31 décembre 192. Parano, mégalo et cruel, l’empereur Commode est étranglé par son esclave Narcisse.

Le fils de Marc-Aurèle déconne à plein tube. Il se prend pour Hercule, décime son entourage. Il est temps de l’expédier ailleurs…

Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos

Comment mieux achever l’année qu’avec un joli petit meurtre ? Après tout n’est-ce pas la violence qui fait avancer l’humanité ? Les guerres ! Les génocides ! Les trahisons ! Sans une bonne dose d’agressivité, l’homme en serait encore à l’âge des cavernes en train de bouffer des racines en écoutant du Yves Duteil… L’horreur !

Bref, le 31 décembre 192, l’empereur romain Commode est étranglé par son fidèle esclave Narcisse dans sa villa de Quintili. Nous sommes en fin d’après-midi. Rome attend de célébrer la nouvelle année. Seul il Professore Mario Monti n’a pas le coeur à faire la fête. « J’y vais ou je n’y vais pas ? » ressasse-t-il. L’empereur, lui non plus, n’est pas au mieux de sa forme. Il vient de rendre tripes et boyaux et un marteau-piqueur lui défonce le crâne. Il se sent mal, très mal. Que lui arrive-t-il ? A-t-on cherché à l’empoisonner ? Le poison se trouvait peut-être dans le verre de vin servi quelques minutes plus tôt par sa concubine favorite Marcia… Demain, il la fera égorger. Elle et plusieurs autres sénateurs qu’il a dans le collimateur.
Étranglement

Ses sympathiques pensées sont brutalement interrompues par une poigne de fer qui lui serre le cou. Il ouvre les yeux pour découvrir Narcisse en train de l’étrangler. Lui ? Lui en qui il a toute confiance. Un « ami » de 30 ans. L’empereur se débat, essaie d’échapper à la prise mortelle, mais son agresseur, champion de lutte, est bien trop fort. Commode suffoque. Commode meurt. Dans la bagarre, Narcisse se retrouve assis sur son maître. Patrick Sébastien, qui assiste à la scène dans un coin de la pièce, s’esclaffe grassement : « D’où l’expression mon cul sur le Commode. » Ainsi périt, à 30 ans, l’un des plus sanguinaires empereurs romains, de la lignée des Néron et des Caligula. Plus parano que Sarko, plus déterminé que Copé, il a fait disparaître des centaines de supposés comploteurs. Pire, aux yeux de B.B. : il a exterminé des centaines de lions, d’éléphants, de rhinocéros, d’autruches et même de girafes dans les arènes de Rome.

Commode devient empereur en l’an 180, lorsque son père Marc-Aurèle décède d’une maladie. C’est alors un jeunot de 18 ans. Le père et le fils sont alors à Vienne, en train de combattre les barbares menaçant les frontières de l’empire. Que le fils succède au père, c’est une grande première dans la dynastie des Antonins. Jusque-là, tous les empereurs désignaient l’homme le plus digne de diriger l’empire. Marc-Aurèle a cru pouvoir façonner un homme d’État avec la chair de sa chair. Quel présomptueux !

Vie de luxe

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir donné la meilleure éducation à son fils, engagé les précepteurs les plus renommés de l’époque. Avant de s’éteindre, l’empereur philosophe recommande une dernière fois son fiston à ses fidèles conseillers. Au cours de ses premiers mois de règne, le jeune Commode fait profil bas. Même s’il n’est pas né à Neuilly, il sait se tenir. Respectant le protocole habituel, il fait incinérer papa avant de le faire déifier.

Maintenant, que doit-il faire ? Poursuivre le combat contre les barbares et vivre à la dure parmi ses légions ? Ou bien regagner Rome par n’importe quel chemin pour y profiter du luxe, des femmes et de la bonne chère ? Vivre à la spartiate comme le général Jean-Pierre Palasset en Afghanistan ou vivre en débauché comme l’ami des dictateurs, le magnifique Gérard Depardieu, adulé par Jérôme Béglé ? Doté d’un faible caractère, le jeune empereur suit les conseils de ses compagnons de beuverie, qui l’incitent à une vie de luxe.

Commode bâcle un accord de paix et le voilà à Rome, où il se fait adouber par le peuple qui lui rend un vibrant hommage. Au cours de ses premières années, Commode se montre commode et raisonnable, respectant les conseils des amis de son père. Il se préoccupe davantage de ses plaisirs que de gouverner l’empire. Son sérail comprend 300 jeunes femmes et quasiment autant de beaux jeunes hommes, dit-on. Point besoin de convoquer des starlettes pour organiser des bunga-bunga.

Le goût du sang

La vie est magnifique jusqu’au jour où Commode échappe à une tentative d’assassinat montée par sa soeur Lucilla (jalouse de l’impératrice régnante) et certains sénateurs. Dès lors, le jeune empereur développe une haine implacable pour le Sénat, basculant dans la plus noire paranoïa. Il laisse le commandant de la garde prétorienne Pérennius exécuter sa soeur et ses complices. Il emploie une armée de délateurs qui, par un zèle très intéressé, balancent de nombreux sénateurs pour des crimes imaginaires.

Ainsi tombe Cahuzacus, accusé de posséder un compte bancaire en Suisse. Prenant goût au sang, Commode envoie à la mort tous ceux qu’il soupçonne de trahison. Simultanément, de nombreux soldats désertent pour former des bandes de brigands. L’un d’entre eux, du nom de Maternus, ose même marcher sur Rome pour s’emparer du trône impérial. Il est dénoncé avant d’y parvenir, mais cette nouvelle tentative renforce Commodore dans sa folie.

Simultanément, il devient totalement mégalo, se présentant comme le nouveau Romulus. Il rebaptise les institutions, renomme les mois de l’année. Rome devient Colonia Lucia Annia Commodiana. Il se prétend Hercule, fils de Jupiter, s’habille d’une peau de lion et s’arme d’une massue. Pour se concilier le peuple, il lui offre des jeux de cirque démentiels dans lesquels il massacre des centaines d’animaux sauvages qu’il fait venir d’Afrique, mais aussi d’Inde. D’où la disparition du lion de l’atlas en Afrique du Nord.

Il n’hésite pas, non plus, à descendre dans l’arène pour combattre comme gladiateur, une profession infâme. Aux yeux des Romains, c’est aussi scandaleux que si François Hollande participait à Koh Lanta ! Totalement insensé, Commode fait ériger des statues colossales de lui. Les Romains commencent à se lasser de ses excès, les sénateurs comme le peuple.

Provocation suprême

Commode précipite sa fin lors de la fête des saturnales de novembre 192. Il promet un spectacle de cirque extraordinaire aux Romains, qui accourent des quatre coins de l’empire pour y assister. Depuis une plate-forme surélevée ceinturant l’arène, il commence par abattre à l’arc à la javeline des centaines de lions, d’ours, de léopards, de cerfs, de gazelles et d’autruches. Mais aussi un tigre, un hippopotame et un éléphant. Cela ne lui suffit pas.

Chaque jour, il descend dans l’arène pour combattre une flopée de gladiateurs qui se laissent vaincre, et parfois tuer, sans moufter. Fin décembre, provocation suprême, il annonce vouloir inaugurer la nouvelle année non pas revêtu du costume pourpre traditionnel, dans son palais, mais déguisé en gladiateur dans leur gymnase. Mise au courant, sa concubine préférée Marcia le supplie à genoux d’y renoncer pour ne pas déshonorer Rome. Furieux, il convoque l’intendant du palais Eclectus et le préfet du prétoire Laetus pour leur demander d’installer un appartement dans le gymnase des gladiateurs. Ceux-ci tentent à leur tour de le convaincre de ne pas commettre cette folie. Rien à faire.

Pris à son propre piège

Rendu enragé par ces avis contraires, l’empereur rentre dans sa chambre, saisit une tablette taillée dans de l’écorce déliée de tilleul pour y inscrire le nom de ceux qu’il compte faire exécuter la nuit suivante. En tête de liste, il inscrit Marcia, Eclectus et Laetus, suivis des noms de plusieurs autres sénateurs. Il pose la tablette, part prendre un bain coquin avec quelques-unes des ses favorites. Pendant son absence, un des garçonnets qu’il garde dans son entourage pour satisfaire ses petits plaisirs pédérastiques (c’est l’habitude à Rome des hauts personnages) s’empare de la tablette pour jouer avec.

C’est alors qu’il tombe sur Marcia, qui la lui confisque. En y jetant un coup d’oeil, elle découvre avec effarement sa condamnation à mort. « Courage, Commode, se dit-elle, voilà récompense que tu prépares à mon amour, à ma tendresse, à la résignation avec laquelle, pendant de si longues années, j’ai supporté tes brutalités et des débauches ! Mais un homme toujours plongé dans l’ivresse ne triomphera pas d’une femme sobre. »

Marcia prévient aussitôt Eclectus et Laetus et, ensemble, ils décident d’assassiner l’empereur le jour même. C’est une question de vie ou de mort, pour eux. Comment procéder ? Marcia a l’habitude de lui présenter une coupe de vin à la sortie de son bain. Cette fois, elle y glissera du poison. Aussitôt, elle passe à l’action. Sans se méfier, Commode boit le vin et s’endort sur son lit. Bientôt de violents maux d’estomac le réveillent. Il est pris de vomissements. Les trois conjurés s’inquiètent : si Commode rejette le poison, il vivra et eux mourront. Ils n’ont qu’une solution, convaincre l’esclave Narcisse d’égorger son maître. Celui-ci accepte contre une forte récompense. Il se dirige vers le lit de Commode, qu’il saisit au cou pour l’étrangler… Ainsi périt l’empereur romain qui se prenait pour Hercule.

http://www.lepoint.fr/c-est-arrive-aujourd-hui/31-decembre-192-parano-megalo-et-cruel-l-empereur-commode-est-etrangle-par-son-esclave-narcisse-31-12-2012-1607203_494.php

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