Archives mensuelles : novembre 2012

Les poilus, héros ou victimes ?

JEAN-DOMINIQUE MERCHET – MARIANNE

(http://www.marianne.net/Les-poilus-heros-ou-victimes%C2%A0_a224351.html)

Deux écoles s’affrontent sur les soldats de la Grande Guerre. Pour l’une, ils agirent sous la contrainte ; pour l’autre, par patriotisme.


E.R.L./SIPA

E.R.L./SIPA
Pendant les quatre années de la Première Guerre mondiale, 915 soldats français sont morts chaque jour, et ce chiffre vertigineux ne représente que 15 % de l’ensemble des militaires de toute nationalité tués dans ce conflit. La faute à qui ?Alors que la France se prépare à célébrer le centenaire du début de la Grande Guerre, en 2014, la question se pose toujours, mais en des termes sans cesse renouvelés, comme s’il fallait désigner un coupable pour expliquer cette tragédie européenne. On est ainsi passé de la recherche de responsable unique (le bellicisme allemand, «l’impérialisme, stade suprême du capitalisme», l’échec des Etats-nations ?) à des questionnements sur le rôle des généraux et des politiques, vite transformés en bataille idéologique…Depuis une quinzaine d’années, les principales polémiques concernent les fusillés et les mutineries au sein de l’armée française, notamment en 1917. L’affaire éclate en 1998, lorsque le Premier ministre Lionel Jospin demande que les mutins soient «réintégrés pleinement dans notre mémoire nationale». La droite s’emporte alors, mais finit, quelques années plus tard, par lui donner raison avec Nicolas Sarkozy, qui déclara le 11 novembre 2011 dans une indifférence quasi générale que «tous furent des héros, […] même ceux qui refusèrent un jour d’avancer parce qu’ils n’en pouvaient plus». Le 11 novembre 2012, le sous-lieutenant Chapelant, fusillé le 11 octobre 1914, non pour mutinerie mais pour rédition, s’est vu attribuer la mention «mort pour la France» par le ministre des Anciens Combattants, Kader Arif.

TENIR DANS L’ENFER DES TRANCHÉES

Depuis les années 20, cette question avait été une sorte de «marqueur identitaire» pour la partie de la gauche qui gardait la nostalgie des mutins de la révolution russe de 1917 et en voyait les prodromes français dans ceux du Chemin des Dames. On entonnait la Chanson de Craonne, après le Temps des cerises et Gloire au 17e… Cette gauche en excluait une autre – celle qui, justement, gouverna la France pendant la Grande Guerre. Alors qu’en 1998 il lui proposait de célébrer Clemenceau, le secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants Jean-Pierre Masseret (PS) s’attira cette réplique sans appel de Lionel Jospin : «Je ne suis pas clémenciste, je suis jaurésien !»Ces polémiques d’hier ont finalement cédé le pas devant les progrès de la connaissance historique. Ainsi, sur la question des fusillés, le général André Bach, ancien chef du service historique de l’armée de terre, a établi «avec une marge d’erreur de 10 %» que 550 militaires avaient été exécutés pour désobeissance, la plupart d’entre eux au début de la guerre et non en 1917. Quant aux mutineries, le jeune historien André Loez (14-18 : les Refus de la guerre, Folio Histoire, 2010) en montre à la fois toute l’ampleur et les limites. Ainsi, elles ne sont pas déclenchées pendant l’hécatombe de l’offensive d’avril 1917, mais à la suite de l’échec de cette opération – la perspective de la victoire s’éloignant une nouvelle fois.Au plan académique, les querelles tournent aujourd’hui autour de la question de savoir pourquoi les poilus ont-ils tenu dans l’enfer des tranchées. Deux écoles s’affrontent, avec talent et violence. D’un côté, des historiens (Nicolas Offenstadt, Rémy Cazals…) jugent que les soldats agirent sous la contrainte de la discipline militaire, voire sous l’emprise de l’alcool. En face, d’autres chercheurs (Annette Becker, Stéphane Audoin-Rouzeau…) privilégient le consentement, l’adhésion à la République et à la patrie. Selon la réponse, les poilus sont soit des victimes, soit des héros. Dans un cas, la porte est ouverte à la repentance collective, dans l’autre, à la célébration. On n’en finit pas…

*Article publié dans le numéro 813 du magazine Marianne paru le 17 novembre 2012.
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Daniel Pennac fête les 40 ans de Gallimard Jeunesse

(http://www.liberation.fr/livres/2012/11/29/daniel-pennac-fete-les-40-ans-de-gallimard-jeunesse_863961?utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter)

Les «Dix droits du lecteur», Daniel Pennac, Gérard Lo Monaco.

Les «Dix droits du lecteur», Daniel Pennac, Gérard Lo Monaco. (Photo Gallimard Jeunesse)

Le célèbre essai de Pennac, «Comme un roman», sort en version animée par Gérard Le Monaco, pour célébrer les quatre décennies de la maison d’édition.

Par D. PO.

«Le verbe lire ne supporte pas l’impératif», écrivait Daniel Pennac (né en 1944) dans Comme un roman paru en 1992. Pour les 40 ans des éditions Gallimard Jeunesse, le livre est réactualisé et enrichi par son auteur, et animé par le designer papier, Gérard Lo Monaco (né en 1948).

Ce livre pop-up décline les Dix droits du lecteur développés dans ce célèbre essai de Pennac, qui désacralisait la lecture et remettait en cause la manière de l’appréhender: le droit de ne pas lire, le droit de sauter des pages, le droit de lire n’importe quoi…

«Ne vous moquez jamais de ceux qui ne lisent pas, si vous voulez qu’ils lisent un jour !»

Les dix scènes joyeuses et colorées qui accompagnent le texte symbolisent les grandes références de la littérature d’aventure, thème cette année du Salon Jeunesse de Montreuil : de Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne, à Robinson Crusoé de Daniel Defoe, en passant par Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas ou encore Le Livre de la jungle de Rudyard Kipling.

Gérard Lo Monaco, ingénieur papier, marionnettiste, graphiste, décorateur de théâtre, a déjà réalisé des versions pop-up du Petit Princeet du prince de Motordu

Daniel Pennac publie en 1985 Au bonheur des ogres, premier volume de sa saga, la tribu Malaussène. L’ancien professeur de français et prix Renaudot 2007 pour son roman autobiographique, Chagrin d’école, est aussi l’auteur de nombreux ouvrages pour enfants.

Le catalogue de l’heureux éditeur de Harry Potter compte aujourd’hui 3 500 titres. Il vient de créer une nouvelle collection, Bibliothèque Gallimard Jeunesse qui reprend des «classiques modernes» de la littérature jeunesse, du petit sorcier de J.K. Rowling au Petit Prince de Saint-Exupéry en passant par La Sorcière de la rue Mouffetard de Pierre Gripari, préfacés par des écrivains de renom comme Anna Gavalda ou Marie Desplechin.

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Comment les smartphones et les appareils photos changent les cérémonies de mariage

(http://www.slate.fr/lien/65519/mariages-invites-smartphones)

Imaginez que vous vous mariez aujourd’hui. C’est le grand jour, la musique résonne, vous avancez vers votre promis (ou vous attendez votre promise) et là, à la place des visages de vos amis et votre famille tentant de ne pas pleurer, vous ne voyez qu’une série de smartphones et d’appareils photos braqués sur vous.

CNET.com note que le fait de vouloir prendre une photo du couple n’est pas en soi nouveau, mais que les invités shootent désormais les mariages de façon beaucoup plus intense, et partage le tout en temps réel sur les réseaux sociaux. Ce qui, de façon peu surprenante, ne plaît pas du tout aux photographes et vidéographes officiels de mariage, ceux qui sont payés par les mariés pour immortaliser leur fête. Geoff Schatzel, directeur d’une entreprise de photo/vidéos de mariage, raconte ainsi:

«Je remarque davantage ces invités, puisqu’ils ont tendance à interférer sans s’en rendre compte, vu qu’ils n’ont jamais photographié un mariage ou travaillé avec d’autres professionnels. Quand il y a déjà deux vidéastes et deux photographes à un mariage, ajouter une cinquième personne qui tente de prendre des photos peut rendre difficile le travail de ceux qui ont été engagés pour ça.»

De là est née une nouvelle tendance –en Australie en tout cas–, d’après CNET: les «mariages unplugged», où les mariés demandent à leurs invités de ne pas dégainer leurs smartphones, et de ne pas tweeter/ facebooker / instagrammer l’évènement en direct. Une future mariée demandait par exemple conseil sur un forum il y a quelques mois quant à la façon de demander poliment à ses invités de ne pas prendre de photos et/ou de ne pas les poster sur Facebook en direct.

Tous les couples ne sont pas aussi anti-liveblog de leur mariage. L’application «Wedding Party» permet ainsi de collecter toutes les photos prises par les invités d’un mariage au même endroit, que Gizmodo apprécie entre autres parce que «même un pro ne peut pas capturer tous les moments» d’un mariage.

Dans un autre style, la photographe professionnelle californienne Kim A. Thomas a par exemple eu comme consigne en septembre dephotographier un mariage uniquement via un iPhone, et d’éditer le tout sur Instagram. Elle a tout de même utilisé tout un arsenal d’accessoires pour améliorer les possibilités de son iPhone.

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Ce que les hipsters lisent

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Par Charlotte Pudlowski | publié le 28/11/2012 à 12h27, mis à jour le 28/11/2012 à 12h32

(http://www.slate.fr/culture/65471/hipsters-lectures)

En gros, si vous n’avez pas lu Infinite Jest, vous n’êtes pas un hipster. Pour les Français, c’est un peu comme rajouter une condition inhérente au hipster: il doit être bilingue, car ce roman de David Foster Wallace n’est pas (encore) traduit en France.

Good Reads a établi un logigramme (oui, le mot flow chart est traduisible) des lectures de hipsters.

Une fois que vous avez lu Infinite Jest, qui parle de tennis, de dépression et du Québec, vous avez votre passeport vers l’hipsteritude, et vous pouvez lire notamment Embassytown, roman de science-fiction du Britannique China Miéville ou 2666 roman posthume du Chilien Roberto Bolaño.

Good Reads conseille aussi A la Recherche du Temps perdu de Proust, mais je ne crois pas que Proust puisse être hipster en France. Trop connu. Même sans l’avoir lu, tout le monde parle madeleine. Cela de colle pas avec la mentalité niche du hipster.

Good Reads conseille aussi:

  • Pour les hipsters qui aiment les histoires dans lesquelles il ne se passe rien: Open City, du Nigério-américain Teju Cole.
  • Pour les hipsters qui prennent leur café dans des endroits branchés: Fun Home, Une tragicomédie familiale d’Alison Bechdel. (C’est un roman graphique, +10 points d’hipsteritude)
  • Pour les hipsters qui aiment les vampires (et lisent l’anglais): The Orange Eats creeps de Grace Krilanovich.

Pour être sûr de lire des livres hipsters en français, vous pouvez cibler trois maisons d’édition –forcément petites, le mainstream, c’est vulgaire (à part Houellebecq: mainstream et hipster). Attila, Inculte et Toussaint Louverture sont des maisons dirigées par des allumés branchés biberonnés à la littérature étrangère qui investissent dans des oeuvres inédites en France (voire parfois à peine connues dans les pays d’origine)Ainsi l’Américain Steve Tesich, mort en 1996, n’a été publié que cette année en France avec le roman Karoo (Toussaint Louverture). L’Allemand Edgar Hilsenrath, qui trente ans avant Les Bienveillantesracontait l’Holocauste du point de vue nazi dans Le Nazi et le Barbier, n’a été édité comme mérité que ces dernières années, par Attila.

En un peu plus mainstream, il y a le Diable Vauvert et les Editions de l’Olivier. La première a fait découvrir David Foster Wallace en France. La seconde a récupéré les droits d’Infinite et s’apprête, enfin, à sortir une traduction française.

C.P.

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Fantasy, histoire d’un nouveau genre littéraire

Par Baptiste Liger (L’Express), publié le 28/11/2012 à 09:00

(http://www.lexpress.fr/culture/livre/bilbo-le-hobbit-et-tolkien-fantasy-histoire-d-un-nouveau-genre-litteraire_1192271.html)

Fantasy, histoire d'un nouveau genre littéraire

FANTASY – Bilbo et le mage Gandalf, tels que le cinéaste Peter Jackson les a imaginés pour Le Hobbit…

Todd Eyre/2012 Warner Bros. entertainment inc. and Metro-Goldwyn-Mayer pictures inc.

« Ne sois pas stupide […] ! T’intéresser aux dragons et à toutes ces histoires saugrenues, à ton âge ! » Ces quelques mots, tirés deBilbo le Hobbit, de J. R. R. Tolkien, pourraient résumer l’avis de nombreux lecteurs français, regardant la fantasy comme un sous-genre, un divertissement un peu kitsch pour enfants, adolescents ou adultes fuyant les aléas de la réalité et se réfugiant dans un monde d’elfes et de preux chevaliers. Mépris délibéré ou méconnaissance d’un courant ? Car, nonobstant le dédain de la presse française généraliste, il existe une véritable communauté de fans, de tous âges, qui dépasse l’épiphénomène. Le premier tome de l’intégrale du Trône de fer, de George R. R. Martin (J’ai lu), approche aujourd’hui les 160 000 exemplaires vendus en poche, etL’Héritage (Bayard), quatrième volet de la saga Eragon, de Christopher Paolini, compte parmi les plus gros succès de l’année 2012, avec plus de 200 000 pavés écoulés en grand format – de quoi déjà rendre jaloux certains lauréats des prix littéraires de l’automne… Et il suffit de rentrer ces jours-ci dans une grande surface culturelle pour prendre conscience de l’effervescence éditoriale autour du pape du genre, J. R. R. Tolkien – la sortie, le 12 décembre, du Hobbit: un voyage inattendu, signé Peter Jackson, constitue l’événement cinéma de cette fin d’année.

Quel meilleur symbole du malentendu ? Le mot fantasy n’a jamais trouvé de traduction en français – et on ne parle même pas des sous-genres (sword and sorceryhigh fantasypulp fantasy, etc.). Certains s’y essaient, comme Irène Fernandez, qui utilise le terme « féerie », dans Défense et illustration de la féerie (Philippe Rey), traitant aussi bien de l’univers de Tolkien que de Harry Potter ou de Twilight, ou encore Vincent Ferré, professeur de littérature comparée à Paris Est-Créteil et maître d’oeuvre du Dictionnaire Tolkien (CNRS). Selon ce dernier, « le terme « merveilleux », qui fait coexister une production jeunesse et des ouvrages destinés à un public adulte, mûr, voire averti, pourrait convenir. Mais, dans un sens plus étroit, les oeuvres de fantasy se déroulent dans un monde où la magie et les éléments surnaturels sont essentiels, et où l’atmosphère est d’inspiration médiévale et parfois épique ». Soit un mélange de mythes gréco-latins et germaniques, de contes folkloriques, de chansons médiévales et de littérature arthurienne.

Trop fantaisiste pour la patrie du structuralisme

Malgré un certain intérêt (notamment avec les multiples éditions de poche), rien de comparable dans l’Hexagone, où l’on frémit alors davantage devant les tribulations du nouveau roman et du structuralisme et où les intellectuels boudent les péripéties de Gandalf en Terre du Milieu. En revanche, au début des années 1980, un public jeune est séduit – engouement qui profite également à d’autres auteurs : Robert E. Howard (le père de Conan), Michael Moorcock (l’hypercycle du Multivers), Terry Pratchett (Les Annales du Disque-Monde), etc. Le temps passe, et ceux qui ont apprécié ces univers dans leur adolescence se mettent eux-mêmes à écrire. « C’est comme ça qu’une première génération d’auteurs est apparue, chez Mnémos-Multisim, à la fin des années 1990 », remarque Anne Besson, qui cite pêle-mêle les noms de Fabrice Colin, David Calvo, Mathieu Gaborit, Henri Loevenbruck ou Pierre Grimbert. Malgré les efforts d’autres maisons (comme Bragelonne), ces derniers peinent à asseoir une popularité égale à celle d’auteurs de littérature générale (Modiano, Echenoz, etc.) ou même à celle de toute la nouvelle vague anglo-saxonne, qui cartonne aussi bien en librairies qu’en grandes surfaces.

Un monde que les lecteurs peuvent s’approprier

La fantasy semble, par essence, un genre propice à l’imaginaire. Donc à l’imagerie. « Sa « plasticité » est l’une des raisons de son succès anglo-saxon, analyse Ferré, parce qu’on tient là un monde dans lequel les lecteurs peuvent entrer. Ils peuvent le prolonger, se l’approprier, par le biais de réécritures, d’illustrations, de mises en scène – les jeux de rôles, par exemple -, de reprises ludiques – comme les jeux vidéo -, voire de tournage de films ! » Une polyvalence guère prisée en France, souvent cloisonnée dans les registres culturels et pas toujours habile dès qu’il s’agit de décliner une oeuvre littéraire en d’autres produits. Et ça, ça n’est pas du tout fantaisiste !

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Maxime Chattam et Internet – Autre Monde

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Pourquoi il faut abolir l’Académie française

(http://www.lexpress.fr/culture/livre/pourquoi-il-faut-abolir-l-academie-francaise_1191980.html)

 

Au départ, je voulais écrire une attaque personnelle contre l’Académie française. Puis, alors que je faisais ma recherche en documentation, je suis tombé sur Le Crapouillot hors-série sur le sujet, daté de mars 1939 ; et me suis aperçu que le célèbre magazine satirique m’avait mâché le travail. Car depuis 73 ans, comme depuis 400 ans d’ailleurs, presque rien n’a changé chez les Immortels. Alors, hormis quelques ajouts pour l’actualiser et compléter le présent article à l’avantage de mes thèses, en voici le condensé…

Richelieu, le plus mauvais écrivain au monde

Ce fut à travers des rencontres informelles, se tenant dans les apparts’ tendance d’une poignée de poético-bobos rive gauche, que bourgeonna l’Académie française vers le milieu des années 1630. Richelieu en a ouï par un de ses proches, qui les fréquente. La littérature est pour lui un rêve d’enfance et le Crapouillot, quelques mois avant l’invasion nazie, le compare carrément à l’aspirant peintre Adolf Hitler : l’invention, par le führer, de la peinture non-aryenne, y est mise en parallèle avec les brimades dont fut victime Le Cid. Inculte que je suis, je croyais le Crapouillotd’avant-guerre d’extrême-droite ; la preuve que non. Dans l’illusion totale de ses capacités artistiques, le religieux d’état à barbichette a des velléités de grandeur littéraire. Pour à la fois atteindre cet objectif et mettre les auteurs en coupe réglée, il lui vient l’idée « diabolique » de prendre le contrôle des écrivains, en manipulant cette bande de pré-hippies rimailleurs des beaux quartiers. L’Académie française était née, la langue française venait de perdre sa liberté. Ainsi qu’ironise Henri Bellamy, l’auteur de ce fameux hors-série de 1939 : « Il aimait les lettres. Elles ne lui rendaient pas. » Car non seulement le Cardinal écrivait-il mal, il écrivait effroyablement mal – son oeuvre principale ‘Le Testament politique’, est marqué par « une confusion persistante de l’important et du détail, par un style généralement lourd, heurté, dont les phrases font penser à une charge de grosse cavalerie ». Cela aurait été encore plus abominable s’il n’avait, tel un proto-Paul-Loup Sulitzer, disposé de ses « nègres » : ils sont au nombre de cinq, dontCorneille en personne.

Richelieu, le Hitler littéraire

Sur le plan politique, en créant l’institution, il mettait donc les Lettres à sa botte. En effet, pour le Cardinal, ainsi que l’indique Gaston Boissier, cité par Henri Bellamy, « La littérature s’administre comme le reste, qu’il est bon qu’elle soit soumise à une autorité publique ». Ultime blitzkrieg sur la langue libre, il accorde l’immortalité aux plumitifs versificateurs, qui, du coup, ne voulaient plus changer le monde du tout. De plus, chacun sait que l’immortalité attire l’envie des vieux cupides. Génération de grabataires après génération de morts-vivants, dignitaire à la retraite après universitaire reconnu de fond de placard, prélat desséché après homme politique fatigué, sans oublier les lignages seigneuriaux… C’est ainsi que l’establishment le plus poussiéreux s’est mis à représenter les plus officielles instances de la littérature, acceptant dans ses rangs tout et n’importe quoi. On y dénicha également, au hasard, l’éventuel génie, c’est la loi des probabilités. Mais sur le nombre d’ « élus » depuis 1635, en de rares occasions seulement rencontrât-on auteurs dignes d’éternité. Certains, lucides que cela signifierait une mise en bière prématurée, en déclinèrent l’honneur. Le pire dans tout ça c’est que le crime paie, puisque le profil de cet écrivain-imposteur et véritable monstre politique de Richelieu illustre encore le sceau de l’institution, et si rien ne bouge, l’illustrera jusqu’à la nuit des temps – un peu comme si celui de Hitler ornait la calandre des Volkswagen.

La mafia des Lettres

Et puisque le Fondateur était lui-même un faussaire notoire, la route de l’Académie fut faussée dès le départ, managée de manière mafieuse par des pseudo-littérateurs, qui y placèrent qui bon les arrangeait, faisant fi de toute notion de mérite littéraire. Alors que son petit-fils, futur duc de Coislin, n’avait que 17 ans, le Protecteur le fit élire. « Coislin sera remplacé par son fils, et celui-ci par son frère en 1710 ! ». Colbert introduit son fils, 24 ans. A partir de là, cela ne pouvait aller que de mal en pis et les nouvelles recrues ne restèrent pas jeunes longtemps. Maréchaux quasi-analphabètes, aristos n’ayant rien pondu, notables décrépis, ecclésiastiques par processions entières, hauts-fonctionnaires en bout de course, flatteurs de souverains en pagaille, une foule de précepteurs d’enfants, Les fondations mêmes de l’édifice étant pourries, depuis le début le recrutement n’a pas évolué. Sur l’exemple du Cardinal, aujourd’hui encore, l’un impose son vieux copain, l’autre le rédacteur de ses discours, le troisième s’y s’assied suite à son séjour à l’Elysée… tous savent s’entourer d’alliés indéfectibles et l’omerta est hermétique. Riche de revenus budgétaires ou plus obscurs, de legs des défenseurs posthumes des lettres croyant bien faire, elle distribue des prix à discrétion et à tire larigot selon des critères des plus mystérieux. Le racket de lafamiglia de Conti se montrant payant et impuni, il se propagea avec le même esprit franco-corse à tous les principaux prix littéraires académiques ou autres.

La Force Obscure de l’écrit

Légions de scribouilleurs ont tenté en vain, avec pour seule arme leurs stylos-sabres-laser, de désintégrer le Vaisseau-Mère du côté obscur de la force littéraire. Une seule fois l’Académie a-t-elle brièvement cessé d’exister, pendant la Révolution. Elle est dissoute le 8 août 1793. Le 21 janvier précédant, jour de la mort de Louis XVI, le secrétaire perpétuel était venu seul assister à la séance et avait ramassé tous les jetons de présence des collègues absents – valant espèces sonnantes et trébuchantes – fidèle à l’esprit des lieux. Apparemment increvable, à l’instar du ridé empereur Palpatine de Star Wars, l’institution semble cloner ses vieilles peaux. En 1805, elle est donc reconstituée, en totale subordination à Napoléon, dont elle ne cessa de chanter les louanges, la tradition ancienne de la carpette à la française se maintient. Sous Charles X, c’est l’épuration : tout ce que l’établissement comptait encore de nobles et de clergé furent mis à la porte. Puis réintégrés. Pendant la Monarchie bourgeoise et tous les régimes suivants, la croisière s’amuse, il ne s’est jamais passé grand-chose à bord du bâtiment Institut de France, battant pavillon Darth Vador, Il rouille à quai, planète Paris, bercé de longs monologues bien barbants et de débats somnifères – souvent du niveau de ceux de pensionnaires de maison de repos après le souper. Son flux sombre s’allonge jusqu’à cet instant où vous me lisez et nous devons impérativement l’empêcher de se prolonger à l’infini. Non, je n’exagère pas. C’est juste que je ne prends pas l’affaire à la légère, moi, contrairement à Alphonse Karr, cité par Bellamy, qui écrivit : « Supprimer l’Académie ? Mais ce serait rétablir cette coutume ancienne de pendre les suicidés ! » Hé oui, on a beau la critiquer, la ridiculiser, l’insulter et en démontrer la futilité, ou la totale inadéquation de ses quarante membres à leur fonction – et, je le répète, croyez moi au cours des siècles nombreux furent les ‘forcenés’ de mon genre qui se frottèrent à l’Etoile Noire – rien n’y a fait, la Coupole linguo-aphyxiante est toujours là, au-dessus des bicornes, le tout bien vissé. Cependant impossible n’est pas Jedi.

40 nuances de laid

Sans vouloir déraisonnablement diaboliser cette vieille dame souriante, pour notre pauvre et délicate langue, l’Académie française c’est une Tatie Danielle version SM. Dans mon récent article publié ici-même ‘Le français, prisonnier de sa grammaire depuis 500 ans’, je développe ma propre vision de la manière dont notre langue fut freinée dans son développement par les grammairiens. L’ Académie est à mes yeux l’incarnation maléfique de ce blocage inextricable. Certes, on peut ne pas accepter ses recommandations, aucune loi nous y oblige. Malgré sa panoplie complète de dominatrice du troisième âge, elle n’a pratiquement aucun pouvoir décisionnaire, et son dictionnaire, souvent raillé, n’a jamais constitué référence majeure. Mais sa puissance d’évocation historique, ses réseaux d’influence tentaculaires et le manque cruel de contre-pouvoir en font une cage de catalogue spécialisé, d’où la langue ne peut seule s’échapper. Les habits verts, pas masos pour un sou et forts du soutien des magouilleurs qui leur ont obtenu leur siège ou bien qu’ils ont aidés à leur tour, sont les gardiens totémiques de ce temple sacré de l’orthodoxie orthographique, grammaticale et lettresque. Quasiment inactifs, ils font figure, avec leurs belles épées, de statues mortuaires vivantes à la gloire de l’ordre littéraire en place ; et offrent la mesure du peu d’importance accordé à leur raison d’être, c’est-à-dire le maintien du français au plus haut niveau. C’est par conséquent le symbole en soi que je cherche à détruire, car l’institution n’a aucune capacité de nuisance, autre que celle de coûter au contribuable.

L’euthanasie s’impose

Sur les conseils d’un lecteur de L’Express, je m’étais présenté aux élections académiques du 10 mai 2012, pour voir si par hasard les académiciens m’octroieraient, dans leur infinie sagesse, l’opportunité de saboter la machine de l’intérieur (voir ma Lettre de candidature et mon manifeste). Au vote, personne n’a été élu, quant à moi, je n’ai reçu aucune voix ; même pas mal. Tant pis pour eux, je leur ai laissé leur chance. Maintenant c’est à mon tour d’expliquer pourquoi il est plus important que jamais de s’en débarrasser de ce dépotoir pour zombies, qui entraine depuis trop longtemps notre langue dans sa dégénérescence gérontologique, au fond de laquelle la pétrification linguistique nous guette. La conclusion du Crapouillot, non plus, n’est pas tendre : »Aux termes de son acte constitutif, l’Académie a comme mission essentielle la défense et le perfectionnement de la langue française. La main sur la conscience, elle n’a rien défendu ni perfectionné. Les oeuvres techniques qui devraient constituer l’essentiel de son activité : dictionnaire, grammaire, sont d’une inutilité incontestée (…) Encouragements aux lettres ! Il y a ces prix innombrables qui font du bien dans les escarcelles où ils tombent (…) C’est comme un vieux tableau dans une antique demeure. L’oeuvre est médiocre et la peinture écaillée. L’objet verni perdrait de son charme ; il serait bon pour le marché aux puces ».

Le marché aux puces, je connais bien. Et cette peinture académique-là, vernie ou non, même aux Puces, on n’en veut pas.

 

Mickael Korvin

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Le français, prisonnier de sa grammaire depuis 500 ans

(http://www.lexpress.fr/culture/livre/le-francais-prisonnier-de-sa-grammaire-depuis-500-ans_1180494.html)

A l’origine, le latin, une langue boueuse de paysans

C’est à en perdre son latin : la glorieuse langue antique, qui , comme chacun sait, est à l’origine du français, de naissance n’avait goutte de sang noble. Selon Henriette Walter dans son Aventure des langues en Occident ce n’était « encore au IIIème siècle av. J.-C. qu’une langue de paysans, de marchands et de soldats… ». Après l’arrivée chez nous des Romains, il se transforma au contact des Gaulois, qui le parlèrent sans l’écrire, et cela donna l’ancêtre de notre baragouin actuel. « En quelques générations il était devenu un langage nouveau sans qu’on s’en fut rendu compte » enseigne, en première page de son Moyen-âge, Albert Pauphilet, professeur a la Sorbonne en 1937. Mais en aucune façon le latin n’a-t-il été jeté aux lions. Selon Alain Rey dans Mille ans de langue française, sur le sol des Gaules « contrairement à ce que l’on croit généralement, on n’a jamais cessé de parler latin ».

Sauce barbare

Alors l’arbre généalogique du français – qui trouve bien-sûr racines grecques mais aussi jusqu’en Inde antique (voir Franz Bopp, inventeur de la grammaire comparée) – se complique encore. C’est au tour des envahisseurs de l’Est de raboter la langue vaguement latinisante des vaincus rien qu’en la parlant – réalité avérée mais comme par hasard critiquée par notre professeur de la Sorbonne, qui, deux petites années avant la Seconde Guerre Mondiale, en linguistique du moins, était anti-germaniste à l’extrême. Pendant ce temps, l’occitan et d’autres, régionales ou socioculturelles, s’infiltrent de toutes parts, au goutte à goutte, mot après mot. Je visualise une espèce de blob informe ramassant tout ce qui peut lui servir sur son passage, pour l’intégrer dans son ADN, préfigurant d’un millénaire La Chose du cinéaste John Carpenter.

De la naissance des accents

Les barbares n’imposent pas leur langue mais peu à peu fluidifient le nôtre à l’oral et transmettent aux arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-etc. grands parents leur accentuation phonétique et la recette de la choucroute à l’ancienne. Désormais, de par cette prononciation modifiée, « le mot se forme autour d’une voyelle accentuée », schématise François de Closets, présentateur télé à la retraite , dans son livre Zéro faute: « L’orthographe française se retrouve donc prisonnière d’une double logique phonétique et graphique. » D’un côté, on doit écrire comme on prononce, de l’autre, on ne tient pas forcement compte de la prononciation pour écrire. Cette « transformation populaire et spontanée » changea le moindre ‘pratum’ en un pré vallonné et tout ‘hospitalem’, même le plus étoilé, en simple hôtel.

Contrecarré par Charlemagne

Les chevaliers du saint Graal de la culture antique vont mettre de l’ordre dans tout ce joli fatras, vite fait, bien fait. Toujours de Madame Walter, mais dans Le français d’ici et d’ailleurs : « L’Etat et la langue ont toujours entretenu des liens particulièrement étroits ». Charlemagne porte la responsabilité d’avoir été le premier chez nous à légiférer en la matière, réintroduisant « du latin classique dans une langue qui ne lui ressemblait plus beaucoup. » Résultat, celle-ci « s’est trouvée contrecarrée dans son évolution naturelle », constate-t-elle. Apporter à la langue de nouveaux habits, pourquoi pas… encore aurait-il fallu qu’ils fussent neufs, et qu’on les enfilasse dans le bon sens. En l’occurrence, le légendaire empereur semble avoir partagé certains traits du roi Dagobert. A partir de là, le français appartiendra au peuple et le latin aux érudits, qui considèrent ce dernier « comme leur seule langue » dixit le professeur de la Sorbonne d’avant-guerre ci-dessus mentionné.

La grammaire, pour quoi faire ?

Il en aura fallu des lustres pour que quelqu’un s’y intéresse sérieusement : le premier manuel connu de syntaxe latine rédigé en français ne remonte qu’aux années 1440. C’est aussi en ce début du XIVème siècle que Jacques Legrand, « pourtant le premier auteur a écrire une rhétorique du français, est peu enthousiaste à l’idée d’une grammaire du français. Il ne voit pas encore a quoi pourrait servir de rechercher et apprendre les règles de son langage maternel, puisque l’on peut s’en passer pour le maitriser. » explique Rey. Malgré les réticences, par bribes d’écrits épars, une table des conjugaisons par ci, un psaume ou deux alexandrins par là, cette grammaire se met pourtant à devenir réalité…

My tailor is rich

By Jove, le tailleur de notre grammaire était Anglais ! La perfide Albion en avait plus besoin que nous, afin de faciliter l’enseignement du français « à l’intention de certains milieux », pointe du doigt le sieur Rey : sur la rive insulaire de la Manche, il faisait figure de langue de prestige et d’apparat depuis la victoire de Guillaume le Conquérant à Hastings en 1066, n’est-il pas ? Divers traités scholastiques ont ainsi « préparé la voie à ce que l’on s’accorde à considérer comme la plus ancienne grammaire du français, le ‘Donait françois pur briefent entroduyr les Anglois en la droit language du Paris et de païs là d’entour’. ». Pas étonnant alors que ce fut également un Anglais, John Palsgrave, qui confectionna sur mesures la première grammaire exhaustive du français, en 1530. A partir de là, nous l’avons importée, puis sublimée, comme ce vieux costume acheté à Kings Road en 1986 et dont je n’arrive pas à me défaire, confortable bien que trop serré à la taille, autrefois très chic mais rafistolé de partout et affreusement démodé.

Le français, melting-pot linguistique

Le français est par conséquent une sorte de hotdog avec salade romaine, saucisse de Frankfort et toute la garniture, sans oublier une bonne bière brune celtique tiède pour faire passer le tout. Pure invention, on le voit clairement, la prétendue pureté du français. Une position plus généralement qualifiée « d’ethnocentrisme et de nationalisme linguistiques » par le chercheur Jean-Louis Chiss dans Initiation à la problématique structurale. Non, il faut se rendre à l’évidence, l’aïeule de notre raffiné dialecte n’avait rien d’un pur race de compétition, c’était une bâtarde comme on en rencontre rarement, ouverte aux léchouilles de n’importe quelle langue qui traine dans le coin. Mais d’aucuns pensent que c’est justement du métissage que naissent les plus beaux enfants…

En français dans le texte

Ce fut au nom du Roy et du nationalisme linguistique que l’exécutif intervient de nouveau avec force sur la langue le 15 août 1539. Avec l’aplomb d’un président du même prénom instaurant encore une nouvelle dime de plus, François 1er ordonna que « tous arrêts et procédures seraient, à partir de cette date, rédigés et prononcés exclusivement ‘en langage maternel françois et non autrement ». A partir de l’année suivante, des poètes branchés vont tenter « d’apporter un sang nouveau au français ». « L’idée que le latin est une langue morte fait son chemin. » poursuit Rey 160 pages plus loin. Entre 1540 et 1550, Joachim Du Bellay et ses amis versificateurs, affirment que « les langues ne sont pas nées une fois pour toutes dans un certain état immuable ». La première moitié du XVIe marquera le début de l’immense bond en avant du français, débouchant sur les plus belles pages de l’histoire de l’humanité écrites dans la plus belle langue qu’il est possible d’imaginer.

Mais depuis 500 ans rien n’a changé

D’accord, j’exagère peut-être un chouia là… Mais je ne suis pas le seul ! Pour la scientifique Pernette Langley, s’exprimant dans la revue Diagrammes du Monde ‘spécial été 1969’, l’évolution de la langue française entre l’an 1000 et 1500, « est beaucoup plus accentuée que dans le demi-millénaire suivant. » Maintenant vous en connaissez la raison fondamentale : elle est enchaînée à une grammaire largement périmée. Alors la citation de la fin revient à Monsieur De Closets, tout présentateur télé qu’il fut : « Les défenseurs du français sont obnubilés par l’orthographe, devenue la ligne de démarcation entre le licite et l’illicite. C’est la seule de nos institutions qui ne soit jamais contestée, jamais ridiculisée. » Je ne demande pas la lune, juste de s’asseoir autour d’une table et d’y réfléchir officiellement entre écrivains, linguistes et futuristes, comme s’il s’agissait d’une question de sécurité nationale.

Mickael Korvin

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«La grammaire a été au service du pouvoir»

Par QUENTIN GIRARD

(http://next.liberation.fr/sexe/2012/11/26/la-grammaire-a-ete-au-service-du-pouvoir_863205?utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter)

 

Yannick Chevalier, professeur de stylistique à l’université Lyon-II, présent au festival des idées Mode d’emploi, est spécialiste des rapports entre langue et genre.

Le français a deux genres, masculin et féminin : y a-t-il des langues non genrées ?

Il existe tous les cas de figure. Certaines langues ne présentent pas de genre : par exemple, le titre du roman Elle et lui de George Sand est intraduisible en hongrois. D’autres langues en ont trois ou plus. Par exemple, le neutre que l’on emploie pour parler des bébés en anglais ou des filles non mariées en allemand : la sexuation des corps n’est donc pas toujours une donnée pertinente pour les langues.

Comment le français s’est-il retrouvé avec seulement deux genres, alors que c’est une langue issue du latin ?

Progressivement, les mots latins de genre neutre se sont répartis en français entre masculin et féminin, sans doute selon les terminaisons et la manière dont les gens les percevaient. Par exemple, quand le mot «automobile» est apparu, c’était un masculin, car il était dérivé de «mobile». Mais l’usage du féminin l’a emporté à cause de la finale en «e» et de l’analogie avec le féminin de «voiture».

Y a-t-il un moment précis dans l’histoire où l’on a défini le genre des mots ou est-ce l’usage qui s’est imposé ?

Généralement, c’est l’usage qui l’emporte, mais concernant le français, les grammairiens et les lexicographes, ceux qui font les dictionnaires, ont joué un rôle important. Ils ont fixé le genre des mots en suivant le «bon usage», comme l’a appelé le grammairien Claude Favre de Vaugelas, c’est-à-dire la manière dont la noblesse de cour parlait le français au XVIIe siècle : c’est donc l’usage restreint de ce groupe social en position hégémonique qui a servi de norme pour fixer le genre de mots qui pouvait être flottant dans les autres classes sociales ou dans les parlers régionaux.

Quand décide-t-on que le masculin doit l’emporter sur le féminin ?

L’Académie française a imposé cette règle au XVIIe siècle. Auparavant, l’usage était souvent l’accord avec le mot le plus proche : «Le couteau et lA fourchette sont poséEs sur la table». Cette décision s’est fondé sur des considérations politiques plus que linguistiques. Ce fut une manière supplémentaire pour rappeler la «supériorité» sociale des hommes sur les femmes.

S’il n’est pas faux de considérer que le genre masculin, lorsqu’il désigne les êtres humains, l’emporte sur le féminin par sa capacité à exprimer la généralité, c’est très contestable pour le genre des mots désignant des objets inanimés et non sexués, comme couteau et fourchette. La grammaire a souvent été une discipline au service du pouvoir : aujourd’hui, il nous faut être particulièrement vigilant(e)s pour que les descriptions linguistiques des langues ne reconduisent pas une idéologie sexiste.

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Lettre aux mauvais romanciers

Astrid Manfredi Chroniqueuse, blogueuse, joyeuse allumeuse de romans noirs ou blancs

(http://www.huffingtonpost.fr/astrid-manfredi/lettre-aux-mauvais-romanciers_b_2192335.html?utm_hp_ref=france&ncid=edlinkusaolp00000008)

Cher voyageur,

On vous lit dans les trains. Vous êtes le romancier des wagons-lits. Celui des femmes trop à l’étroit dans leurs vies et dans leurs rêves n’osant plus la grande aventure qu’elle soit amoureuse ou littéraire, celle qui dérange et viole les certitudes.

Avec vos livres, elles se mettent à rêver d’un Et si c’était vrai et s’inventent Sept jours pour une éternité faits de Vous revoir griffonnés entre deux étreintes. Vous écrivez votre livre entre midi et deux, accoudé au chrome d’un bar lounge, votre oreille bienveillante collée aux larmes de dépit d’une dernière conquête. De la lecture, vous dites qu’elle doit évader, or vous prenez en otage des lectrices parfois soumises à un quotidien harassant et les horizons sentimentaux que vous offrez ne sont que des rengaines de soumission au rêve bleu. À l’honnêteté intellectuelle, vous préférez la rutilance d’un avenir fait de certitudes. Dans votre regard, où la sensibilité n’est plus qu’un lointain regret, se lit la vacuité ou mieux La fascination du pire. Vous êtes savamment peigné, et en cela vous avez fait des ravages auprès d’écrivains jockey très à l’aise sur les pages people. Dans votre sillage, Frédéric, un autre Egoïste romantique s’envoie des coupettes entre les seins d’une attachée de presse.

Vous avez galvaudé le baiser fougueux de Barbara Cartland, reine de la romance bon marché, et remplacé sa campagne anglaise par des appartements de traders. Dans votre cercle très fermé de fumeurs de cigares, vous acceptez de temps à autre une femme, Amélie, une auteure belge francophone à teint pâle et à drôle de chapeau nippon, spécialiste du Sabotage amoureux mais reconvertie depuis quelques années dans celui, plus lucratif, du sabotage littéraire.

Habitué des voyages en classe affaire, vous passez votre main manucurée sur votre jolie peau et admirez avec un contentement carnassier l’éjaculation incessante de votre compte bancaire. À l’avant-garde littéraire, vous préférez la sociologie du néant et trinquez à la santé de votre éditeur car il y a bien longtemps que vous ne buvez plus à la santé des putains d’Amsterdam, de Hambourg ou d’ailleurs.
Le voyage touche à sa fin. J’aperçois votre dernier livre oublié sur un siège du train à grande vitesse. Intriguée par le titre Si c’était à refaire et soumise à un élan masochiste, je m’en empare et me laisse faire. Dieu merci, personne ne m’a vue.

Une observatrice.

En savoir plus sur Astrid Manfredi et son blog:

Son blog : http://laisseparlerlesfilles.wordpress.com/
Sa page Facebook: http://www.facebook.com/pages/Laisse-Parler-LES-Filles/149077305204802?fref=ts
Son Twitter: @Alyette1

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