu’ils reposent avant la venue des premiers-nés. Voilà la création imprévue d’Aulë intégré à la création première, comme une histoire apparue tardivement peut être intégrée à une œuvre préméditée sans la troubler, si elle advient au bon moment. Ainsi du Seigneur des Anneaux, que Tolkien écrivit sur l’insistance de ses éditeurs, comme «s’(il) s’était concentré sur un détail (la découverte d’un anneau) dans un vaste ensemble », comme l’écrit Vincent Ferré dans Sur les rivages de la Terre du Milieu. Et ainsi peut-être du nain lui-même, que Tolkien range, dans ses premiers textes, du côté du mal et de la dénaturation avant de fixer sa nature dans le Silmarillion : «Durs comme le roc, obstinés, prompts à l’amitié comme à l’hostilité, et ils résistent mieux à la peine, à la faim, à la souffrance que tous les êtres parlants. Et ils vivent longtemps, plus longtemps que les humains, sans atteindre la vie éternelle». En découle leur art, caractérisé par de vastes architectures souterraines où résonnent de profonds échos (la Moria du Seigneur des Anneaux, le Royaume sous la montagne du Hobbit). Telle l’œuvre de Tolkien, patiemment construite où le texte repose sur un réseau de sous-textes.

Les humains, les «Successeurs» apparaissent avec le soleil en des temps déjà troublés. Au contraire des nains et des elfes, ils ne disposent pas de qualités propres, sinon leur mortalité, ce don qui les tourmente. Capables d’orgueil comme de loyauté, ces hommes sont nos reflets – et c’est aussi à travers eux que la  fiction de Tolkien éclaire notre monde. Tel le récit de la chute du royaume de Númenor contenu dans l’Akallabêth : il montre l’homme parvenu à son acmé, ivre de sa propre puissance et trompé par Sauron, transgressant un interdit divin et tentant de conquérir l’immortalité. Les réalisations de  Númenor, en cette époque tardive, ne se caractérisent plus par l’harmonie initiale («ils écrivirent des lettres (…) dans lesquelles ils consignèrent maintes choses sages et merveilleuses») mais par la démesure («ils inventaient des machines et construisaient des navires toujours plus grands»).  Or, la question de la démesure n’est pas étrangère à Tolkien. («(…) Un projet d’une telle démesure ne s’est pas développé tout d’un coup», écrit-il à propos du Silmarillion) et de même la tentation de s’arroger un privilège divin («le subcréateur souhaite être le Seigneur et Dieu de sa création personnelle»). Númenor porte l’empreinte de l’Atlantide, de la Tour de Babel – il connaîtra un châtiment semblable-  et de la prétention de Tolkien à édifier un monde entier avec ses peuples et ses langues.

Les hobbits viennent injecter un peu d’humilité à ce monde de hautes aspirations. Leur surnom « semi-hommes », dit leur parenté avec l’espèce humaine, et le peu de considération dans laquelle on les tient. Réputés pour leurs pieds cornés, leur petite taille, leur appétit (jusqu’à sept repas par jour) et leur discrétion, les hobbits représentent «le héros malgré lui» (Dictionnaire Tolkien). «Mon Sam Gamegie  est en fait un décalque du soldat anglais», écrivit l’auteur (cité par Humphrey Carpenter). Le Hobbit est celui qui met l’aventure au niveau du lecteur. Au sens le plus littéral du terme puisque Tolkien, dans l’avant-propos de la première édition du Seigneur des anneaux, se présente comme «le rapporteur d’une ancienne tradition hobbite issue de ce Livre Rouge de la Marche de l’Ouest, dont il attribue la composition à Bilbo et Frodo Bessac, ainsi qu’à Sam Gamegie» (dictionnaire Tolkien). Et ainsi le corpus tolkienien trouve un autre reflet à l’intérieur de lui-même.

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