Archives mensuelles : décembre 2012

31 décembre 192. Parano, mégalo et cruel, l’empereur Commode est étranglé par son esclave Narcisse.

Le fils de Marc-Aurèle déconne à plein tube. Il se prend pour Hercule, décime son entourage. Il est temps de l’expédier ailleurs…

Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos

Comment mieux achever l’année qu’avec un joli petit meurtre ? Après tout n’est-ce pas la violence qui fait avancer l’humanité ? Les guerres ! Les génocides ! Les trahisons ! Sans une bonne dose d’agressivité, l’homme en serait encore à l’âge des cavernes en train de bouffer des racines en écoutant du Yves Duteil… L’horreur !

Bref, le 31 décembre 192, l’empereur romain Commode est étranglé par son fidèle esclave Narcisse dans sa villa de Quintili. Nous sommes en fin d’après-midi. Rome attend de célébrer la nouvelle année. Seul il Professore Mario Monti n’a pas le coeur à faire la fête. « J’y vais ou je n’y vais pas ? » ressasse-t-il. L’empereur, lui non plus, n’est pas au mieux de sa forme. Il vient de rendre tripes et boyaux et un marteau-piqueur lui défonce le crâne. Il se sent mal, très mal. Que lui arrive-t-il ? A-t-on cherché à l’empoisonner ? Le poison se trouvait peut-être dans le verre de vin servi quelques minutes plus tôt par sa concubine favorite Marcia… Demain, il la fera égorger. Elle et plusieurs autres sénateurs qu’il a dans le collimateur.
Étranglement

Ses sympathiques pensées sont brutalement interrompues par une poigne de fer qui lui serre le cou. Il ouvre les yeux pour découvrir Narcisse en train de l’étrangler. Lui ? Lui en qui il a toute confiance. Un « ami » de 30 ans. L’empereur se débat, essaie d’échapper à la prise mortelle, mais son agresseur, champion de lutte, est bien trop fort. Commode suffoque. Commode meurt. Dans la bagarre, Narcisse se retrouve assis sur son maître. Patrick Sébastien, qui assiste à la scène dans un coin de la pièce, s’esclaffe grassement : « D’où l’expression mon cul sur le Commode. » Ainsi périt, à 30 ans, l’un des plus sanguinaires empereurs romains, de la lignée des Néron et des Caligula. Plus parano que Sarko, plus déterminé que Copé, il a fait disparaître des centaines de supposés comploteurs. Pire, aux yeux de B.B. : il a exterminé des centaines de lions, d’éléphants, de rhinocéros, d’autruches et même de girafes dans les arènes de Rome.

Commode devient empereur en l’an 180, lorsque son père Marc-Aurèle décède d’une maladie. C’est alors un jeunot de 18 ans. Le père et le fils sont alors à Vienne, en train de combattre les barbares menaçant les frontières de l’empire. Que le fils succède au père, c’est une grande première dans la dynastie des Antonins. Jusque-là, tous les empereurs désignaient l’homme le plus digne de diriger l’empire. Marc-Aurèle a cru pouvoir façonner un homme d’État avec la chair de sa chair. Quel présomptueux !

Vie de luxe

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir donné la meilleure éducation à son fils, engagé les précepteurs les plus renommés de l’époque. Avant de s’éteindre, l’empereur philosophe recommande une dernière fois son fiston à ses fidèles conseillers. Au cours de ses premiers mois de règne, le jeune Commode fait profil bas. Même s’il n’est pas né à Neuilly, il sait se tenir. Respectant le protocole habituel, il fait incinérer papa avant de le faire déifier.

Maintenant, que doit-il faire ? Poursuivre le combat contre les barbares et vivre à la dure parmi ses légions ? Ou bien regagner Rome par n’importe quel chemin pour y profiter du luxe, des femmes et de la bonne chère ? Vivre à la spartiate comme le général Jean-Pierre Palasset en Afghanistan ou vivre en débauché comme l’ami des dictateurs, le magnifique Gérard Depardieu, adulé par Jérôme Béglé ? Doté d’un faible caractère, le jeune empereur suit les conseils de ses compagnons de beuverie, qui l’incitent à une vie de luxe.

Commode bâcle un accord de paix et le voilà à Rome, où il se fait adouber par le peuple qui lui rend un vibrant hommage. Au cours de ses premières années, Commode se montre commode et raisonnable, respectant les conseils des amis de son père. Il se préoccupe davantage de ses plaisirs que de gouverner l’empire. Son sérail comprend 300 jeunes femmes et quasiment autant de beaux jeunes hommes, dit-on. Point besoin de convoquer des starlettes pour organiser des bunga-bunga.

Le goût du sang

La vie est magnifique jusqu’au jour où Commode échappe à une tentative d’assassinat montée par sa soeur Lucilla (jalouse de l’impératrice régnante) et certains sénateurs. Dès lors, le jeune empereur développe une haine implacable pour le Sénat, basculant dans la plus noire paranoïa. Il laisse le commandant de la garde prétorienne Pérennius exécuter sa soeur et ses complices. Il emploie une armée de délateurs qui, par un zèle très intéressé, balancent de nombreux sénateurs pour des crimes imaginaires.

Ainsi tombe Cahuzacus, accusé de posséder un compte bancaire en Suisse. Prenant goût au sang, Commode envoie à la mort tous ceux qu’il soupçonne de trahison. Simultanément, de nombreux soldats désertent pour former des bandes de brigands. L’un d’entre eux, du nom de Maternus, ose même marcher sur Rome pour s’emparer du trône impérial. Il est dénoncé avant d’y parvenir, mais cette nouvelle tentative renforce Commodore dans sa folie.

Simultanément, il devient totalement mégalo, se présentant comme le nouveau Romulus. Il rebaptise les institutions, renomme les mois de l’année. Rome devient Colonia Lucia Annia Commodiana. Il se prétend Hercule, fils de Jupiter, s’habille d’une peau de lion et s’arme d’une massue. Pour se concilier le peuple, il lui offre des jeux de cirque démentiels dans lesquels il massacre des centaines d’animaux sauvages qu’il fait venir d’Afrique, mais aussi d’Inde. D’où la disparition du lion de l’atlas en Afrique du Nord.

Il n’hésite pas, non plus, à descendre dans l’arène pour combattre comme gladiateur, une profession infâme. Aux yeux des Romains, c’est aussi scandaleux que si François Hollande participait à Koh Lanta ! Totalement insensé, Commode fait ériger des statues colossales de lui. Les Romains commencent à se lasser de ses excès, les sénateurs comme le peuple.

Provocation suprême

Commode précipite sa fin lors de la fête des saturnales de novembre 192. Il promet un spectacle de cirque extraordinaire aux Romains, qui accourent des quatre coins de l’empire pour y assister. Depuis une plate-forme surélevée ceinturant l’arène, il commence par abattre à l’arc à la javeline des centaines de lions, d’ours, de léopards, de cerfs, de gazelles et d’autruches. Mais aussi un tigre, un hippopotame et un éléphant. Cela ne lui suffit pas.

Chaque jour, il descend dans l’arène pour combattre une flopée de gladiateurs qui se laissent vaincre, et parfois tuer, sans moufter. Fin décembre, provocation suprême, il annonce vouloir inaugurer la nouvelle année non pas revêtu du costume pourpre traditionnel, dans son palais, mais déguisé en gladiateur dans leur gymnase. Mise au courant, sa concubine préférée Marcia le supplie à genoux d’y renoncer pour ne pas déshonorer Rome. Furieux, il convoque l’intendant du palais Eclectus et le préfet du prétoire Laetus pour leur demander d’installer un appartement dans le gymnase des gladiateurs. Ceux-ci tentent à leur tour de le convaincre de ne pas commettre cette folie. Rien à faire.

Pris à son propre piège

Rendu enragé par ces avis contraires, l’empereur rentre dans sa chambre, saisit une tablette taillée dans de l’écorce déliée de tilleul pour y inscrire le nom de ceux qu’il compte faire exécuter la nuit suivante. En tête de liste, il inscrit Marcia, Eclectus et Laetus, suivis des noms de plusieurs autres sénateurs. Il pose la tablette, part prendre un bain coquin avec quelques-unes des ses favorites. Pendant son absence, un des garçonnets qu’il garde dans son entourage pour satisfaire ses petits plaisirs pédérastiques (c’est l’habitude à Rome des hauts personnages) s’empare de la tablette pour jouer avec.

C’est alors qu’il tombe sur Marcia, qui la lui confisque. En y jetant un coup d’oeil, elle découvre avec effarement sa condamnation à mort. « Courage, Commode, se dit-elle, voilà récompense que tu prépares à mon amour, à ma tendresse, à la résignation avec laquelle, pendant de si longues années, j’ai supporté tes brutalités et des débauches ! Mais un homme toujours plongé dans l’ivresse ne triomphera pas d’une femme sobre. »

Marcia prévient aussitôt Eclectus et Laetus et, ensemble, ils décident d’assassiner l’empereur le jour même. C’est une question de vie ou de mort, pour eux. Comment procéder ? Marcia a l’habitude de lui présenter une coupe de vin à la sortie de son bain. Cette fois, elle y glissera du poison. Aussitôt, elle passe à l’action. Sans se méfier, Commode boit le vin et s’endort sur son lit. Bientôt de violents maux d’estomac le réveillent. Il est pris de vomissements. Les trois conjurés s’inquiètent : si Commode rejette le poison, il vivra et eux mourront. Ils n’ont qu’une solution, convaincre l’esclave Narcisse d’égorger son maître. Celui-ci accepte contre une forte récompense. Il se dirige vers le lit de Commode, qu’il saisit au cou pour l’étrangler… Ainsi périt l’empereur romain qui se prenait pour Hercule.

http://www.lepoint.fr/c-est-arrive-aujourd-hui/31-decembre-192-parano-megalo-et-cruel-l-empereur-commode-est-etrangle-par-son-esclave-narcisse-31-12-2012-1607203_494.php

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Prédiction scientifique : trouverons-nous une jumelle de la planète Terre en 2013 ?

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Les astronomes découvrent des planètes en dehors de notre système solaire depuis 1995, mais ils ne peuvent confirmer que l’une d’entre elles puisse détenir les caractéristiques pour accueillir la vie comme nous la connaissons sur Terre. Selon certains experts, cela devrait changer en 2013.

Le télescope spatial Kepler a fait une grande partie du travail sur le terrain planétaire. Depuis son lancement en 2009, Kepler a repéré plus de 2300 planètes potentielles, dont neuf en orbite autour de leur soleil respectif, en zone dite “habitable”, cette zone où l’eau à l’état liquide pourrait exister. Une de ces planètes, connues sous le nom de Kepler-22b, représente 2,4 fois la taille de la Terre.

Ci-dessous : la place de la planète Kepler-22b, en zone habitable, dans son système Kepler-22 en comparaison de quelques planètes du système solaire.


Plusieurs experts, interviewés par le site space.com (lien plus bas), pensent que le télescope sera en mesure de confirmer l’existence d’une planète similaire à la Terre au cours de la prochaine année, y compris Abel Mendez responsable du Planetary Habitability Laboratory (Université de Puerto Rico à Arecibo), qui se dit très confiant quant aux découvertes de jumelles de la Terre et Geoff Marcy membre de l’équipe Kepler, qui pense à une confirmation « probable » en 2013.

Selon l’astronome Mikko Tuomi, de l’Université d’Hertfordshire, qui a découvert avec son équipe cette année, une Super-Terre en zone habitable, la première découverte ne sera pas susceptible d’être la dernière :

En l’estimant soigneusement, il y a 200 milliards d’étoiles qui hébergent au moins 50 milliards de planètes, sinon plus, au moins dans la Voie Lactée. En supposant que 1:10 000 sont similaires à la Terre, cela nous en donnerait 5 000 000 de la sorte. Je dirais que nous parlons ici  de milliers de telles planètes, au moins.

Ci-dessous : représentation artistique de HD 40307g, une Super-Terre en zone habitable.

Geoff Marcy (télescope Kepler) adopte des termes poétiques pour décrire ce que cette découverte pourrait signifier pour l’humanité :

Les petits pas pour l’humanité seront un pas de géant pour notre espèce. L’envoi de sondes robotiques vers les étoiles les plus proches constituera la plus grande aventure que nous, Homo sapiens, n’avons jamais tenté. Cette entreprise de grande envergure nécessitera la collaboration et la contribution de tous les grands pays autour du monde. Pour ce faire, nous allons entreprendre nos premiers pas dans l’océan cosmique et renforcer ainsi notre sens partagé de résolution sur ce rivage terrestre.

 La dernière découverte d’exoplanètes : Une étoile proche de notre Soleil possède 5 planètes dont une qui pourrait être habitable.

A partir des interviews réalisées par le site Space.com : First ‘Alien Earth’ Will Be Found in 2013, Experts Say.

http://www.gurumed.org/2012/12/29/prdiction-scientifique-trouverons-nous-une-jumelle-de-la-plante-terre-en-2013/?utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter

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Des squelettes d’aliens? Des crânes en forme de cônes trouvés dans un ancien cimetière au Mexique

Squelettes Aliens

http://www.huffingtonpost.fr/2012/12/30/squelettes-aliens-mexique-cranes-cones-cimetiere_n_2383227.html?utm_hp_ref=tw

INSOLITE – Des squelettes avec des crânes… d' »aliens ». C’est dans un ancien cimetière du Mexique, situé dans la ville de Sonora, que l’on a trouvé ces étonnants ossements. Le site, nommé tout simplement « El Cementerio », a été découvert en 1999 mais fouillé seulement récemment, racontent nos confrères du Huffington Post américain. Les ouvriers qui sont tombés dessus creusaient des fondations pour installer un système d’irrigation.

coneheads_posterLes os dateraient d’une période comprise entre l’an 940 et l’an 1340, ils seraient donc âgés de près de 1000 ans, selon le Time . Les crânes auraient été intentionnellement déformés dès l’enfance jusqu’à ce qu’ils aient la forme de cônes, un peu comme dans le film Coneheads, où un couple d’émissaires de la planète Remulak, Beldar et Prymaat, vient pour conquérir la Terre…

Les chercheurs ne savent pas encore pourquoi cette population déformait ses crânes, mais ils savent que c’était une pratique courante de certaines populations du sud de l’Amérique centrale et d’Amérique du Sud. C’est la première découverte de ce type dans une zone située autant au nord, selon le site Internet LiveScience, ce qui signifie que l’influence de la population mésoaméricaine (une aire culturelle de l’Amérique précolombienne occupée par des ethnies qui partageaient de nombreux traits culturels communs) pourrait avoir été plus vaste au niveau géographique, selon la chercheuse Cristina Garcia Moreno, interrogée par LiveScience.

Un des crânes découverts dans le cimetière :

prehispanic cemetery discovered

Vidéo (en anglais) qui explique cette découverte :

https://spshared.5min.com/Scripts/PlayerSeed.js?sid=281&width=560&height=345&playList=517621517

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Napoléon n’a pas été vaincu par les canons ou l’hiver russes

Sans les poux, les Russes n’auraient pas pu battre l’empereur français lors de la campagne de Russie de 1812.

«La retraite de Moscou», d'Adolph Northen/Wiki Commons.

- «La retraite de Moscou», d'Adolph Northen/Wiki Commons. -

Nos livres d’histoire nous ont appris que Napoléon, lors de son invasion de la Russie en 1812, avait marché sur Moscou avec une armée à peu près intacte et n’avait été forcé de battre en retraite que parce que les Moscovites avaient incendié les trois quarts de leur ville, privant ainsi son armée de nourriture et de vivres.

Le rude hiver russe avait alors décimé l’armée en retraite. La victoire russe, commémorée par l’Ouverture 1812 de Tchaïkovski, resta dans les mémoires comme l’un des grands revers de l’histoire militaire.

Mais personne n’a reconnu la véritable grande puissance de cette guerre.

A Vilnius, en Lituanie, à l’hiver 2001, des ouvriers creusèrent des tranchées pour enfouir des lignes téléphoniques et démolirent les vieux baraquements soviétiques qui se dressaient là depuis des décennies. Un jour, un bulldozer déterra un objet blanc. Le conducteur descendit de sa machine et, à sa grande surprise, découvrit un crâne et des os humains. Un autre ouvrier raconta plus tard que «les choses ne cessaient de sortir du sol—il y en avait des milliers».

Huit ans plus tôt, une fosse contenant les dépouilles de 700 personnes assassinées par le Comité pour la sécurité de l’Etat, ou KGB, avait été mise au jour. Etait-ce l’un de ces endroits secrets où le KGB disposait de ses victimes? Ou bien l’une des fosses communes où des Juifs avaient été massacrés en masse par les nazis?

Quand les archéologues de l’université de Vilnius arrivèrent, ils constatèrent que les corps étaient enfouis sur trois rangées dans des tranchées en forme de V, apparemment creusées pour servir de positions défensives. Il apparut que les squelettes étaient les dépouilles de soldats.

Deux mille d’entre eux furent exhumés, ainsi que des boucles de ceinture portant des numéros de régiment. Ils trouvèrent également des pièces de 20 francs datant du début des années 1800. Les scientifiques finirent par comprendre ce sur quoi ils étaient tombés: les vestiges de la Grande Armée. Napoléon avait conduit 600.000 hommes en Russie avec la ferme intention de conquérir le pays; pas plus de 30.000 y survécurent, et parmi eux, on dit que moins d’un millier furent capables de reprendre un jour du service.

L’ennemi microscopique

Quelles incroyables circonstances ont-elles bien pu causer la déroute de l’une des plus grandes armées du continent européen, menée par l’un des plus grands généraux de tous les temps?

Etonnamment, ce ne fut pas les soldats ennemis ou les privations que les soldats subissent d’ordinaire qui décimèrent l’armée de Napoléon. La plupart de ses soldats étaient de jeunes hommes endurcis par la guerre, normalement capables de supporter le froid, les longues marches et l’épuisement.

Non, l’armée de Napoléon et ses grands projets de conquête furent ravagés et annihilés par un organisme microscopique: le microbe du typhus, propagé lors d’une invasion de poux.

Au départ, Napoléon n’avait aucune raison valable d’envahir la Russie. Son armée avait vaincu l’armée russe à la bataille de Friedland en juin 1807, et le 7 juillet de la même année, la France et Alexandre Ier de Russie avaient signé le traité de Tilsit qui faisait des deux pays des alliés (et, entre autres choses, interdisait à la Russie toute relation commerciale avec la Grande-Bretagne). Curieusement, Napoléon ne s’empara d’aucun territoire russe ni ne demanda de réparations de guerre.

Début 1812, la plus grande partie des territoires compris entre l’Espagne et la Russie était sous son contrôle. Cependant, l’Angleterre maîtrisait les mers, et Napoléon voulait l’Inde, colonie anglaise à l’époque. Le seul espoir de s’en emparer était de la prendre par la terre, et donc de contrôler la Russie.

Depuis le traité de Tilsit, la France et la Russie étaient des alliés à couteaux tirés. La Russie avait violé le traité en faisant des affaires avec l’Angleterre, et Napoléon, lassé de cet état de choses, l’utilisa comme prétexte pour l’envahir.

En juin 1812, l’armée napoléonienne se rassembla dans l’est de l’Allemagne. Napoléon passa ses troupes en revue en grandes pompes sur la rive ouest du Niémen le 22 juin 1812. Ses ingénieurs jetèrent un pont flottant sur le fleuve et le lendemain, l’armée pénétra dans laPologne contrôlée par la Russie.

C’est en Pologne que cela commença à se gâter

Tout se passait bien –l’été, bien que chaud et sec, permit aux soldats de marcher facilement sur les routes. Les colonnes de ravitaillement restaient un peu en avant, assurant ainsi la nourriture nécessaire, et les soldats étaient en bonne santé. Bien que des hôpitaux militaires aient été mis en place sur le chemin de la Pologne à Magdeburg, Erfurt, Poznań et Berlin, ils n’étaient que très peu nécessaires. L’armée rejoignit Vilnius en quatre jours, sans rencontrer de résistance de la part des troupes russes.

C’est en Pologne que les choses ont commencé à se gâter pour Napoléon. Il se retrouva dans une région d’une saleté incroyable. Les paysans étaient crasseux, les cheveux emmêlés, couverts de poux et de puces, et les puits étaient souillés.

Comme l’armée était à présent en territoire ennemi, les voitures de ravitaillement avaient dû se déplacer vers l’arrière. Les routes étaient couvertes d’une poussière molle ou creusées de profondes ornières après les pluies du printemps; les chariots de vivres prenaient de plus en plus de retard par rapport au principal corps de troupes, à qui il devint difficile de fournir eau et nourriture. L’armée était si gigantesque qu’il était presque impossible de garder une formation militaire intacte, et la majorité des soldats s’éparpillèrent, formant des groupes immenses et débandés.

Une forte fièvre, des plaques rouges…

Nombre de soldats pillèrent les maisons, le bétail et les champs des paysans. Presque 20.000 chevaux de l’armée moururent faute d’eau et de fourrage sur le chemin de Vilnius. Les maisons des paysans étaient si répugnantes et grouillantes de cafards qu’elles en semblaient vivantes. Les maladies typiques des champs de bataille, comme la dysenterie et autres pathologies intestinales, firent leur apparition, et bien que de nouveaux hôpitaux fussent établis à Danzig, Königsberg et Toruń, ils s’avérèrent incapables d’absorber les innombrables soldats malades renvoyés vers l’arrière.

Mais les problèmes de Napoléon ne faisaient que commencer.

Plusieurs jours après la traversée du Niémen, plusieurs soldats furent atteints de forte fièvre et virent des plaques rouges apparaître sur leur corps. Certains d’entre eux, dont le visage avait pris une teinte bleue, ne tardèrent pas à mourir. Le typhus venait de faire son apparition.

Le typhus sévissait en Pologne et en Russie depuis de nombreuses années, mais il avait gagné du terrain depuis que l’armée russe avait dévasté la Pologne en battant en retraite devant les forces napoléoniennes. Le manque d’hygiène associé à un été inhabituellement chaud avait créé les conditions idéales pour la propagation des poux.

Le typhus est provoqué par l’organisme Rickettsia prowazekii. Il faudrait attendre un siècle après la campagne de 1812 pour que les scientifiques ne découvrent que le typhus est présent dans les déjections de poux.

Saleté et sueur, l’environnement idéal

Le soldat français moyen était sale et en sueur, et ne changeait pas de linge pendant des jours; l’environnement idéal pour que des poux se nourrissent sur son corps et s’abritent dans les coutures de ses vêtements.

Une fois les habits et la peau du soldat contaminés par les excréments de poux, la plus petite égratignure ou écorchure suffisait pour que le microbe du typhus pénètre dans le corps du soldat.

Circonstance aggravante, pour des raisons de sécurité les soldats dormaient en grands nombres dans des endroits confinés, de peur que les Russes n’attaquent ou que les Polonais ne se vengent. Cette proximité permettait aux poux de contaminer rapidement les soldats encore sains.

Un mois à peine après le début de la campagne, Napoléon avait perdu 80.000 soldats, morts ou invalides, frappés par le typhus. Sous l’autorité du baron Dominique-Jean Larrey, chirurgien militaire, les mesures médicales et sanitaires de l’armée étaient les meilleures du monde mais personne n’aurait pu venir à bout d’une épidémie de cette ampleur. Voici le récit d’un témoin oculaire direct d’une invasion de poux:

«Bourgogne s’endormit sur un matelas de roseaux et ne tarda pas à être réveillé par l’activité des poux. Se découvrant littéralement couvert de bêtes, il enleva sa chemise et son pantalon et les jeta dans le feu. Ils explosèrent comme les tirs de deux rangées de fantassins. Il ne put s’en débarrasser pendant deux mois. Tous ses compagnons grouillaient de poux; beaucoup furent piqués et contractèrent la fièvre tachetée (typhus).»

Le 28 juillet, trois des officiers de Napoléon lui soumirent leur inquiétude à l’idée que la bataille contre les Russes était en train de devenir périlleuse. Les pertes causées par les maladies et les désertions avaient réduit sa force de frappe effective de moitié environ. Pour ajouter à cette difficulté, trouver des provisions en territoire hostile devenait un réel défi. Napoléon écouta leurs arguments et accepta de mettre un terme à la campagne, mais deux jours plus tard, il revint sur sa décision et affirma à ses généraux:

«C’est le danger même qui nous pousse vers Moscou. Les dés sont jetés. La victoire nous justifiera et nous sauvera

Napoléon et ses soldats malades et épuisés continuèrent donc d’avancer. Smolensk tomba le 17 août, rapidement suivi par Valoutina. Les Russes battaient en retraite à mesure que les Français avançaient, attirant Napoléon toujours plus profondément dans le pays. L’empereur avait divisé son armée en trois parties. Le 25 août, Napoléon avait perdu 105.000 hommes de son armée de 265.000, ce qui ne lui laissait plus que 160.000 soldats. En deux semaines, le typhus la réduisit à 103.000 têtes.

Obligé de battre en retraite

Le général russe Mikhaïl Koutouzov adopta une position défensive à Borodino, à environ 110 km à l’ouest de Moscou. Le 7 septembre, les forces françaises affrontèrent les Russes. Les deux camps subirent de lourdes pertes. Napoléon entra ensuite dans Moscou, mais ce fut une victoire à la Pyrrhus; il ne restait qu’environ 90.000 soldats français. L’empereur s’attendait à une reddition des Russes; mais ces derniers se contentèrent de lui abandonner la ville. Les trois-quarts de Moscou avaient brûlé quand la Grande Armée y pénétra, et il n’y avait plus de nourriture ni aucune sorte de provisions.

15.000 hommes en renfort rejoignirent l’empereur à Moscou, dont 10.000 furent décimés par la maladie. Devant l’imminence de l’hiver russe, Napoléon n’eut pas d’autre choix que de battre en retraite et de retourner en France. L’empereur et ce qu’il restait de son armée se réfugièrent à Smolensk, espérant y trouver abri et nourriture. En y arrivant le 8 novembre dans un froid glacial, Napoléon trouva les hôpitaux déjà débordant de malades et de blessés. La discipline se détériorait, et il reçut le coup de grâce en découvrant que les provisions sur lesquelles il comptait avaient été consommées par les troupes de réserve et de communication.

L’armée quitta Smolensk le 13 novembre et arriva à Vilnius le 8 décembre. Il ne restait plus que 20.000 soldats en état de se battre. Ayant eu vent de l’imminence d’un coup d’Etat fomenté en France par le général Claude-François Malet, Napoléon passa le commandement au général Joachim Murat et se hâta de rentrer à Paris.

La fin du grand rêve

Murat refusa de défendre Vilnius –il abandonna ses canons et le butin obtenu à Moscou aux Russes qui progressaient et battit en retraite vers le Niémen, qu’il traversa le 14 décembre avec moins de 40.000 hommes, la plupart invalides. C’est ainsi que s’acheva le grand rêve de Napoléon d’atteindre l’Inde en passant par la Russie.

Beaucoup des soldats morts furent ensevelis dans les tranchées défensives creusées pendant la retraite. C’est dans l’une de ces tranchées que, presque deux siècles plus tard, des ouvriers ont trouvé les vestiges de la Grande Armée de Napoléon.

Didier Raoult, de l’université de la Méditerranée de Marseille, a analysé la pulpe dentaire de 72 dents prélevées sur les corps de 35 des soldats découverts à Vilnius. La pulpe de sept soldats contenait de l’ADN de Bartonella quintana, organisme responsable de la fièvre des tranchées, autre maladie transmise par les poux, très répandue pendant la Première Guerre mondiale.

L’ADN de trois soldats contenait des séquences de R. prowazekii, responsable des épidémies de typhus. En tout, 29% des dépouilles portaient des preuves d’infection par R. prowazekii ou B. quintana, ce qui témoigne du rôle majeur des poux dans la défaite de Napoléon.

La plupart des Américains connaissent bien le final de L’Ouverture 1812 de Tchaïkovski, commandée par la Russie pour célébrer la défaite de Napoléon.

Le morceau s’achève par le grondement du canon et le carillon des cloches; cependant, si Tchaïkovski avait voulu retranscrire précisément le son de la défaite de Napoléon, on entendrait seulement le son doux et discret du pou qui dévore la chair humaine. Un organisme trop petit pour l’œil de l’homme, qui a changé le cours de l’histoire humaine.

http://www.slate.fr/story/66541/napoleon-defaite-typhus-pous-hiver-russe

Joe Knight
Spécialiste de l’histoire médicale

Traduit par Bérengère Viennot

Pour en savoir plus en anglais: The Illustrious Dead: The Terrifying Story of How Typhus Killed Napoleon’s Greatest Army de Stephen Talty.

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Après l’Irak et l’Afghanistan, les drones envahissent le ciel américain

Utilisés par l’armée américaine en temps de guerre, les drones surveillent désormais aussi les citoyens, ce qui inquiète les défenseurs de la vie privée.

Deux agents surveillent les frontières américaines grâce aux drones (Eric Gay/AP/SIPA)

Elsa Ferreira | Rue89

Demain, le futur ? Le ciel des Etats-Unis pourrait bientôt être envahi de dizaines de milliers de drones. 30 000 d’ici 2020. Leur mission : surveiller les citoyens américains.

On connaît les drones pour leur utilisation par l’armée américaine en territoire étranger. Des bombardements à la télécommande qui ont fait beaucoup de morts dits « collatéraux ».

Mais ils sont aussi utilisés dans le ciel américain. La police des frontières les utilisent depuis 2005 pour repérer les immigrants clandestins et le trafic de drogue entre les Etats-Unis et ses deux voisins, le Mexique et le Canada. A quelques reprises, et sous des conditions restreintes, le FBI (le Bureau fédéral d’investigation) et la DEA ( l’Agence de lutte contre les trafics de drogue) ont été autorisés à emprunter les robots volants de leurs collègues. En juin 2011, les forces de l’ordre du compté de Nelson (Dakota du Nord), procédaient à la première arrestation de citoyens américains assistée d’un drone.

Espions-robots

Ce n’est que le début… la « dronaïsation » du territoire s’accélère. En février de cette année, le congrès a voté une loi pressant l’Administration fédérale de l’aviation (la FAA) d’élargir les conditions de survol du territoire domestique aux drones. En plus de l’armée, le secteur privé et les agences civiles du gouvernement (au niveau fédéral, des Etats et local) seront autorisés à faire flotter les engins dans l’espace aérien américain.

Selon le Christian Science Monitor, il y aurait déjà plus de 110 bases d’activité pour les drones, actuelles ou en construction, dans 39 Etats. La Electronic Fontiere Fondation a établi une carte répertoriant les autorisations données, ou en attente, pour leur utilisation. Le pays entier est quadrillé.

D’un point de vue technologique, les drones sont de redoutables espions. De la taille d’un avion ou aussi petit qu’un colibri, ils peuvent être équipés de caméras infrarouges, de détecteurs de chaleur, de GPS, de détecteur de mouvement, d’un lecteur automatisé de plaque d’immatriculation et on leur prête un prochain système de reconnaissance faciale.

Le scénario de science-fiction ne fait pas sourire les défenseurs de la vie privée, qui s’inquiètent d’un « Etat de surveillance ».

Surveillance non-consensuelle

Dans son article sur l’imminente « attaque des drones » pour le Guardian, Naomie Wolf publie un document non-classifié de l’armée de l’air américaine, clarifiant les limites de la « surveillance dronaire ». On y apprend que les robots-espions ne pourront pas « mener de surveillance non-consensuelle sur des personnes américaines spécifiquement identifiées, sauf si approuvé expressément par la secrétaire à la Défense. »

Une bonne nouvelle… jusqu’à ce qu’on lise entre les lignes. Tout d’abord, cela veut dire que la surveillance contre leur gré des citoyens américains ne dépend que de l’approbation de la secrétaire à la Défense. Comme l’écrit Naomie Wolf :

« Le Pentagone peut désormais envoyer un drone domestique rôder autour de la fenêtre de votre appartement, recueillir des images de vous et de votre famille, si la secrétaire de la Défense l’approuve. »

Cela veut dire aussi que des personnes américaines non « spécifiquement identifiées » – « une détermination si vague qu’elle en perd son sens » – pourraient être surveillées à leur insu. Comme par exemple « un groupe de militants ou de manifestants », interprète l’auteure américaine.

La fin du 4e amendement

La surveillance des citoyens par les drones a déjà commencé. A titre d’entraînement. C’est ce qu’à découvert un journaliste du New York Times lors d’un reportage (en groupe) sur la « drone zone », une base d’entraînement pour les « pilotes » de drones.

« Cela n’a pris que quelques secondes pour comprendre exactement ce que nous regardions. Un véhicule blanc, roulant sur l’autoroute à côté de la base, arrivait dans le viseur au centre de l’écran et était traqué alors qu’il roulait vers le sud le long de la route déserte. Quand le véhicule sorti de l’image, le drone commença à suivre une autre voiture.

“ Attendez, vous vous entraînez à traquer l’ennemi en utilisant des voitures de civils ?”, demanda un journaliste . Un officier de l’armée de l’air répondit que ce n’était qu’une mission d’entraînement et le groupe (de journalistes, Ndlr) a été précipité hors de la pièce. »

Si les informations peuvent être collectées à l’insu des citoyens américains, sous des conditions vagues, que deviennent-elles ensuite ? Là encore, le document de l’armée de l’air réserve quelques surprises.

Il indique qu’en cas d’informations sur un citoyen américain « reçues par inadvertance », l’unité en question peut conserver ces informations jusqu’à 90 jours, pour déterminer si elles peuvent être gardées de façon permanente. « Ce qui en finit pour de bon avec le quatrième amendement », – amendement qui protège les citoyens américains contre les perquisitions et saisies non motivées et non justifiées –, juge Naomie Wolf.

1984

Les américains accueillent les drones avec méfiance. A la question « A quel point seriez vous inquiet si les forces de l’ordre américaine commençait à utiliser des drones avec des caméras haute technologie ? » posée lors d’un sondage réalisé par l’université de Monmouth, 42 % ont répondu qu’ils seraient « très inquiets ».

Ils s’opposent également en masse (67 %) à l’utilisation des drones lors de dépassement de vitesse. Ils sont cependant largement favorable à l’utilisation des robots pour contrôler l’immigration illégale, pour poursuivre des criminels ou encore pour des missions de recherche et de secours (respectivement 64 %, 67 % et 80 %).

Dans un article de la Stanford Law Review, le spécialiste de la vie privée et la robotique, Ryan Calo, s’excuse de l’inévitable référence au livre 1984 de George Orwell et écrit :

« Les citoyens ne bénéficient pas d’une intimité raisonnable en public, même pas sur les portions de leur propriété, visible depuis un lieu public. En 1986, la Cour Suprême n’a pas estimé qu’il s’agissait d’une fouille lorsque la police vola au dessus du jardin d’un suspect avec un avion privé. Quelques années plus tard, la Cour a accepté des preuves obtenues par un officier qui avait regardé depuis un trou dans le toit d’une serre depuis un hélicoptère. Ni la constitution, ni la “ common-law ” ne semblent interdire aux médias ou à la police de faire de la surveillance quotidienne avec des drones. »

http://www.rue89.com/2012/12/29/apres-lirak-et-lafghanistan-les-drones-envahissent-le-ciel-americain-238186

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Y a-t-il un Google dans notre cerveau ?

Les résultats publiés par Alexander Huth, chercheur à l’Institut de neurosciences Helen Wills de l’université de Californie à Berkeley, et ses collègues dans la revue Neuron du 20 décembre 2012 conduisent à se poser la question: “Y a-t-il un Google dans notre cerveau ?” Un sous Google ? Un super Google ?

Comment sommes-nous capables de retrouver ou de reconnaître, souvent instantanément, un mot, une image, une notion, une action?  Difficile de ne pas penser à Internet et à la difficulté, pour un moteur de recherche, de faire de même avec le contenu de la Toile.

Une autre étude devra le déterminer, mais celle-ci montre déjà comment nous rangeons la multitude d’objets et d’actions que nous voyons dans notre matière grise. La principale découverte des chercheurs, c’est qu’il n’existe pas de zones isolées pour chaque catégorie d’images mais un “espace sémantique continu”. Pas de tiroirs donc mais un tissu, un maillage imbriqué…

1.705 catégories d’objets et d’actions

“Si l’être humain peut voir et nommer des milliers de catégories d’objets et d’actions, il est peu probable qu’une zone distincte du cerveau soit affectée à chacune de ces catégories”, précisent les chercheurs. “Un système plus efficace consiste à représenter les catégories comme des emplacements dans un espace sémantique continu, sur une cartographie couvrant toute la surface corticale.”

Pour explorer un tel espace, Alexander Huth a fait appel à l’IRM fonctionnelle afin de mesurer l’activité du cerveau pendant le visionnage des images d’un film. Il est ensuite passé au traitement informatique des données en utilisant un modèle de voxels, c’est-à-dire des volumes élémentaires (pixels en 3D).

De quoi construire une représentation de la répartition corticale de 1.705 catégories d’objets et d’actions.

Les catégories sémantiques apparaissent alors clairement. Notre cerveau associe les objets similaires par leur composition (des roues pour un vélo et une voiture) ou leur fonction (une voiture et un avion servent à se déplacer). En revanche, une porte et un oiseau ne partagent pas grand-chose et se retrouveront éloignés dans l’espace sémantique.

30.000 voxels

Alexander Huth a soumis les personnes analysées à un film de deux heures dans lequel chaque image et chaque action avaient été repérées par des étiquettes (pour un plongeon, par exemple, une étiquette pour le plongeur, une pour la piscine, une troisième pour les remous de l’eau).

L’IRMf a permis de mesurer l’activité du cerveau dans 30.000 voxels de 2x2x4 mm couvrant l’ensemble du cortex. Il “suffisait” ensuite de corréler les images du film et leurs étiquettes avec les  différents voxels activés lorsqu’elles avaient été visualisées. Le résultat est une cartographie des 30.000 voxels mis en relation avec les 1.705 catégories d’objets et d’actions.

Les techniques de représentations dans l’espace, à gauche, permettent de faire apparaître les distances entre les différentes catégories. Les différentes couleurs et leurs nuances représentent des groupes de catégories similaires: êtres humains en bleu, parties du corps en vert, animaux en jaune, véhicules en mauve…

Cartographie 3D interactive

Plus fort encore que la représentation dans l’espace qui ressemble aux cartographies en 3D des sites Internet, les chercheurs ont achevé leur travail par une projection des voxels et de leurs catégories… sur la surface corticale elle-même.

Le résultat est spectaculaire, en relief et… interactif. Grâce à une technologie de navigation encore expérimentale, WebGL, l’utilisateur peut soit cliquer sur un voxel de la surface du cortex et voir quelles sont les catégories correspondantes, soit faire l’inverse: le choix d’une catégorie montre dans quelles zones du cerveau elle est stockée.

Cette cartographie interactive est disponible ici mais tous les navigateurs ne sont pas capables de la prendre en charge. Les chercheurs conseillent Google Chrome qui, effectivement, fonctionne (version 23).

Ces travaux fondamentaux pourraient avoir des applications dans le diagnostic et le traitement de pathologies cérébrales. Mais il permettront peut-être aussi de créer des interfaces cerveau-machine plus efficaces et d’améliorer les systèmes de reconnaissance d’images encore peu développés, même sur Google…

Michel Alberganti

http://blog.slate.fr/globule-et-telescope/2012/12/28/y-a-t-il-un-google-dans-notre-cerveau/

Photo: «Planting Brain», oeuvre d’art dans un champ indonésien, le 27 décembre 2012 près de Yogyakarta. REUTERS/Dwi Oblo

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Mais que fait la police ?

Du classique Garamond au moderne Arial, de l’hideux Comic Sans au totalitaire Helvetica, il existe plus de cent mille polices de caractères. Et elles ont toutes un sens. Jacques Drillon nous explique tout.

Illustration police typographie (DR)

Illustration police typographie (DR)

Pas plus qu’on ne conçoit une pomme à consistance de framboise ou un Tino Rossi chantant baryton-basse, on ne voit un Balzac en Pléiade imprimé autrement qu’en Garamond. Imagine-t-on le nom de Walt Disney autrement qu’en Waltograph, police maison ? Il ne viendrait pas à l’esprit d’un policier de vous envoyer une convocation imprimée en Fraktur, la police «gothique» par excellence, même s’il n’a pas vécu l’occupation allemande (l’Allemagne nazie a promu le gothique«pur», jusqu’en 1941, date à laquelle cette graphie fut décrétée«judaïque»).

Une personne est associée à son écriture, et pas seulement à sa signature, tout le monde sait cela. Pour les élections, chacun y va de son petit paragraphe manuscrit (Nicolas Sarkozy n’a pas dû gagner beaucoup d’électeurs en publiant le sien). Les noms de marque (les «logos») recherchent cette association. Le M de McDonald’s, c’est peut-être du McLawsuit, mais il symbolise surtout le hamburger qui va vous dégouliner sur les chaussures. Mais pas seulement leur nom: tout ce qui tourne autour de la marque.

Chacune a sa «charte graphique», son identité visuelle. Rappelez-vous Apple, qui écrivait autrefois toute son interface dans un Chicago très approximatif. Quelle horreur c’était ! Mais c’était Apple. Et cette identification se construit très rapidement. Il n’a fallu qu’une dizaine de films pour qu’on reconnaisse entre tous les génériques de Woody Allen, et quelques années pour qu’on identifie un avion Easy Jet dont le logo, monstrueusement agrandi, sur les carlingues, est du meilleur effet en Cooper Black (qui a donné aussi son image à Kickers).

Et tout le monde sait, ou ne sait pas, qu’il faut du Catull pour avoir l’air de Google. On a démontré (tout se démontre) que si vous écrivez RATP dans le lettrage d’IBM, le lecteur pensera d’abord à IBM. De manière à être reconnu partout de la même manière, Uderzo a commandé une police pour la traduction de ses albums, les produits dérivés, les parcs: elle s’appelle Astérix, déclinée en Regularus, Boldus, Italix et Alternatix. Elle est en romain, évidemment.

Des pays entiers ont une image typographique: les Pays-bas avec Helvetica, l’Angleterre avec Gill Sans… Quant au métro parisien, il est en Parisine. Ce qui n’empêche pas le graphiste Spiekermann de dire qu’«en France, leurs caractères ressemblent à des 2CV Citroën». Surtout le Clarendon, police que le Figaro emploie dans son titre, et qui avait fourni son pseudonyme à Bernard Gavoty, la 2 CV de luxe des critiques.

Gutenberg textura: la première police
Gutenberg a créé ses premiers caractères dans les années 1440. Il a sculpté une lettre à l’envers au bout d’une tige d’acier; il a frappé ce poinçon dans un métal plus tendre, où la forme de la lettre est donc en creux et à l’endroit ; puis coulé un alliage dans la matrice ainsi obtenue, et voilà : démoulé, ce petit morceau de métal est un caractère d’imprimerie à l’envers, qui, une fois aligné avec d’autres, serrés dans un châssis, donne une page de métal, toujours à l’envers, que l’on encre, et contre laquelle on presse une feuille, sur laquelle on peut lire qu’au commencement était le verbe. On peut imprimer autant de pages que l’on veut et réutiliser les caractères. Puis, 1281 pages plus tard, au bout de deux ans, Gutenberg a eu sa première Bible, imprimée en Textura, mais il ne savait pas encore que c’en était… Ce qu’il avait cherché, c’était un caractère proche de l’écriture manuscrite, puisqu’on en était là. Aujourd’hui on peut télécharger gratuitement Textura un peu partout.
C’est d’ailleurs dans une autre Bible, à tout seigneur tout honneur, que figure la pire coquille typographique qu’on puisse imaginer, et que cite Simon Garfield dans son merveilleux livre : celle de Christopher Barker (1631), où l’on peut lire, au septième des dix commandements: «Thou shall commit adultery» («Tu commettras l’adultère»). Que pensa Mrs Barker de l’inconscient de son mari ?
Pour fondre les caractères, on a employé pendant des siècles le système de matrices et moules de Gutenberg, plus ou moins amélioré, et ce jusqu’à la composition mécanique, avec un clavier. Deux procédés concurrents se sont alors fait une guerre impitoyable : Monotype (qui composait caractère par caractère) et Linotype (qui composait ligne par ligne), comme bataillèrent l’Union Pacific et la Central Pacific pour la construction du chemin de fer transcontinental américain. C’est Monotype qui a gagné. Aujourd’hui, la firme traite avec Microsoft, Adobe, Apple. Les succès (Times new roman, Tahoma…) sont à présent planétaires, et les graphistes vendraient père et mère pour voir leurs polices figurer par défaut dans la prochaine version de Word, du Kindle ou de l’iBook. Pensons à Lucas de Groot, dont la police Calibri est installée par défaut dans Word, Outlook, Powerpoint, et Excel… Oubliées, les Olivetti à boules, et les Letraset.

Que fait la police ? Elle ajoute du sens au mot, comme la musique à l’image. A cela près qu’on peut imaginer un film sans musique, alors qu’écrire ne peut se passer d’écriture: le choix est obligatoire, on est condamné à la liberté. D’où l’importance considérable prise par les graphistes qui conçoivent les polices. Il y a les conformistes et les rebelles, les pieux et les fous, les modestes et les provocateurs. Mais comme un tagueur bombant son chiffre sur les murs de la gare, n’importe qui, grâce à Fontographer, TypeTool ou FontLab Studio, peut dessiner ses polices.

On voit partout le triste résultat de ce galvaudage démocraticoïde, qui rappelle souvent, selon le fort mot de Peter Fraterdeus, «ce qui fuit d’une couche de bébé». Mais c’est plus simple à réaliser que de faire dessiner par une voiture des caractères typographiques au sol, comme le fit Toyota.

Il y a les polices avec empattement (sérif) et sans empattement (sans sérif), c’est-à-dire dont les caractères ont ou n’ont pas de barre terminale, de petite pointe. Les grands classiques, Bodoni, Didot, Garamond, Baskerville, sont avec. L’empattement donne du sérieux, mais nuit un peu à la lisibilité. Sauf erreur, les panneaux des ophtalmos, avec le grand Z U des myopes, sont en sans sérif, Arial ou Helvetica.

On prétend que les polices ont un sexe, que Vivaldi est féminine alors que Bell Gothic est masculine. Mais voudrait-on épouser un telle femme, ou un tel homme, avec des faire-part et des menus de mariage en banales et prétentieuses anglaises ? Les polices, on les dépeint agressives ou rassurantes, amusantes ou tristes. En fait, il s’agit de mettre des mots sur des qualités esthétiques ou fonctionnelles. Mais on ne peut nier l’élégance un peu facile des capitales d’Optima (d’où les parfums, d’où les affiches de McCain), et l’air un peu égyptien de Parchment – un comble pour une écriture hiéroglyphique.

Comic Sans: la pire police
En 1994, Vincent Connare, dont le nom fera une cible facile plus tard, travaillait chez Microsoft. Pour rendre plus attrayant certain logiciels, il conçut une police, le Comic Sans, un peu BD, vaguement « manuscrite », tout à fait puérile, qui empoisonna le monde comme un nuage radioactif. Elle finit par exaspérer tous les internautes du monde, à force de figurer sur les sites « sympathiques », où l’on cherche à vous vendre agréablement des citations ou des exercices de math, où l’on vous « prend par la main ». Police par défaut d’Internet Explorer, elle n’avait même pas de fonte spécifique pour l’italique et le gras. Aujourd’hui, classée parmi les cinquante pires inventions par Time Magazine, c’est une police maudite, on ne compte plus les sites dédiés à son interdiction, sa destruction, et l’on peut même s’amuser sur Net à tirer dessus.

Chacun teste sa police, chacun la cherche ; on trouve toutes les polices que l’on veut (au musée Type Archive, en Angleterre, les caractères sont rangés dans 23000 tiroirs, mais il existe aujourd’hui plus de 100 000 polices, d’après Simon Garfield), accompagnées de leur pangramme, cette phrase rigolote qui emploie les vingt-six lettres de l’alphabet: « Bâchez la queue du wagon-taxi avec les pyjamas du fakir», ou «Mon pauvre zébu ankylosé choque deux fois ton wagon jaune». Quand on en a trouvé une, on l’emploie jusqu’à ne plus la supporter. Histoires de couples…  Et c’est un sport que de retrouver le nom d’une police qu’on a repérée – il y a des sites pour ça, avec des forums, et même une application iPhone (WhatTheFont).

Une police courante comme le Gotham qui sert tant aujourd’hui, et fut choisie par Obama pour sa campagne, coûte dans les deux ou trois cents dollars. En sorte que tout le monde la copie plus ou moins fidèlement. On aime à rappeler que le dessinateur de l’Helvetica, la police la plus employée aujourd’hui, est mort dans la misère.

Helvetica: la meilleure police
Conçu en 1957 par Max Miedinger et Eduard Hoffmann, alors que la typographie est en pleine anarchie, le caractère Helvetica connut et connaît toujours une fortune sans précédent. Il est lisible, clair, neutre. Dans l’excellent film que Gary Hustwit lui a consacré («Helvetica», 2007), un graphiste dit : «Vous pouvez dire je t’aime en Helvetica, à la rigueur en Helvetica gras si vous voulez y mettre de la fantaisie, mais vous pouvez dire je te hais, aussi bien.» On a le choix : Linotype, propriétaire, la décline en 51 polices différentes. C’est un caractère parfait : «On ne peut plus l’améliorer !» On l’emploie partout, du métro new-yorkais à la signalétique hollandaise, des formulaires officiels (poste, fisc, justice) aux intertitres des films de Godard, et il a servi à des douzaines de logos (Toyota, Agfa, Orange, Tupperware, Knoll, Nestlé, United States, SAAB…). «C’est exactement ce que les graphistes attendaient. Le Helvetica est efficace, propre, il permet, interdit, sans jamais effrayer.» Faites, ne faites pas. Et pour dire vite: achetez. Pas étonnant qu’Apple en ait fait si grand usage (mais son logo est en Myriad). «On l’a dans le sang», dit un graphiste hollandais : c’est le caractère moderne, celui des catalogues d’art contemporain, des affiches, des annuaires de téléphone, des timbres. Sous sa forme Arial, il a envahi le monde informatique, Internet. C’est l’ultimate type. Le caractère mondialisé. «Le Helvetica est suisse, dit un de ses détracteurs. C’est net, et toutes les lettres se ressemblent. Ce ne sont pas des hommes, c’est une armée.» (Sa rivale Univers, est suisse aussi.) On le dit même «fascisant», obligatoire, totalitaire. «On ne lui échappe pas.» Un graphiste américain a tenté de passer une journée entière, du lever au coucher, sans avoir à employer Helvetica ; il n’a pu ni manger, ni boire, ni prendre l’autobus, le taxi, le métro, ni fumer, ni téléphoner, ni même simplement s’habiller… Linotype, propriétaire de cette fonte, a même conçu des alphabets non romains sur ce modèle : cyrillique, grec, thaï… «Le Helvetica, c’est la fin de l’Histoire.»

L’exemple le plus frappant est justement la troublante similitude du fameux Arial de Microsoft, et du Helvetica d’origine. Il existe même une vidéo amusante qui montre la bataille des deux clans («Font fight», sur YouTube). Bien sûr, elles sont protégées (Hermann Zapf, l’inventeur des fameux «dingbats», est le Beaumarchais des auteurs de polices), mais elles s’échangent sous le manteau, ou se copient honteusement, sur le manteau…

L’amusant, on s’en souvient, fut que l’instance de lutte contre le piratage, Hadopi, a piraté les polices Bliss et Bienvenue, juste avant de se faire démasquer et d’acheter les licences rapido.

Jacques Drillon

http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20120510.OBS5323/mais-que-fait-la-police.html

Sales Caractères. Petite histoire de la typographie
par Simon Garfield
Seuil
344 p., 25,40 euros.

100 Idées qui ont transformé le graphisme
par Steven Heller et Véronique Vienne
traduit par Paul Lepic
Seuil
216 p., 29,40 euros.

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Les changements climatiques ont stimulé l’évolution du genre Homo

Et si les changements climatiques du passé avaient joué un rôle important dans l’évolution de nos ancêtres au cours des deux derniers millions d”années ? Telle est la thèse soutenue par trois chercheurs, Katerine Freeman, professeur de géoscience et Clayton Magill, docteur en géosciences, à l’université de Pennsylvanie et Gail Ashley, professeur de sciences de la Terre à l’université Rutgers. Dans un article publié le 24 décembre 2012 dans la revue PNAS, ils suggèrent qu’une succession de rapides changements environnementaux auraient dirigé l’évolution humaine à cette époque.

Dans les sédiments d’un ancien lac

Les chercheurs ont étudié la matière organique préservée par les sédiments d’un ancien lac dans les gorges d’Olduvai, sur le versant ouest de la vallée du Rift, au nord de la Tanzanie. Ce lieu qui fait l’objet de recherches depuis 1931, est parfois considéré comme le berceau de l’humanité, en raison des nombreux témoignages de la présence de groupes humains préhistoriques dans cette région.

5 ou 6 changements d’environnement en 200 000 ans

“Le paysage dans lesquels les premiers hommes vivaient ont basculé rapidement de la forêt fermée à la prairie ouverte de 5 à 6 fois au cours d’une période de 200 000 ans”, indique Clayton Magill.  “Ces changements se sont produits de façon très brusque avec des transitions ne durant que quelques centaines ou quelques milliers d’années”, précise-t-il. Pour Katherine Freeman, la principale hypothèse suggère que les changements provoqués chez l’homme par l’évolution pendant ces périodes sont liés à cette modification constante de leur environnement et a un important changement climatique.“Alors que certains pensent que l’Afrique a subi un ”grand assèchement” progressif et lent pendant 3 millions d”années, les données que nous avons recueillies montrent une absence de progression vers la sécheresse et, au contraire, un environnement extrêmement variable”, déclare-t-elle. Des périodes humides longues auraient alterné avec des périodes plus sèches.

La vie est plus difficile dans les périodes de changement que dans celles de stabilité. Clayton Magill note que de nombreux anthropologues considèrent que ces modifications de l’environnement pourraient avoir déclenché des développements cognitifs. Le bon sens conduit à la même conclusion. Soumis à des situations nouvelles, toutes les espèces vivantes doivent relever le défi : s’adapter ou disparaître. L’homme étant toujours là, il n’est pas incongru de penser… qu’il s’est adapté.

Plusieurs passages de la forêt à la prairie

“Les premiers humains ont dû passer d’une situation où ils ne disposaient que d’arbres à une autre où ils n’avaient plus que de l’herbe en seulement 10 à 100 générations et ils ont donc été conduit à modifier leur régime en conséquence”, indique Clayton Magill. Changement de nourriture disponible, changement de type de nourriture à manger, changement de façon d’obtenir la nourriture, autant de puissants déclencheurs de l’évolution. Seuls les plus malins, comme d’habitude, ont survécu. Sans doute grâce à un cerveau plus gros et, donc, à des capacités cognitives supérieures, ainsi que des modes de locomotion nouveaux et des organisations sociales différentes.“Nos données sont cohérentes avec ces hypothèses. Nous montrons que les variations rapides de l’environnement coïncident avec une période importante de l’évolution humaine lorsque le genre Homo est apparu pour la première fois avec les premières preuves de l’usage d’outils”, explique le chercheur.

Pour parvenir à ces conclusions, l’équipe de scientifiques a analysé la matière organique, les microbes et les autres organismes piégés dans les sédiments depuis 2 millions d’années dans les gorges d’Olduvai. En particulier, ils se sont intéressés à certains biomarqueurs, des molécules fossiles provenant du revêtement en cire des feuilles qui survit particulièrement bien dans les sédiments. Ensuite, la chromatographie gazeuse et la spectrométrie de masse leur ont permis de mesurer l’abondance relative des types de cires liés à différents isotopes du carbone. Ils ont ainsi pu détecter les transitions entre les environnement riches en arbres et ceux où seule l’herbe subsistait.

Sur une période de deux millions d’années, de nombreux facteurs interviennent. Comme l’évolution de l’orbite de la Terre qui influence les régimes de mousson en Afrique ou les durées d’ensoleillement qui agissent sur la circulation atmosphérique et l’apport en eau. Autant que paramètres dont les chercheurs ont dû tenir compte dans leurs modèles mathématiques.

Cela nous rappelle quelque chose…

Un tel travail nous ramène forcément à la situation que nous sommes en train de vivre aujourd’hui même. Nous aussi sommes confrontés à un changement climatique rapide. De nombreuses espèces vivantes en font et en feront les frais, faute de capacités d’adaptation suffisantes. Et l’homme ? Le réchauffement climatique actuel est le premier dont l’humanité a conscience pendant qu’il se produit. Pour la première fois, l’homme a même la sensation de pouvoir agir sur ce phénomène auquel son activité sur Terre contribue. Mais cela changera-t-il quelque chose ? Pourrons-nous prolonger la période climatique stable qui a prévalu sur la planète pendant la révolution industrielle ? Ou bien faut-il nous préparer à évoluer pour nous adapter ?

http://blog.slate.fr/globule-et-telescope/2012/12/26/les-changements-climatiques-ont-stimule-levolution-humaine/

Michel Alberganti

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La barbe ne fait pas le philosophe… les habits de contes de fées, si !

Par Sophie Chassat

Des bottes de sept lieues, une peau d’âne, une robe de bal faite d’or, d’argent et de pierres précieuses, d’autres toilettes couleur du temps, de la lune ou du soleil, une ceinture qui fait frémir quiconque la voit : dans les contes de fées, les vêtements sont, pour le protagoniste, d’une importance capitale. Quand il les revêt, il échappe à bien des dangers et devient héros ou héroïne, prince ou princesse, heureux ou heureuse. En suivant l’hypothèse de Bruno Bettelheim(1903-1990) selon laquelle il y a une « utilité de l’enchantement », demandons-nous ce que ces habits nous disent et nous apprennent sur nous-mêmes et sur le sens de la vie…

 

« UTILITÉ DE L’ENCHANTEMENT »

D’après l’auteur de Psychanalyse des contes de fées (ouvrage dont le titre anglais original est : The Uses of Enchantement), les contes ne livrent pas uniquement le plaisir d’une belle histoire, mais aussi une leçon sur le sens de l’existence : malgré les épreuves qu’elle peut réserver (difficultés objectives ou mal-être intérieur), la vie est belle, le merveilleux peut advenir au sein du quotidien et tout est toujours bien qui finit bien.

Le message est simple : « La lutte contre les graves difficultés de la vie est inévitable et fait partie intégrante de l’existence humaine, mais, si au lieu de se dérober, on affronte fermement les épreuves inattendues et souvent injustes, on vient à bout de tous les obstacles et on finit par remporter la victoire », écrit ce psychiatre et psychanalyste américain d’origine autrichienne, qui a connu l’épreuve des camps de concentration nazis.

Dans les contes, cette « victoire » se conquiert souvent à l’aide d’objets magiques ou grâce à des personnes rencontrées par un « heureux hasard ». Les vêtements sont également de précieux adjuvants de cette quête du sens : leur rôle symbolique n’est cependant pas relevé ni thématisé comme tel par Bettelheim. Tentons un petit passage en revue de leurs différents apports. Pour le plaisir – en cette période de fêtes de fin d’année – de relire quelques histoires utilement enchanteresses…

Catherine Deneuve dans Peau d'âne, film de Jacques Demy (1970)

LE VÊTEMENT PROTECTEUR

Le vêtement a d’abord une vertu protectrice, il est une enveloppe rassurante. Ainsi la peau d’âne éponyme du conte de Perrault permet-elle à la jeune princesse d’échapper aux désirs fous et incestueux de son père. Pouvoir se cacher – et aussi se montrer, la cassette pleine de beaux habits qui suit Peau d’âne le rappelle – quand bon nous semble, voilà ce que permettent en premier lieu les vêtements.

[C’est la marraine de Peau d’âne qui parle] :

« – Que faites-vous, ma fille ?, dit-elle voyant la princesse déchirant ses cheveux et meurtrissant ses belles joues ; voici le moment le plus heureux de votre vie. Enveloppez-vous de cette peau, sortez de ce palais, et allez tant que terre vous pourra porter : lorsqu’on sacrifie tout à la vertu, les dieux savent en récompenser. Allez, j’aurais soin que votre toilette vous suive partout : en quelque lieu que vous vous arrêtiez, votre cassette où sont vos habits et vos bijoux suivra vos pas sous terre (…). » (Peau d’âne, Charles Perrault)

Cendrillon transfigurée, version Walt Disney (1950)

TRANSFIGURER ET PERMETTRE LA RECONNAISSANCE

Elle a de « méchants habits » et dort dans la cendre – ce qui n’arrange pas l’état de ses nippes. Mais, comme Peau d’âne, Cendrillon a une marraine bienveillante qui, d’un coup de baguette magique, la revêt d’une robe sublime. L’habit la transfigure, mais la révèle aussi, permettant sa reconnaissance par les autres qui la « voient »enfin.

« La fée dit alors à Cendrillon :
– Hé bien, voilà de quoi aller au bal, n’es-tu pas bien aise ?
– Oui, mais est-ce que j’irai comme cela avec mes vilains habits ?
Sa marraine ne fit que la toucher avec sa baguette, et en même temps ses habits furent changés en des habits de draps d’or et d’argent tout chamarrés de pierreries ; elle lui donna ensuite une paire de pantoufles de verre, les plus jolies du monde. (…) Le fils du roi qu’on alla avertir qu’il venait d’arriver une grande princesse qu’on ne connaissait point, courut la recevoir ; il lui donna la main à la descente du carrosse, et la mena dans la salle où était la compagnie : il se fit alors un grand silence ; on cessa de danser, et les violons ne jouèrent plus, tant on était attentif à contempler les grandes beautés de cette inconnue. On n’entendait plus qu’un bruit confus : ‘Ha, qu’elle est belle !’ »
(Cendrillon ou la Petite Pantoufle de verre, Charles Perrault)

Le Petit Poucet dérobe les bottes de sept lieues à l'ogre endormi

MAGIQUE ET PERFORMATIF

Il y a évidemment les vêtements véritablement magiques, appelés parfois dans les contes « vêtements fées » – ainsi les bottes de sept lieues que le Petit Poucet dérobe à l’ogre endormi. Les plus intéressants sont cependant les habits qui, sans avoir de pouvoir magique intrinsèque, produisent pourtant le même effet que s’ils en avaient un. On peut, pour cette raison, les appeler « performatifs » : ils ne servent pas qu’à se vêtir, ils produisent un effet, fonctionnent comme une action (est performatif, un énoncé, un geste ou un objet qui, en plus de sa fonction habituelle, fait quelque chose).

Telle est la ceinture que le Vaillant Petit Tailleur se fabrique au début du récit et sur laquelle il brode cette formule « Sept d’un coup », après avoir tué sept… mouches ! Dès lors, tous ceux qui lisent cette formule sur la ceinture qu’il arbore fièrement pensent avoir affaire à un terrible guerrier capable de tuer d’un coup sept… hommes, monstres, géants – qui sait quoi de plus terrible encore ? De l’esbroufe, dites-vous ? Pas du tout, car, au court de l’histoire, le Petit Tailleur devient ce que la ceinture promettait, à savoir « vaillant », tuant moult géants et bêtes féroces. L’habit renforce l’estime de soi et amène à se dépasser. Alors, la morale des contes de fées est-elle que les habits ne nous apportent que du bon ?

« Et en grande hâte, le petit tailleur se coupa une ceinture, la cousit et y broda en grandes lettres : ‘Sept d’un coup !’ (…) La tailleur se noua la ceinture autour du corps et décida d’aller courir le vaste monde, parce qu’il pensait que son atelier était trop petit pour sa bravoure. (…) Pendant qu’il dormait, des gens arrivèrent, le regardèrent sur toutes les faces et lurent sur sa ceinture : ‘Sept d’un coup !’ – ‘Ah, dirent-ils, que vient faire ici ce grand guerrier, en pleine paix ? Ce doit être un puissant seigneur.’
Ils allèrent rapporter la chose au roi et lui dirent qu’au cas où la guerre éclaterait, ce serait là un personnage important et utile qu’il ne fallait laisser partir à aucun prix. »
 (Le Vaillant Petit Tailleur, les frères Grimm)

LA MISE À NU DE LA LOGIQUE DU VÊTEMENT

Non, car la passion de l’habit poussée à outrance supprime tous les apports bénéfiques du vêtement et le fait dès lors littéralement disparaître… Leçon du si profond conte d’Andersen, Les Habits neufs de l’empereur« Il y a bien des années vivait un empereur qui aimait tant les beaux habits neufs qu’il dépensait tout son argent pour être bien habillé. » Deux escrocs passent par là, promettent aufashionisto royal l’habit le plus précieux du monde, à l’étoffe si subtile que les imbéciles et les incompétents ne peuvent pas la percevoir. Evidemment, les deux compères cousent dans le vent et personne n’ose dire au roi que l’habit qu’il vient de revêtir n’existe pas ! Sauf un enfant qui s’écrie que le roi, fashion victim avant l’heure, est… nu ! Nudité qui met à nu la logique du vêtement, laquelle dégénère dès que celui-ci n’est plus désiré que pour lui-même, et pas comme moyen pour autre chose…

« Puis l’empereur défila sous son dais magnifique, et tout le monde, dans la rue et aux fenêtres, disait :
– Mon Dieu, comme les habits neufs de l’empereur sont extraordinaires ! Comme la traîne en est ravissante ! Comme elle est du plus bel effet ! Nul ne voulait laisser paraître qu’il ne voyait rien, sinon c’était le signe qu’il exerçait mal son emploi ou qu’il était stupide. Jamais les habits de l’empereur n’avaient connu un tel succès.
– Mais il est tout nu ! dit un petit enfant. »
 (Les Habits Neufs de l’empereur, Andersen)

 

http://www.lemonde.fr/style/article/2012/12/25/la-barbe-ne-fait-pas-le-philosophe-les-habits-de-contes-de-fees-si_1810172_1575563.html?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter#xtor=RSS-3208001

 

Sophie Chassat

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Si je perds, je meurs : à quoi jouaient nos ancêtres ?

Lucile Sourdès | Journaliste Rue89

Dans l’Antiquité et au Moyen Age, jeux de hasard et paris d’argent sont théoriquement interdits. Si nos ancêtres bravent la loi, ça n’est pas seulement pour se distraire : le plateau de jeu est un champ de bataille miniature. Si je perds, je meurs.

Isabelle Bardiès-Fronty, l’une des commissaires de l’exposition « Art du jeu, jeu dans l’art », au musée du Moyen Age de Cluny, raconte qu’à l’époque, riches ou pauvres, tout le monde joue. Les jeux de parcours et de hasard (de leurs origines, 3000 avant J.-C. jusqu’en 1500, fin du Moyen Age) sont « comme une allégorie du monde », pense-t-elle :

« Dès l’origine, on a considéré qu’une partie pouvait avoir une dimension divinatoire, mais qu’une partie pouvait aussi engager sa vie au sens propre du terme : si je perds, je meurs. Il y a cette ambivalence dans la pratique du jeu : les moments de loisirs peuvent être occupés par le jeu, mais on ne joue pas seulement pour passer le temps.

Ces personnages qui occupent parfois les pions de trictrac et qui constituent le jeux d’échecs – le roi, la reine, ses conseillers, ses chevaliers et les pions – sont une transposition de l’univers. Le plateau devient un champ de bataille miniature. C’est comme si, par le biais de la partie, non seulement on oubliait la guerre, mais on la jouait différemment. »

Le hasard et la pensée chrétienne

Au Moyen Age, les jeux d’argent et de hasard sont interdits car on condamne la « colère » que peut provoquer le jeu, – une colère vue comme un « égarement de notre humanité » selon Isabelle Bardès-Fronty.

La religion interdit également la dimension hasardeuse du jeu :

« Dans la pensée chrétienne, il y a une forme de refus du hasard. L’acceptation que le hasard peut avoir prise sur notre destin n’est pas synchrone avec l’idée d’un destin qui appartient à Dieu. »

Les jeux étaient certes différents de ceux d’aujourd’hui, mais le but était le même :

« Les principes des jeux sont universels : il s’agit en gros de se poursuivre ou de s’affronter et, parfois, de conjuguer les deux. »

Si les règles des jeux du Moyen Age sont relativement bien connues grâce aux écrits, c’est plus compliqué pour les jeux plus anciens, reconnaît la commissaire de l’expo :

« Il y a, dans le monde égyptien et oriental, des jeux très anciens qui sont connus dans leurs règles sur des principes plutôt que dans des règles très très strictes. »

Tour de table des jeux qui amusaient nos ancêtres, à travers certaines des pièces exposées au musée de Cluny.

Le jeu du serpent

Plateau de mehen, Egypte, 3100-2700 avant J.-C. (Londres, The British Museum)

Où et quand y jouait-on ?

Le jeu du serpent, aussi appelé « mehen », est d’origine égyptienne. Il y est né au IVe millénaire avant J.-C., disparaît du pays vers 2200-2000 avant J.-C., mais survit quelque temps au Levant et à Chypre.

Comment y jouait-on ?

C’est un jeu de course-poursuite dans un parcours lové comme un serpent, qui ressemble beaucoup au jeu de l’oie.

Isabelle Bardiès-Fronty :

« Les Egyptiens pensaient que le serpent était le symbole de la résurrection. Le joueur de mehen met donc quelque chose de très fort symboliquement dans sa partie.

Comment y jouait-on ? On ne sait pas précisément, mais on sait qu’on a des petites billes, des pions pour les scores, et on a la forme des dés de l’époque, des bâtons de lancer qui sont des ancêtres du dé numérique. On a deux joueurs ou deux groupes de joueurs. »

Le jeu du chien et du chacal

Jeu du chien et du chacal, Egypte, vers 1814-1805 avant J.-C. (New York, The Metropolitan Museum of Art)

Où et quand y jouait-on ?

Le jeu de 58 trous, aussi appelé jeu du chien et du chacal (à cause de l’allure des pions), apparaît en Egypte à la fin du IIIe millénaire. Il a beaucoup de succès dans le Moyen et Nouvel Empire puis disparaît, mais au Proche-Orient, en Mésopotamie et en Iran, on continue à y jouer pendant un moment.

Comment y jouait-on ?

Chaque joueur a des pions (chien ou chacal). Sur le plateau de jeu :

  • deux rangées centrales de dix ou onze trous ;
  • deux rangées extérieures de dix-huit ou dix-neuf trous.

Au centre, un trou un peu plus gros que les autres : c’est le point d’arrivée que les joueurs doivent atteindre en premier, après avoir progressé sur deux parcours distincts selon le hasard des dés. Entre certains trous, des lignes permettent des raccourcis ou des retours en arrière.

Ça vous fait penser à quelque chose ? Normal, comme l’explique Isabelle Bardiès-Fronty :

« C’est un jeu qui pourrait avoir comme transposition actuelle le jeu des petits chevaux, à cause de l’allure des pions et parce que c’est le principe de la course-poursuite de pion en pion. »

Le senet

 Jeu de senet, Egypte, vers 1390-1353 avant J.-C. (New York, Brooklyn Museum)

Où et quand y jouait-on ?

Le senet (« passage ») est le roi des jeux égyptiens, il est aussi pratiqué en Orient. On y joue à partir de la période pré-dynastique jusqu’à la période romaine.

Comment y jouait-on ?

« Trente cases (trois rangées de dix cases), avec une course sur l’échelle, à nouveaux les dés qui sont à l’action, une course-poursuite et des cases dont certaines sont sans doute plus bénéfiques », explique la commissaire de l’exposition.

Les pions ont la forme de poulies et de cylindres, et prenaient parfois des formes animales et humaines.

A partir du Nouvel Empire (1500 à 1000 avant J.-C.), le jeu revêt une dimension religieuse : la victoire permet d’accéder à l’au-delà.

Le jeu des douze signes

Où et quand y jouait-on ?

Le jeu des douze signes était très prisé sous l’Empire romain, où l’on jouait beaucoup aux jeux de ligne, portatifs ou tracés à même le sol.

Comment y jouait-on ?

On ne peut qu’imaginer les règles du jeu des douze signes en s’inspirant de celles du trictrac, son lointain descendant. Des mots sont tracés à même le sol ou sur une plaque portative. Souvent, les lettres composent des petites maximes.

On lance le dé, et les pions doivent faire un parcours en allant d’une lettre à l’autre. Lorsqu’un pion adverse occupe une case, il peut en être chassé ; quand il y en a deux, l’accès est interdit. Isabelle Bardiès-Fronty indique :

« Vous êtes à la tête de douze pions, qui sont de deux couleurs. L’idée, c’est qu’il va falloir revenir à la maison en parcourant tout le plateau. Il y a toute une stratégie qui se met en place mais dont le premier rythme est le hasard. »

La mérelle

Où et quand y jouait-on ?

Dessin d’un jeu de mérelles extrait du « Livre des jeux » d’Alphonse X le Sage, vers 1270 (non exposé au musée de Cluny)(Wikimedia Commons/CC)

Le jeu (et ses règles) date de l’Antiquité, mais devient très populaire à partir du XIVe siècle. On en a trouvé des traces sur les murs et sols d’églises, abbayes et châteaux.

Comment y jouait-on ?

C’est le jeu du morpion (ou tic-tac-toe) auquel on jouait quand on s’ennuyait à l’école : il s’agit d’aligner (horizontalement, verticalement ou diagonalement) trois pions.

Le trictrac

Couple assis jouant au trictrac, Albert Dürer, Nuremberg, 1492-1493 (Paris, BNF/Département des estampes)

Où et quand y jouait-on ?

Le trictrac (ou jeu des tables) est l’héritier d’un jeu antique, mais était très prisé au Moyen Age. « Il est joué dans les couches sociales les plus élevées, mais aussi dans les tavernes. C’est un jeu qui a été assez fortement connoté – par exemple, c’est le jeu des prostitués », explique la commissaire Isabelle Bardiès-Fronty.

Comment y jouait-on ?

Plateau de jeu de tric-trac, 1567, Léonard Limousin (non exposé au musée de Cluny)(Musée du Louvre/Wikimedia Commons/CC)

« On se court après avec des pions qui vont le long des flèches. »

Si vous savez jouer au backgammon, vous savez jouer au trictrac :

« Le trictrac médiéval est littéralement ce qu’on appelle aujourd’hui en France le jacquet, mais qui est plus souvent dit “backgammon” parce qu’il a beaucoup de succès dans le monde anglo-saxon. C’est un jeu rapide, simple à comprendre. »

Les échecs

Plateau biface pour échecs et trictrac, fin du XVe siècle (Florence, Museo nazionale del Bargello)

Où et quand y jouait-on ?

Au Moyen Age, c’est le roi des jeux. Isabelle Bardiès-Fronty :

« Contrairement au trictrac et à la mérelle, il n’est pas un héritier direct de l’Antiquité classique, il est au contraire une arrivée au Moyen Age d’un jeu asiatique, indien. Il apparaît en Inde au Ve siècle mais arrive en Europe occidentale un peu avant l’an 1000 par le jeu très important de circulation des savoirs qu’ont joué les Arabes. »

Comment y jouait-on ?

Huit pièces d’échecs de l’île de Lewis, Scandinavie, milieu du XIIe siècle (Londres, British Museum)

A l’origine, on jouait à quatre aux échecs, puis à deux. Pendant un moment, les pions avancent selon le hasard : les dés sont à l’œuvre.

Les pièces vont évoluer, jusqu’à devenir une bataille entre deux cours royales :

« L’art arabe n’étant pas figuratif, les pièces de jeu sont très simples au début. Puis on va peu à peu historier les représentants des pions d’échec : le roi, la reine, etc. »

A l’époque, les pièces ont une valeur plus faible qu’aujourd’hui : le jeu est lent. A partir de la deuxième moitié du XVe siècle, la reine, le fou et le pion prennent davantage de valeur, le jeu s’accélère.

Les cartes

Cartes provenant d’un jeu de 52 cartes, Pays-Bas du Sud, 1470-1480 (New York, The Metropolitan Museum of Art/The Cloisters)

Où et quand y jouait-on ?

C’est le dernier arrivé en Europe : on y joue à partir du XIVe siècle.

Comment y jouait-on ?

Les règles des jeux de cartes sont très mal connues, mais le hasard semble présider pendant longtemps. Le principe de la levée apparaît ensuite, introduisant une part de tactique.

Les formes des cartes sont différentes (rectangulaires, carrées ou rondes) mais, dès l’origine, les cartes sont constituées de quatre couleurs ou enseignes :

  • coupes, épées, bâtons et deniers (monde latin) ;
  • glands, grelots, feuilles, cœurs (monde germanique) ;
  • pique, carreau, cœur, trèfle (en France à partir du XVe siècle, dit « jeu de Lyon »).

Isabelle Bardiès-Fronty :

« Le jeu qu’on connaît tous aujourd’hui est le jeu de Lyon, parce que c’est celui qu’ont adopté au XIXe siècle les joueurs de bridge, qui ont conféré une dimension très universelle à ces couleurs. »

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